Fidèles, sarkozystes, droite extrême: les soutiens empoisonnés de Fillon

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François Fillon voit revenir toute une série d’élus qui le méprisaient il y a encore quelques semaines. Parmi eux, beaucoup de sarkozystes, mais aussi plusieurs figures de la droite extrême. À ses côtés, elles entendent relancer dès 2017  la «fusion des droites».

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François Fillon a plein de nouveaux amis. Ils le suivent partout, envahissent les plateaux de télévision pour prêcher sa bonne parole et arrosent les réseaux sociaux de hashtags à la gloire du nouveau favori de la primaire de la droite et du centre. Mardi 22 novembre au matin, à la Maison de la chimie à Paris, les nombreux parlementaires qui le soutiennent depuis toujours (Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Jérôme Chartier, Valérie Boyer, Jean-François Lamour…) frayaient avec plusieurs sarkozystes ayant suivi le choix de leur champion déchu. Depuis qu’il est arrivé largement en tête du premier tour, avec 44,1 % des suffrages exprimés, l’ancien premier ministre a vu revenir dans son escarcelle toute une série d’élus qui le méprisaient il y a encore quelques semaines.

Bruno Le Maire, François Fillon, Valérie Boyer, Laurent Wauquiez et Madeleine de Jessey au meeting de Lyon, le 22 novembre. © Reuters Bruno Le Maire, François Fillon, Valérie Boyer, Laurent Wauquiez et Madeleine de Jessey au meeting de Lyon, le 22 novembre. © Reuters

Au meeting qu’il a tenu à Lyon mardi soir, on a ainsi pu apercevoir au premier rang le président par intérim de LR Laurent Wauquiez, mais aussi Bruno Le Maire, candidat malheureux à la primaire, qui avait pourtant juré ses grands dieux qu’il ne se rallierait à personne pour le second tour. Le député de l’Eure fait également partie des 215 parlementaires qui ont publié ce jeudi une tribune dans laquelle ils déplorent les critiques qu’Alain Juppé a adressées à François Fillon ces derniers jours. Parmi la liste interminable des signataires, figure également toute une série d’élus qui avaient tourné le dos à l’ancien premier ministre et sont aujourd’hui contraints de faire preuve d’une souplesse exemplaire pour s’attirer de nouveau ses faveurs.

« On a eu des coups de fil dégoulinants, affirme un membre historique de l’équipe de campagne. C’est fou le nombre de gens qui n’ont pas de dignité. Courtisan un jour, courtisan toujours… » Dans le viseur des fillonistes, on trouve notamment Pierre Lellouche, qui passait de caméras en micros, mardi matin. Longtemps proche de Fillon, le député de Paris avait créé la surprise fin août en se ralliant à Nicolas Sarkozy. « C’est le traître permanent, s’agace un parlementaire soutien de l’ancien premier ministre. Il a même réussi à envoyer un long texto à François pour lui assurer qu’il avait toujours été filloniste et que ses prises de position l’avaient sans doute beaucoup aidé avant qu’il ne parte chez Sarko... »

Éric Ciotti a lui aussi fait grincer quelques dents. Jusqu’alors farouche soutien de l’ex-chef de l’État, le député des Alpes-Maritimes a immédiatement proposé ses services « pour emmener François ici ou là, pour l’accompagner dans des visites », indique un autre membre du premier cercle. « Lui, il rêve tellement d’être ministre de l’intérieur qu’il se vendrait à Hollande s’il le fallait », s’amuse encore un parlementaire filloniste. Mais le soutien le plus incroyable reste celui de Rachida Dati qui, après avoir traité Fillon de tous les noms – « déloyal », « désagréable », « petit ingrat », « mal élevé », etc. –, a fini par annoncer qu’elle voterait pour lui. « J’ai toujours été légitimiste. Je veux que ma famille politique gagne », a-t-elle expliqué sur Europe 1.

L’entourage de Nicolas Sarkozy est l’une des clefs de son échec. Depuis plusieurs années, l’image dégradée des Christian Estrosi, Nadine Morano et Brice Hortefeux n’a cessé de nourrir l’antisarkozysme. Les juppéistes l’ont bien compris, eux qui communiquent depuis dimanche sur le sujet. « Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est la reconstitution de l’équipe Fillon-Sarkozy qui nous a dirigés de 2007 à 2012 », a glissé le maire de Bordeaux au 20 heures de France 2, regrettant « ce tandem qui se reconstitue » et qui, à son sens, « montre bien l’orientation du programme de François Fillon ». « Il a été mon ministre. En votant pour lui, les gens ont voté un peu pour mon bilan », s’est d’ailleurs consolé Nicolas Sarkozy, cité par Le Parisien.

Exemple de visuel relayé par les juppéistes sur Twitter. © DR Exemple de visuel relayé par les juppéistes sur Twitter. © DR

Si tout le monde reconnaît que l’ex-chef de l’État n’a pas franchement attaqué son ancien « collaborateur » pendant la campagne, réservant l’essentiel de ses coups à Alain Juppé, nul ne peut oublier les tensions qui ont dominé la relation des deux hommes jusqu’ici. De la présidence de l’UMP en 2012 à l’affaire Jouyet, le tandem a bien des fois vacillé. « Fillon, je le veux à terre et sans oxygène », aurait même lancé Sarkozy, en pleine affaire des pénalités financières de l’UMP. De son côté, l’ancien ministre a multiplié les allusions à peine voilées aux problèmes judiciaires de son adversaire, se présentant comme le Monsieur Propre du scrutin.

Sur Twitter, les mêmes qui défendent aujourd’hui Fillon face à l’offensive de Juppé lui tombaient dessus il y a encore quelques mois. Pour certains sarkozystes historiques, ce soutien était d’ailleurs loin d’aller de soi, comme le prouve cette conversation entre le président du comité d’organisation de la primaire Thierry Solère et le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi, enregistrée à leur insu quelques jours avant le premier tour :

Dans l’équipe de campagne historique de François Fillon, personne n’est dupe. « Il y a des gens dans l’entourage de Sarkozy que nous ne voulons pas voir, tranche le député du Loiret Serge Grouard, qui a chapeauté le projet de l’ancien premier ministre. Certains devraient avoir davantage de retenue, un peu plus de décence. » Pour autant, tous estiment que le « rassemblement sera nécessaire » après le 27 novembre. Un rassemblement qui inclura forcément des personnalités issues de toutes les écuries LR, mais pas seulement. Car en captant « toutes les composantes de ce qu’on appelle les droites profondes », pour reprendre les mots du chercheur Simon Labouret, Fillon a ramené dans son giron plusieurs figures de la droite extrême.

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