Egalité femmes-hommes: Schiappa mise sur le «combat culturel»

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Avec le plus petit budget du gouvernement, la secrétaire d'État estime que l’égalité femmes-hommes passe avant tout par un « combat culturel ». Alors que Macron avait promis d’en faire sa grande cause du quinquennat, les associations féministes s’impatientent.

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Elle l’assurait pendant la campagne : « bien sûr » il y aurait un ministère des droits des femmes dans le gouvernement Macron. Et l’ambition était grande : « Dans cinq ans, il faudra que les inégalités salariales, aujourd’hui estimées entre 10 et 15 %, ou le nombre de viols, estimé à 83 000, aient baissé. » Finalement, Marlène Schiappa a dû se contenter d’un secrétariat d’État auprès du premier ministre. Et dès son entrée au gouvernement, elle s’est retrouvée au centre de nombreuses polémiques. Accusation de grossophobie pour son livre Osez l’amour des rondes, passe d’armes avec Alain Finkielkraut sur la défense des mamans voilées accompagnant les sorties scolaires, cafouillage autour de la baisse de son budget, chiffres contestés sur les violences obstétricales, certificat d’aptitude professionnelle (CAP) « petite enfance » pour valider les « compétences des jeunes mères »… L’ex-adjointe à l’égalité de la ville du Mans ne passe pas inaperçue et l’on en serait presque à se demander s’il ne s’agirait pas, pour l’ancienne communicante, d’une manière de faire exister son secrétariat d’État.

Marlène Schiappa devant une partie de la bibliothèque de son bureau © L.F. Marlène Schiappa devant une partie de la bibliothèque de son bureau © L.F.

Dernière affaire en date : l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation (PMA) à toutes les femmes. Déjà promise par François Hollande, elle avait rapidement été mise sous le tapis face aux hurlements outragés de la mal nommée Manif pour tous. Le candidat Emmanuel Macron y était favorable et mardi 12 septembre, sur BFMTV, Marlène Schiappa a affirmé que l’engagement de campagne serait tenu, avec une échéance prévue pour 2018, lors de la révision de la loi de bioéthique. Des propos qu’elle avait également tenus la veille face à Mediapart, lors d’une interview en vue de la préparation de cet article. « On sera a priori au début de l’automne 2018 dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique », a-t-elle expliqué.

La stratégie est contestée. Rouvrir un débat public sur la PMA pour toutes lors des états généraux sur la bioéthique ne risque-t-il pas de faire le jeu de la Manif pour tous ? « Il y a 400 parlementaires de la République qui ont fait campagne en défendant l’engagement du président de la République sur la PMA. Le Comité national consultatif d’éthique (CNCE) a déjà rendu son avis. Je n’ai vraiment aucune inquiétude sur le fait que ça passe, nous répond Marlène Schiappa. La discussion se tiendra dans le cadre de la loi bioéthique pour avoir un débat apaisé, global et non un débat uniquement sur la PMA. Moi, ma première préoccupation, c’est protéger les familles homosexuelles et notamment les couples de femmes homosexuelles. Je voudrais que cela passe le plus doucement possible et qu’elles aient tout simplement accès à ce droit. »

Seulement voilà, le dimanche 17, après la levée de bouclier des anti, elle se montre moins affirmative et précise que le calendrier ne sera finalement connu que l’année prochaine. « A priori fin 2018, il y aura des états généraux de la bioéthique, dans le cadre de la loi bioéthique. Dans ce cadre, nous débattrons effectivement de la PMA et le gouvernement proposera d’ouvrir la PMA », déclare-t-elle sur France 3. Le même jour, le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb enfonce le clou et propose de « résoudre le problème du chômage avant de s’attaquer aux problèmes civilisationnels », puisque l’un empêche visiblement l’autre pour l’ancien maire de Lyon.

Un désaveu qui augure de cordiales relations en conseil des ministres et qui pourrait rapidement poser problème, s’agissant notamment des projets à mener en interministérialité. Car après une baisse de près de 25 % en 2017, le budget dédié à l’égalité femmes-hommes sera revu à la hausse pour 2018. Il passera en effet à près de 30 millions d’euros, « son seuil le plus haut depuis toujours », revendique Marlène Schiappa. « On l’a sanctuarisé pour cinq ans à venir, donc il va rester comme ça. » 

D’après elle, cette augmentation est permise par le travail en collaboration avec d’autres ministères, comme l’Intérieur, justement, ou l’Éducation nationale. « L’interministérialité vient renforcer ce budget et non pas le diviser », assure-t-elle. Même si, dans les faits, en temps de vaches maigres, lorsqu’il s’agit de faire des économies, c’est vers les fonds dédiés à des projets interministériels que se tournent les ministères, plutôt que vers leurs propres crédits.

  • Un travail interministériel

À titre d’exemple, la formation à la lutte contre les stéréotypes sexistes sera assumée par la Défense pendant le service civil – service qui constituait une promesse de campagne du candidat Macron. « On travaille à la création d’une journée de formation à la lutte contre les stéréotypes sexistes et la culture du viol pendant ce service civil, pour toute une classe d’âge, sous l’égide du ministère des armées. » L’institution a pourtant été violemment mise en cause en 2014 dans le livre-enquête La guerre invisible portant sur les violences sexuelles commises au sein de ses rangs. Marlène Schiappa se veut rassurante : « On ne va pas charger l’armée de créer une journée de formation. Nous allons faire des propositions collectives, notamment avec la MIPROF [mission interministérielle de protection des femmes contre les violences et de lutte contre la traite des êtres humains – ndlr] et avec toutes les associations et les personnes engagées sur ce sujet pour construire une journée efficace qui s’intègre dans le programme, piloté par le ministère des armées. C’est l’un des axes de travail de ma lettre de mission. »

En collaboration avec le ministère de l’intérieur, Marlène Schiappa doit également s’atteler à un autre chantier, celui du harcèlement de rue, « un fléau qui empêche des femmes d’aller travailler et de vivre leur vie ». Depuis plusieurs années, le sujet revient régulièrement à la une de l’actualité et les femmes expriment leur exaspération face à ces remarques ou insultes qui émaillent leurs trajets quotidiens. La rue est l’espace de domination masculine par excellence, comme le décrivait le géographe Yves Raibaud dans le magazine Terra Eco. Selon lui, « la domination des hommes dans l’espace public est nette. Les femmes ne font que le traverser, elles ne flânent pas et évitent les regards pour ne pas subir de réflexions ». Plusieurs communes tentent d’ailleurs différentes expériences pour rendre la ville plus accueillante pour les femmes, avec des aménagements et des marches exploratoires.

La secrétaire d’État s’est elle aussi emparée du sujet avec la création d’un groupe de travail, conjointement avec les ministères de l’intérieur et de la justice, sur « la verbalisation du harcèlement de rue, la mise en place des amendes et la création d’un délit de harcèlement de rue ». Des militants anti-racistes s’inquiètent des risques de dérives, notamment pour les jeunes hommes noirs et arabes, déjà victimes de contrôles au faciès. « Je trouve ça un peu incroyable, s’agace Marlène Schiappa. Ça fait des années, qu’on ne fait rien contre le harcèlement de rue. Là, enfin, on propose une solution. Pour l’instant, il y a une impunité totale sur le harcèlement de rue et je ne peux pas partir du principe qu’il y a des gens qui vont être accusés à tort. Moi j’ai confiance dans la police pour, si c’est le système de verbalisation qui est retenu, faire du flagrant délit et pour mettre des amendes sur le moment. » Elle s’en remet aux auditions qui seront faites du groupe de travail de cinq députés installé avec les ministères de l’intérieur et de la justice.

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