Les élèves de l'ENA ne veulent plus de classement de sortie

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Vote historique, mardi 22 avril : contre le «système de caste» que fonde le classement de sortie de l'Ecole nationale d'administration, les élèves réclament majoritairement un système plus ouvert, une évaluation moins opaque et une scolarité plus intéressante.
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Réunis en assemblée générale exceptionnelle mardi 22 avril, les élèves de l'ENA ont voté pour la suppression du classement de sortie qui marque la fin de leur scolarité et décide de leur première affectation dans l'administration. Au fil des ans, les protestations de ces hauts fonctionnaires en formation se sont multipliées contre un système hyper sélectif qui permet seulement aux mieux notés de chaque promotion de choisir leur corps de sortie. Mais c'est la première fois que des élèves affirment leur rejet du classement par un vote. Sur les 92 étudiants de la promotion Willy Brandt actuellement en cours de scolarité, 76% (soit 53 voix sur les 70 exprimées) ont exigé la suppression du classement à la fin de leur cursus en mars 2009.

«Le classement de sortie tel qu'il existe aujourd'hui et ses conséquences sont le pire des systèmes, explique Arnaud Mandrin, pseudonyme collectif choisi par les élèves pour s'exprimer sans révéler leur identité, dont Mediapart a joint par téléphone un porte-parole. «Le système de notation à l'ENA est opaque, imprécis et rigide. A cause du concours de fin de la scolarité, les élèves sont obnubilés par leur rang de sortie, et ne prennent pas le temps de se former en profondeur, ne s'intéressant qu'à ce qui va leur servir à passer l'épreuve suivante.»

 

Les élèves de l'ENA sont soumis à un devoir de réserve. C'est ce qui conduit les élèves de la promotion Willy Brandt à s'exprimer collectivement derrière l'alias «Arnaud Mandrin», clin d'œil à Jacques Mandrin qui publiait en 1967 le pamphlet L'Enarchie ou les mandarins de la société bourgeoise, et derrière qui se cachait le futur ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement. En 2008, les élèves de l'ENA ont opté pour le prénom «Arnaud», jugé plus moderne.

 

Derrière la question du classement, Arnaud Mandrin dénonce « l'élitisme exacerbé de la notion de "grand corps"» : «C'est un système de caste. Actuellement, les douze premiers de chaque promotion choisissent un grand corps, c'est-à-dire l'Inspection des Finances, le Conseil d'Etat ou la Cour des comptes. Parce que c'est ainsi que cela se passe depuis 60 ans, cela entretient l'idée que se trouvent dans les grands corps "les meilleurs d'entre nous". Cela a des conséquences sur leur progression de carrière... et sur le pantouflage : 20% des énarques se retrouvent dans le privé mais c'est le cas de 50% des inspecteurs des finances».
Arnaud Mandrin s'en prend tout particulièrement à l'opacité du système de notation, qui repose en grande partie sur l'évaluation des stages des élèves, laissée au libre arbitre de la direction de l'école : «On a parfois l'impression que l'école favorise certains.»

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