A son tour, Génération·s entre, seul, en campagne

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Après avoir échoué à faire l’union à gauche, le mouvement de Benoît Hamon a présenté mardi 26 février une liste autonome aux européennes.

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Et une liste de plus. Après La France insoumise, Europe Écologie-Les Verts, le Parti communiste français, et sans doute le Parti socialiste associé à Place publique, c’est au tour de Génération·s de présenter sa candidature pour les élections européennes. Attention : ne dites pas liste « Génération·s », mais liste « citoyenne ». « Parce que tout le monde n’est pas adhérent, et qu’on est déjà une liste de rassemblement », précise Benoît Hamon, pressenti pour être tête de liste.

Si le paysage reste en l’état, les sympathisants de gauche devront donc arbitrer entre cinq choix au minimum (le NPA et Lutte ouvrière pourraient, en outre, présenter séparément une liste) avant de mettre leur bulletin dans l’urne, le 26 mai prochain. Un éclatement qui plonge bon nombre d'entre eux dans le désarroi (lire notre reportage).

Benoît Hamon, entouré des candidats aux européennes. © PG Benoît Hamon, entouré des candidats aux européennes. © PG

Mardi 26 février, lors d’une conférence de presse organisée dans les locaux d’une start-up du Xe arrondissement parisien, Benoît Hamon a présenté une liste (non ordonnée) de 30 noms – les 45 autres attendus seront rendus publics plus tard – qui sera votée par les militants. Des candidats choisis par une commission électorale (composée de membres élus et tirés au sort) parmi un millier de candidatures.

Devant une quinzaine d’entre eux, l’ancien candidat à la présidentielle a donné les grandes lignes du programme européen qu’il compte présenter dans le cadre du mouvement du « Printemps européen », aux côtés de l’ancien ministre des finances grec, Yanis Varoufakis. Un programme anti-austérité et écologique qui comprend l'idée d'un « New Deal » écologique « comme le proposent Bernie Sanders ou AOC [Alexandria Ocasio-Cortez – ndlr] aux États-Unis ». Et qui porte une politique à la fois redistributive (avec l’idée d’un ISF européen et d’une taxe robots sur le continent), hospitalière pour « les migrants et les persécutés », et désireuse de changer les traités européens, mais avant tout de travailler dans le cadre existant.

Parmi les candidats de cette « liste citoyenne », beaucoup sont issus de la société civile et du secteur associatif, ce que n’a pas manqué de souligner Benoît Hamon : une étudiante caissière à Carrefour, un patron de bar, un avocat, un petit patron, une infirmière… Il y a aussi le président du Samu social ou Françoise Sivignon, ex-présidente de Médecins du monde, qui a rejoint Génération·s pour son « innovation : le programme des présidentielles qui a fait émerger le burn-out ou les perturbateurs endocriniens dans le champ politique », dit-elle.

On retrouve encore Sarah Soilihi, transfuge de La France insoumise, mais aussi le petit cercle habituel : Mehdi Ouraoui, plume de Benoît Hamon pendant la présidentielle, Aurore Lalucq, ou encore les eurodéputés sortants Isabelle Thomas et Guillaume Balas, ou les anciennes présidentes du Mouvement des jeunes socialistes Laura Slimani et Roxane Lundy…

Fini d’attendre : Benoît Hamon entre donc en campagne. Après des mois passés en coulisse, notamment avec le PCF, pour tenter de trouver des accords entre les états-majors des partis afin d’unir la gauche, il acte l’échec de ses tentatives de rassemblement. Sans surprise, personne à gauche n’a mordu à l’hameçon de sa proposition de votation citoyenne, processus lancé le 8 février. Seuls le PCF, ainsi que Nouvelle Donne et la Gauche Démocratique et Sociale (le réseau animé par l'ancien socialiste Gérard Filoche) ont pris la peine de répondre dans un courrier. Pour ce qui concerne le PCF, par la négative.

Résultat, toutes les formations de gauche poursuivent pour l'instant leur stratégie en solitaire pour cette élection au mode de scrutin « faussement » à la proportionnelle : il faut en effet atteindre au moins 3 % des suffrages pour voir ses frais de campagne remboursés, et 5 % pour avoir des élus. Des seuils difficiles à atteindre quand on sait que l'électorat classé à gauche « pèse » moins de 25 %…

« On continue à porter la votation citoyenne comme une méthode d’union, mais aucun gros parti n’a daigné répondre positivement à cette proposition, commente-t-on à Génération·s, qui n’a pourtant pas saisi non plus l’offre de rassemblement lancée par Place publique, du fait de la présence du PS dans l’équation. Donc on entre en campagne, sans votation citoyenne et sans liste d’union. Mais on laisse la porte ouverte. »

Un sondage (non représentatif, car réalisé sur 574 personnes se déclarant « sympathisants de gauche ») censé montrer que les électeurs de gauche désiraient l’union avait pourtant été commandé et diffusé, la semaine dernière, pour tenter d’influencer les autres partis. En vain. Moins de vingt jours après l’avoir lancée, l’idée d’une primaire à gauche semble donc bel et bien enterrée.

« Benoît Hamon savait très bien qu’il n’y arriverait pas ; ça lui permet de mettre son futur échec sur le compte du rejet de l’union par les autres », glisse un candidat d’une formation qui n’a pas répondu aux avances de Génération·s, et qui considère que l’ancien candidat du PS à la présidentielle « veut mourir [politiquement – ndlr] en disant que c’est la faute des autres ». Ambiance.

Il faut dire que le mouvement de Benoît Hamon peine à se structurer. Depuis le lancement, sur la pelouse de Reuilly à Paris, de ce qui s’appelait alors le « Mouvement du 1er Juillet », à l’été 2017, deux conventions ont eu lieu : au Mans, en novembre 2017, puis à Grenoble, en juillet 2018. Pourtant, malgré une « tournée des facs » réussie en novembre 2017 – les réunions publiques de Benoît Hamon dans les universités faisaient salle comble –, le mouvement semble n’avoir pas encore réussi à atteindre sa vitesse de croisière.

Dans l’Aveyron par exemple, la déception est au rendez-vous. Un militant passé par le PS, puis non loin de La France insoumise, ne cache pas son trouble : « J’ai créé sur Internet un comité de soutien à Génération·s, et je paie une petite cotisation, mais en dix mois, je n’ai eu aucun contact avec le siège, malgré les sept ou huit mails que j’ai envoyés », regrette-t-il, ajoutant qu’il connaît d’autres militants dans ce cas.

« J’ai l’impression que le mouvement tourne à vide, poursuit-il. Si, sur le Net, des textes très intéressants sont échangés, tout cela manque de contacts humains. Peut-être sont-ils débordés, que cela ne les intéresse pas, ou qu’ils ont une stratégie 100 % médias, mais il faudrait qu’ils sortent de la virtualité pour aller sur le terrain. »

Des mauvaises langues reprochent également, en off, le côté « trop personnalisé » du mouvement, tout entier construit autour de l’ancien ministre délégué à l’économie sociale et solidaire de François Hollande.

Pas de quoi pour autant entacher le moral, en apparence au beau fixe, de Benoît Hamon et de ses proches. En début de semaine, l’élu de Trappes se félicitait des « bons sondages qui nous mettent à 5,5 % ». « Je reste confiant, expliquait-il à Mediapart. On perçoit qu’on monte et cela rejoint ce que nous percevons sur le terrain, car nous sommes déjà en campagne. »

Chez EELV, qui a refusé maintes fois la main tendue par le mouvement de Benoît Hamon, on affirme que la candidature autonome de Génération·s est « un non-événement ». Pourtant, les électorats entre les deux formations, qui avaient d’ailleurs fait campagne commune derrière Benoît Hamon à la présidentielle, sont poreux.

Quant aux programmes, c’est peu dire qu’ils se ressemblent : tirer parti des traités existants, faire de l'échelon européen le cadre de la transition écologique, conduire une politique humaniste… Des similitudes qui n’effraient pas Yannick Jadot : « Il y a une nostalgie de la gauche plurielle, ça a un côté rassurant dans ce paysage politique en plein bouleversement, reconnaît l’eurodéputé sortant, à la tête de la liste EELV, qui mise sur un score de 15 % aux européennes. Mais nous, ce qu’on souhaite, c’est une clarification et de la cohérence. Quand on pense que l’écologie est primordiale, on met un bulletin vert dans l’urne, pour élire un Vert qui rejoindra un groupe vert au Parlement européen. C’est simple, clair, précis. Il faut arrêter la tambouille. »

Le parti écolo a aussi de gros doutes sur la possibilité pour Génération·s de réunir les fonds nécessaires à la campagne. « Comment les banques prêteraient de l’argent à un mouvement qui est à moins de 3 % dans la plupart des sondages ? » Manière de se rassurer, peut-être…

Sur la question majeure du financement, là encore, Génération·s fait preuve d’un optimisme à tout crin. « Oui, on a une solution », promet l’eurodéputé sortant, Guillaume Balas, qui évoque les « adhésions régulières » émanant des militants et l’argent reversé par les élus. Pascal Cherki, élu Génération·s au conseil de Paris, confirme : « Soit la banque nous accorde un prêt, soit elle ne nous fait pas de prêt et, grâce à notre trésorerie, on a de quoi payer les bulletins, les affiches et quelques meetings. » « Ce sera une campagne sobre, qui ressemble beaucoup à la campagne des primaires qui avait coûté 300 000 euros. Nous rendrons publics notre budget et l’identité des donateurs », promet Benoît Hamon.

« À chaque fois, on nous prédit le malheur, et c’est le bonheur qui nous arrive. C’était déjà l’histoire de la primaire, quand Benoît était au fin fond pétrolier des sondages… Et il a gagné à la fin, positivait Guillaume Balas, devant les journalistes, mardi. Il n’y a pas aujourd’hui d’artifice, le monde politique doit prendre des risques. » Dont acte.

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Un membre de la Gauche Démocratique et Sociale (GDS) nous a fait savoir, après la publication de l'article, que le réseau avait envoyé une réponse à Génération·s : à lire ici.