Tariq Ramadan mis en examen pour viols sur une cinquième femme

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Tariq Ramadan a été mis en examen le 22 octobre pour des viols remontant à 2013-2014 dénoncés par Mounia Rabbouj en mars 2018. Il s’agit de la cinquième mise en examen pour viol de l’islamologue suisse, dans cette affaire déclenchée en octobre 2017.

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Elle avait déposé plainte pour viol en mars 2018, puis elle avait témoigné sur Europe 1 sous le pseudonyme de « Marie ». Son témoignage avait à l’époque poussé Tariq Ramadan à admettre finalement, pour la première fois, des relations extra-conjugales, selon lui « consenties ».

Mounia Rabbouj avait dénoncé neuf viols de l'islamologue suisse qui auraient eu lieu, selon elle, en France, à Londres et à Bruxelles, de 2013 à 2014. Jeudi 22 octobre, Tariq Ramadan, 58 ans, a été mis en examen pour ces faits présumés, a rapporté l’AFP. Il s’agit de sa cinquième mise en examen pour viol dans cette affaire déclenchée en octobre 2017.

Cette mise en examen avait été réclamée au printemps 2018 par le parquet de Paris, mais les juges avaient suspendu jusqu’ici leur décision sur ce cas.

Cette femme de 47 ans, mère de deux enfants, et ancienne escort-girl (elle fut citée dans l’affaire de proxénétisme du Carlton de Lille dans laquelle l’ex-ministre socialiste Dominique Strauss-Kahn fut mis en cause puis relaxé), avait décrit un mode opératoire similaire à celui dépeint par les deux premières plaignantes : une phase de séduction sur les réseaux sociaux à un moment difficile de leur vie, puis des rencontres qui auraient très vite tourné à l’agression sexuelle violente.

Tariq Ramadan, le 13 février 2020, au Palais de justice de Paris. © Thomas SAMSON / AFP Tariq Ramadan, le 13 février 2020, au Palais de justice de Paris. © Thomas SAMSON / AFP

« Je me suis livrée à lui [Tariq Ramadan] en lui racontant mes blessures du passé », avait-elle raconté en mars 2018 à Europe 1.

Mais dès leur première rencontre, début 2013 à Bruxelles, l’islamologue lui aurait imposé des rapports sexuels violents dans une chambre d’hôtel, ce qui se serait reproduit au moins huit fois, chez elle à Lille ou dans diverses villes, dont Londres, selon la plainte. Elle avait décrit des coups, des insultes, des positions humiliantes que lui aurait, selon elle, imposées Tariq Ramadan, et l’emprise qu’il aurait maintenue au fil des mois à coups de menaces et de chantage, en jouant notamment sur son passé d’escort-girl, selon elle. « Il fallait que je lui obéisse, que je sois disponible 24 heures sur 24, que je fasse tout ce qu’il me demande, prendre des photos dans des positions de soumission, à genoux, pour lui demander pardon, et l’appeler maître », avait-elle relaté. 

Après une dernière rencontre qui aurait été particulièrement violente à Lille en juin 2014, selon elle – « J’ai cru mourir », avait-elle assuré –, elle n’était plus allée aux rendez-vous que lui aurait imposés Tariq Ramadan. « J’avais du mal à dire ce mot-là, viol », avait-elle déclaré. « Aujourd’hui, j’arrive à le dire et je ne veux pas que d’autres personnes subissent ça. »

Après son récit, l’islamologue avait été contraint d’admettre, le 5 juin 2018, des relations adultères avec elle et d’autres femmes ayant témoigné. Il avait déposé plus de 300 vidéos et plus de 1 000 photos pour convaincre les juges qu’il s’agissait d’une relation consentie, et les magistrats ne l’avaient alors pas inculpé.

Les avocats de Tariq Ramadan, Nabila Asmane, Ouadie El Hamamouchi et Philippe Ohayon, ont estimé, auprès de l’AFP, qu’« il n’y a aucun élément nouveau » dans l’enquête depuis deux ans, qu’il s’agissait d’« une mise en examen de pure forme pour pouvoir organiser prochainement la confrontation ». « Ce n’est pas la parole de Tariq Ramadan contre celle de cette femme, c’est cette femme contre ses propres mensonges graves et concordants », ont-ils indiqué.

« Le code de procédure pénale ne connaît pas les mises en examen de pure forme : seuls des indices graves et concordants, que les juges ont aujourd’hui pleinement constatés », a rétorqué auprès de l’AFP l’avocat de la plaignante, MÉric Morain. Cette mise en examen « est évidemment une satisfaction » et un « tournant fort », a-t-il réagi, ajoutant : « Les investigations ont démontré combien la parole de ma cliente était aussi fiable que constante. »

Auparavant, l’intellectuel musulman, qui conteste l’ensemble des accusations, avait été mis en examen pour viol à quatre reprises.

La première plaignante, Henda Ayari, une ex-salafiste, l’accuse de l’avoir violée en marge d’un congrès de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) en 2012. La deuxième – apparue dans les médias sous le nom de Christelle –, quadragénaire convertie à l’islam, handicapée depuis un accident de voiture, avait, elle, dit aux enquêteurs avoir subi des viols dans une chambre d’hôtel à Lyon en 2009 (lire notre article). En février 2018, il avait été mis en examen pour viol sur ces deux femmes (lire notre article).

Deux ans plus tard, en février 2020, Tariq Ramadan avait été mis en examen pour viol sur deux autres femmes en 2015 et 2016 (lire notre article). Interrogées comme témoins par les policiers en 2019, elles avaient été identifiées sur des photos retrouvées dans l’ordinateur de l’islamologue suisse.

Elles avaient relaté aux enquêteurs comment il les aurait entraînées chacune dans une relation « dominant-dominé » virtuelle avant un rendez-vous brutal. « Je lui demandais d’être plus doux, mais il me disait : “C’est de ta faute, tu le mérites” [...] et qu’il fallait obéir », avait rapporté l’une des deux, décrivant une relation de 2015. « C’est d’un autre ordre qu’un viol physique, [...] il y a un viol moral », avait déclaré l’autre, au sujet de deux rencontres en mars 2016 à Paris. « Mais cette relation a été consentie, oui. Il faudrait une autre infraction pour ce genre de personnes », avait-elle ajouté. Cette dernière, âgée de 37 ans, avait fini par se porter partie civile.

Le contrôle judiciaire de Tariq Ramadan a été récemment allégé, avec un pointage deux fois par mois au commissariat, et l’autorisation de déférer aux convocations de la justice suisse. Une procédure pour viol, parallèle à la procédure française, est également ouverte à Genève depuis 2018.

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