Saint-Fons: l’affaire de détournements que Gérard Collomb aimerait oublier

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Le procès d'une affaire de détournements de fonds publics s'ouvre le 30 novembre devant le tribunal correctionnel de Lyon. A Saint-Fons, petite commune de l'agglomération lyonnaise, un vaste système d'évaporation de subventions avait été mis au jour en 2001. Mais malgré huit années d'instruction, l'affaire arrive devant le tribunal avec des trous quant au rôle exact joué par l'actuel sénateur et maire de Lyon, Gérard Collomb.

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Le tribunal correctionnel de Lyon réserve, à partir du lundi 30 novembre, une semaine d'audience au procès d'une affaire de détournements de fonds publics particulièrement embarrassante pour le Parti socialiste. Le dossier a été baptisé «affaire de Saint-Fons», du nom d'une petite commune industrielle du sud de l'agglomération lyonnaise à partir de laquelle un vaste système d'évaporation de subventions a été mis au jour en 2001.

Mais malgré huit années d'instruction judiciaire, l'état dans lequel l'affaire arrive devant le tribunal laisse aujourd'hui un sentiment de malaise quant au rôle exact joué par l'actuel sénateur et maire de Lyon dans l'un des volets les plus troubles du dossier. Gérard Collomb fut en effet au milieu des années 1980 le président-fondateur d'une association, l'EPRA, qui a perçu, entre 1994 et 2000, au moins 200.000 euros de fonds publics détournés. Il était à l'époque député du Rhône et le principal conseiller municipal d'opposition à Lyon.

Gérard Collomb, maire de Lyon (PS) © Reuters Gérard Collomb, maire de Lyon (PS) © Reuters

Entendu comme simple témoin par la brigade financière en janvier 2006, M. Collomb n'a jamais été inquiété dans ce dossier même si le juge d'instruction qui a clôturé l'enquête, Jean-Pierre Berthet, n'hésite pas souligner plusieurs zones d'ombre persistantes dans son ordonnance de renvoi, dont Mediapart a obtenu copie.

Pour toute explication, le maire de Lyon a affirmé aux enquêteurs être totalement étranger aux faits et avoir démissionné «fin 1989» de l'association incriminée, «sans toutefois que soient modifiés les statuts en préfecture», comme le souligne le juge Berthet dans son ordonnance.

Lors du procès, quatre personnes seront sur le banc des prévenus. Parmi elles: un ancien maire socialiste de Saint-Fons, Yves Mongenot (1995-2001), et un ancien responsable régional des réseaux d'éducation populaire Léo-Lagrange (proches du PS), Yves Blein. [Voir également la Boîte noire, ci-dessous]

Aux origines de l'affaire de Saint-Fons, il y a un changement de couleur politique à la tête de ce bastion historique du PS dans le Rhône après les élections municipales de mars 2001. Dès son arrivée au poste de maire, Michel Denis (divers droite) avait commandé à un ancien policier-vedette des années 1980 reconverti dans l'enquête financière privée, Antoine Gaudino – l'homme de l'affaire Urba, qui embarrassa déjà le Parti socialiste –, un audit sur la gestion de la commune entre 1995 et 2001.

L'ancien inspecteur a révélé l'existence d'un mécanisme de «pompage» des subventions municipales d'action sociale et éducative qui transitaient par les centres Léo-Lagrange, ses satellites et tout un aréopage d'associations paramunicipales aux contours juridiques mal définis.

Il faut dire que la ville de Saint-Fons est généreuse. Car malgré sa petite taille (17.000 habitants) et sa population ouvrière, la commune jouit d'une confortable assise financière grâce à d'abondantes recettes fiscales tirées de la taxe professionnelle – la ville est située au cœur du «couloir de la chimie» de l'agglomération lyonnaise.

Les investigations du cabinet privé d'Antoine Gaudino avaient conclu à un détournement global de 12.139.034 francs (1,85 million d'euros) qui avaient transité par des structures affiliées aux centres Léo-Lagrange. Le rapport s'interrogeait, du coup, sur la destination finale de l'argent, ouvrant ainsi la voie au soupçon de financement politique occulte.

Mais la justice, saisie du dossier sitôt le rapport Gaudino rendu public en novembre 2001, n'a pu aller au bout de l'enquête ni même confirmer le montant des sommes évaporées, la principale cheville ouvrière du système – un certain Michel David – étant mort d'un cancer neuf mois plus tôt. Michel David était à la fois le secrétaire général de la mairie de Saint-Fons et le dirigeant de fait de la principale structure paramunicipale de la ville, le Comité pour nos gosses (CPNG), pivot du système en cause.

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J'ai une histoire un peu particulière avec ce dossier. Originaire de Lyon, je fus licencié en 2006 d'un hebdomadaire local dont j'étais le rédacteur en chef adjoint après la publication d'une enquête — d'abord censurée — sur... l'affaire de Saint-Fons. Il faut dire que l'actionnaire majoritaire du titre en question n'était autre que l'un des principaux soutiens du maire de Lyon, Gérard Collomb. L'un de ses meilleurs amis, aussi. La presse s'était, à l'époque, fait l'écho de cet épisode: ici, ici ou .

ACTUALISATION — Contrairement à ce que nous avons écrit dans une première version de l'article, Dominique Deschamps, sœur de l'ancien adjoint aux finances de Gérard Collomb, n'est pas renvoyée devant le tribunal correctionnel. Poursuivie pendant l'instruction pour «complicité d'abus de confiance», elle a profité d'un non lieu.