Réformes, budget: quel impact sur les salaires?

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Le gouvernement prétend défendre le pouvoir d’achat, notamment par la bascule des cotisations salariales vers la CSG, mais l’ensemble de la politique gouvernementale tend plutôt, au regard des expériences passées, à soutenir l’idée d’une politique intrinsèquement déflationniste pour les rémunérations.

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Dans leur préparation du projet de budget pour 2018, les deux locataires de Bercy, et notamment Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics, ne cessent de répéter, comme dans une récente interview au Monde, que « le travail doit payer », et ce serait là l’objectif de leur politique.

Dans l’esprit de Darmanin, ou plutôt dans sa stratégie de communication, le gain de pouvoir d’achat pour les travailleurs interviendra principalement grâce à la suppression des cotisations salariales de santé et de chômage, compensée par une hausse de 1,7 point de la contribution sociale généralisée (CSG). Cette bascule devrait augmenter le salaire net à hauteur de 1,45 % du salaire brut. Du moins pour ceux qui touchent mensuellement moins de quatre fois le plafond de la sécurité sociale (soit 13 076 euros), montant maximum sur lequel sont calculées les cotisations chômage.

Pour ceux qui gagnent davantage, le gain sera réduit et deviendra même une perte à partir de 33 450 euros brut par mois, selon les calculs du cabinet FiDroit recueillis en juin dernier par Le Figaro. Compte tenu de la faiblesse de la population concernée et des larges compensations prévues pour ceux qui disposent de revenus du capital importants (introduction de la flat tax sur les revenus du capital et exonération de l’ISF), l’impact de cette perte sera cependant négligeable.

Il devrait donc y avoir une hausse des salaires net en 2018 pour la majorité des salariés. Mais, en réalité, cette hausse ne sera pas l’an prochain de 1,45 % pour ceux qui gagnent moins de 13 076 euros brut mensuels. Car, le gouvernement a décidé de baisser en deux temps les cotisations salariales pour dégager 3 milliards d’euros d’économies budgétaires. La baisse sera donc d’abord de 2,2 points au 1er janvier et de 0,95 point « à l’automne », alors que la hausse de la CSG interviendra à plein au 1er janvier. Pendant une dizaine de mois, les pouvoirs publics encaisseront donc à la fois la CSG revalorisée et environ 31 % des cotisations. D’où le gain pour le budget de l’État.

Gérald Darmanin et Bruno Le Maire à l'Élysée en juillet 2017 © Reuters Gérald Darmanin et Bruno Le Maire à l'Élysée en juillet 2017 © Reuters

En prenant comme hypothèse une seconde baisse au 1er octobre, les salaires nets seront donc revalorisés de 0,5 % au 1er janvier et de 0,95 % dix mois plus tard. Soit, en tout, une hausse de 0,62 % du salaire net sur 2018. En 2019, les salaires seront donc bien revalorisés de 1,45 %, mais par rapport au niveau de 2017. La hausse entre 2018 et 2019 sera effectivement de 0,83 %, mais les salariés ne verront pas leur fiche de paie bouger sur l’année 2019, ce qui réduira l’impact psychologique visé.

De même, la revalorisation de la prime d’activité pour les bas revenus, qui devra atteindre 50 %, soit 80 euros pour un SMIC, sera lissée sur quatre ans par tranche de 20 euros. Certes, cela représentera cependant 1,7 % du SMIC net en année pleine, ce qui n’est pas négligeable, mais cette hausse a été repoussée à octobre 2018. Sur les quatre prochaines années, du fait de cette revalorisation de 0,43 %, un salarié au SMIC bénéficiera donc d’une hausse de son salaire annuel. En y ajoutant la baisse des cotisations, cette hausse sera de 1,05 % sur 2018. 

Au reste, ces hausses salariales devront être confrontées à l’évolution des prix. La Commission européenne prévoyait en avril dernier pour la France une inflation de 1,3 % sur 2018 et la plupart des économistes tablent, en théorie, sur une accélération l’année suivante. Autrement dit, à elle seule, cette mesure ne fera pas gagner du « pouvoir d’achat » aux salariés, c’est-à-dire du revenu réel, net de l’inflation. Certes, cette question ne se pose pas pour le SMIC, encore revalorisé au moins au-delà de l’inflation, sauf si une proposition nouvelle du très libéral comité d’experts vient changer la donne. Mais, pour les autres salariés, il faudra donc compter avec d’autres mesures non salariales, comme l’exonération de la taxe d’habitation, elle-même lissée sur trois ans et donc, au final, à l’impact assez faible, ou avec des hausses de salaires. Pour tenter d’entrevoir l’évolution du « pouvoir d’achat » dans les prochaines années, il faut évaluer l’impact sur l’évolution salariale de l’ensemble de la politique gouvernementale. Et c’est bien ici que le discours de Bercy risque de connaître quelques déboires.

La réforme en voie d’adoption du droit du travail ainsi que les réformes à venir de l’assurance-chômage visent clairement, et de façon assumée par le gouvernement, à « flexibiliser » le marché du travail, mais aussi à améliorer la compétitivité externe des entreprises. Logiquement, dans un contexte de chômage élevé, ces deux objectifs doivent avoir pour fonction au moins la modération salariale (lire Loi travail : ce que le gouvernement fait aux salariés). À observer de plus près les ordonnances promulguées ce 22 septembre, cet objectif ne fait pas de doute.

Le premier ministre Édouard Philippe et la ministre du travail Muriel Pénicaud ce 31 août, à Matignon © Reuters Le premier ministre Édouard Philippe et la ministre du travail Muriel Pénicaud ce 31 août, à Matignon © Reuters

Ainsi, dans les entreprises de moins de 50 salariés, la signature d’un accord d’entreprise pourra se passer d’un délégué syndical. Il sera également possible de procéder à des référendums à l’initiative de l’employeur en cas d’accord de syndicats minoritaires. Certes, ces accords ne concernent pas directement les salaires, mais ils concernent bien des éléments de formation de la rémunération globale : temps de travail ou primes, par exemple. Plus globalement, les ordonnances facilitent les licenciements en levant plusieurs obstacles légaux et en plafonnant les indemnités pour les licenciements illégaux. Cette tendance sera sans doute renforcée par les nouvelles règles d’indemnisation de l’assurance-chômage, puisque Emmanuel Macron a annoncé qu’il entendait durcir les règles de refus des propositions de Pôle Emploi. Cet ensemble rend évidemment plus inquiétante la menace de licenciement pour les salariés et réduit donc leur capacité de négociation salariale en cas de chômage élevé, comme aujourd’hui en France.

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