A Paris, les morts de la pollution se comptent par milliers

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À Paris, la pollution tue 60 fois plus que l’insécurité routière. Environ 2 500 personnes meurent chaque année de l’exposition aux polluants atmosphériques, en partie émis par les voitures. Le Conseil de Paris doit voter la piétonnisation de la voie Georges-Pompidou lundi 26 septembre. 

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Une carcasse de tôle enfoncée dans un mur de béton. Un pare-brise strié de ridules. Un scooter éventré dans une mare d’huile et de sang. Un brancard soulevé par des pompiers qui courent. On sait tous à quoi ressemble un accident de la route.

Mais mourir de la pollution, qu’est-ce que ça donne ? On n’a jamais vu de foules de piétons s’effondrer d’asphyxie lorsque le ciel de Paris devient gris à force de dioxyde d’azote, ni les cadavres s’entasser le long des rues embouteillées. Les alvéoles pulmonaires brunissent et les artères s’épaississent en silence. Les morts de la pollution échappent au regard. Les particules fines tuent ceux qui les respirent, mais personne ne les voit.

Et pourtant, à Paris, les morts de la pollution atmosphérique se comptent par milliers.  Environ 2 500 personnes perdent chaque année la vie à cause de l’air qu’elles respirent dans la capitale. C’est 60 fois plus que le nombre de morts par accident de la route dans la capitale. Ce chiffre, peu de personnes le connaissent. Il figure en annexe du rapport de Santé publique France publié en juin dernier et il faut fouiller jusqu’à la 116e page de l’épais rapport pour le débusquer. Il dérange, car il est difficile à comprendre. Il ne reflète pas le comptage de corps individuels, mais découle d’une estimation statistique.

Paris, le 18 mars 2015 (Gonzalo Fuentes/Reuters) Paris, le 18 mars 2015 (Gonzalo Fuentes/Reuters)

« On ne meurt pas de la pollution, on meurt de pathologies qui en découlent », décrit Bernard Jomier, adjoint à la santé de la mairie de Paris et médecin. « On peut publier la photo d’un mort du diabète, mais pas d’une victime de la pollution. » Pour mesurer le nombre de vies fauchées par la saleté de l’air parisien, il a fallu extrapoler à partir d’études épidémiologiques françaises et européennes liant la pollution atmosphérique à l’état de santé des habitants. Concrètement, il s’agit de mesurer l’excès de risque engendré par la pollution de l’air. « Ce travail est l’aboutissement de toute une démarche », explique Sabine Host de l’Observatoire régional de santé d’Ile-de-France. Il présente donc une part d’incertitude.

C’est toute la difficulté. Il ne sera jamais possible de désigner la pollution atmosphérique comme cause de décès d’une personne. « Ce n’est pas une pathologie spécifique, mais un facteur de risque supplémentaire », précise Sabine Host. Et pourtant, entre 6 et 7 personnes en meurent chaque jour dans la capitale française. « On ne peut pas se soustraire à la pollution », rappelle la chercheuse. On peut choisir de fumer. On ne décide pas de l’air qu’on respire. « Il faut prendre ces chiffres avec beaucoup de précaution, remarque Bernard Jomier. L’histoire montre que les impacts des pollutions sur la santé sont toujours sous-estimés. On a connu la même chose sur le saturnisme, nié par la mairie de Paris dans les années 90. » Si les Parisiens respiraient un air libéré de la pollution induite par l’activité humaine, ils gagneraient plus de deux ans d’espérance de vie, selon une étude de Santé publique France.

Ce bilan humain éclaire la controverse sur la piétonnisation de la voie Georges-Pompidou, sur la rive droite de la Seine. L’interdiction de la voiture sur cette autoroute urbaine de 3,3 kilomètres est à l’ordre du jour du Conseil de Paris du 26 septembre. La droite se déchaîne contre ce projet et se veut le porte-voix des automobilistes mécontents. La majorité municipale veut passer en force, malgré l’avis défavorable de la commission d’enquête publique. En cette période politiquement sensible, après la victoire des Républicains à la tête de la région Ile-de-France, et à quelques mois de la présidentielle, la place de la voiture à Paris devient l’objet d’une discorde politicienne qui oublie le sujet vital de ce dossier : la santé des habitants et leur inégalité face aux nuisances de la pollution.
 
« La pollution de l’air tue et rend malade, explique Bruno Housset, chef du service de pneumologie au centre hospitalier intercommunal de Créteil et vice-président de la Fondation du souffle. La typologie des impacts sur la santé n’est pas propre à Paris. » Pour les personnes qui souffrent d’une maladie respiratoire, l’exposition à un air pollué peut entraîner des effets cardio-vasculaires et leur infliger un coup de grâce, décrit le médecin. « Chez les personnes qui souffrent d’asthme, d’insuffisance coronarienne, qui connaissent des accidents vasculaires cérébraux, la pollution exacerbe la maladie », explique Jocelyne Just, cheffe du service d’allergologie à l’hôpital Trousseau, à Paris.

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Pour comparer le nombre de morts de la pollution atmosphérique et des accidents de la route, j'ai d'abord calculé la moyenne du nombre de victimes de la route entre 2011 et 2015 à Paris (41 décès par an), que j'ai ensuite rapporté au nombre de morts estimés de la pollution parisienne (environ 2 500 par an).