Ayrault, Valls ou un autre, c'est la ligne qui est en jeu

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Depuis la défaite du PS aux municipales, la panique s'est emparée des cabinets ministériels, convaincus de l'imminence d'un remaniement. Une grande partie de la majorité plaide pour une inflexion de la ligne de l'exécutif. Cécile Duflot prévient qu'elle quittera le gouvernement si Manuel Valls est nommé à Matignon.

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Il y a, sous les dorures de la République, des moments d’emballement. Voire de panique. Ce fut le cas l’an dernier après les aveux de Jérôme Cahuzac. Depuis la défaite cuisante du parti socialiste aux municipales, les cabinets ministériels s’agitent à nouveau et bruissent de toutes les rumeurs. « Il paraît que le remaniement a lieu cette semaine. » « C’est fait, Valls est nommé. » Etc.

Les conseillers, légitimement fatigués de deux mois d’incertitudes, finissent par demander aux journalistes, qui n’en savent guère plus qu’eux, quel sera leur sort. La moindre phrase est surinterprétée, comme celle de la ministre Najat Vallaud-Belkacem mercredi, disant hors micro « quel que soit le premier ministre au moment d’engager la responsabilité ».

L’atmosphère déjà lourde s’assombrit davantage quand d’un cabinet à l’autre, la nouvelle de mails pesants leur arrive. À Bercy, plusieurs conseillers ont reçu un message intitulé « Votre départ », comme l’a révélé L’Express. Y est décrite la procédure à suivre pour archiver les dossiers et détruire les échanges personnels. Dans un ministère, les services ont proposé des cartons au chef de cabinet.

Sous le choc, de nombreux députés se sont lâchés, en privé, avec la presse ou sur Twitter et promettent de faire entendre leur colère une fois le second tour passé. « Il y aura du sang », jure un élu aubryste. Ils ont parfois eu des maires au téléphone, dépités, qui n’avaient rien vu venir. « C’est un homme abattu qui t’appelle », a dit l’un d’eux à un responsable socialiste. Jean-Michel Baylet, pour les radicaux de gauche, les députés Patrice Prat, proche de Montebourg, ou Jean Glavany, ont même ciblé directement Jean-Marc Ayrault, auteur d’une intervention télévisée ratée, « spectrale » même, dimanche soir. Les partisans de Manuel Valls, y compris à l’Élysée, jubilent.

De fait, l’Élysée réfléchit à un remaniement. Mais il n’est l’apanage que d’un homme dans la Ve République, celui-là même que les électeurs ont sanctionné : François Hollande. C’est lui, et lui seul, qui prendra la décision. Et elle dépendra pour partie du résultat du second tour des municipales dimanche et de l’ampleur de la débâcle annoncée. Surtout le remaniement n’a d’intérêt que s’il s’accompagne d’un message politique de fond. Le seul casting n’y changera pas grand-chose, l’effervescence des premiers jours passée.

Les ministres du gouvernement, leurs conseillers, les députés de la majorité l’ont tous admis depuis dimanche soir : au premier tour, la défaite a été plus importante qu’ils ne l’avaient prévu, et les électeurs de gauche les ont lourdement sanctionnés. « Je pensais qu’une partie de l’électorat voterait sur des considérations locales plus appuyées », dit par exemple Thierry Repentin, ministre délégué aux affaires européennes et élu de Chambéry. La ville risque de basculer à droite, l’abstention a été très élevée dans les bureaux les plus populaires. « C’est un message de désarroi et de rejet. L’abstention montre le désamour et la frustration », dit-il encore.

Tous ont compris que ce sont leurs électeurs qui les ont sanctionnés. Les scores des écologistes et du Front de gauche en témoignent pour partie. « L’électorat de gauche a envoyé un message. Il est parfaitement compris », a promis dimanche Stéphane Le Foll, un proche du président de la République. Lundi, à la sortie du déjeuner de la majorité à Matignon, Najat Vallaud-Belkacem avait résumé la teneur de leurs échanges en parlant de « justice sociale » : « On entend notamment le désir des électeurs français d’avoir davantage encore de justice sociale dans le redressement que nous sommes en train d’opérer, ce message est entendu. »

C’est donc bien d’une demande de gauche, et d’écologie, qu’il s’agit. Elle couvait depuis des mois ; l’Élysée n’a pas voulu la voir, depuis le palais bunkerisé du Faubourg-Saint-Honoré ; le premier tour des municipales l’a révélée au grand jour. « Les électeurs ont le sentiment que les choix faits sont à l’inverse de la campagne. Le décrochage est très fort à gauche », résume un responsable de cabinet ministériel.

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