Les élus LR (ex-UMP) cherchent une boussole

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Entre l’échéance de la primaire, la menace du Front national et l’ultra-droitisation de Nicolas Sarkozy, les parlementaires LR (ex-UMP) peinent à trouver des propositions novatrices et à créer une dynamique. Ce qui ne les empêche pas de gagner toutes les élections, font-ils remarquer.

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Ils ne sont pas si mécontents que ça. Alors que la primaire de 2016 et les dissensions de ses principaux candidats polarisent l’espace médiatique ; alors que Nicolas Sarkozy, le chef de leur parti, organise la surenchère à droite ; alors que se profile la menace d’un succès du Front national aux régionales de décembre, les parlementaires LR (ex-UMP) affichent une certaine forme d’optimisme. À les en croire, l’opposition se porterait bien. Ou du moins, « bien mieux qu’avant ». « L’état de notre famille politique n’a jamais été aussi bon », se réjouit le député et maire de Vesoul, Alain Chrétien. Ils sont nombreux, parmi ses collègues à l'Assemblée nationale, au Sénat et au Parlement européen, à partager cet avis.

Nicolas Sarkozy, Arnaud Robinet, Christian Jaob et Bruno Retailleau aux journées parlementaires LR de Reims, le 23 septembre. © ES Nicolas Sarkozy, Arnaud Robinet, Christian Jaob et Bruno Retailleau aux journées parlementaires LR de Reims, le 23 septembre. © ES

Après l’échec de la présidentielle de 2012 et l’épisode de la guerre Fillon/Copé, le parti de la rue de Vaugirard pouvait difficilement descendre plus bas. Pendant plusieurs mois, les élus de terrain, ceux que l'on entend rarement à la télévision, ont assuré le service après-vente de situations qui leur échappaient complètement. Ce sont eux qui ont dû répondre aux déceptions des électeurs qui avaient fait confiance à Nicolas Sarkozy. Eux qui ont dû s’excuser pour les batailles d’égos de leurs ténors. Eux qui ont été sommés de s’expliquer sur l’affaire Bygmalion.

De cette période, ils sont sortis groggy. Et deux ans plus tard, ils en parlent encore comme d’un « traumatisme ». « Nous sommes aujourd’hui dans un moment de convalescence, nous refermons les blessures », affirme le député du Vaucluse Julien Aubert.

« Nos militants ont encore une perspective très sombre de notre mouvement, précise le député du Rhône Georges Fenech. Mais je leur dis que la réalité est différente et que les choses sont désormais totalement apaisées. » Passés maîtres dans l’art de la méthode Coué, les parlementaires reconnaissent toutefois, à l’instar de l’eurodéputée Constance Le Grip, qu’« il y a encore beaucoup d’attente et de circonspection » chez leurs électeurs. Alors pour se donner du peps, ils se concentrent sur les conquêtes électorales. « Il y a une dynamique de victoire, souligne encore l’élue. Les dernières élections ont montré la mobilisation de nos militants. » La droite est en effet sortie gagnante des municipales, des départementales et de la plupart des scrutins partiels organisés depuis 2014.

Qu'importe si ces succès tiennent avant tout à la déconfiture du Parti socialiste, « l’essentiel ce sont les résultats », plaide le député de Corse-du-Sud Camille de Rocca Serra, qui mise, sans prendre trop de risques, sur de nouvelles victoires au mois de décembre. « Les régionales mettent la droite dans les meilleures conditions parce que nous avons réussi à nous entendre », senthousiasme également le sénateur de Haute-Savoie Jean-Claude Carle, rappelant que LR a réussi à monter des listes d’union avec les centristes de l’UDI, voire même avec ceux du MoDem, dans la quasi-totalité des régions. Et ce, « sans référendum », s’amuse un cadre de la rue de Vaugirard en référence à l’initiative du premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis.

Réunion de parlementaires à Reims, le 23 septembre. © ES Réunion de parlementaires à Reims, le 23 septembre. © ES

Les élus LR aiment se comparer. Vous leur parlez affaires, ils répondent « Cahuzac » et « Thévenoud ». Vous leur présentez le mauvais bilan de Nicolas Sarkozy, ils lui opposent « les mensonges de François Hollande ». Vous leur rappelez que l’ex-chef de l’État avait promis de mobiliser « une armée de militants » et qu’un an après son retour, le nombre d’adhérents est en baisse, ils rétorquent « c'est pire au PS ». « Quand on se compare, on se rassure », a d’ailleurs reconnu Laurent Wauquiez sur RTL, le 23 septembre. Quand on se compare, on évite surtout de se remettre en question. C’est pourtant l’exercice auquel la droite devra se prêter d’ici la future présidentielle si elle veut comprendre pourquoi une partie de ses électeurs lui a préféré le FN en 2012.

« Nous sommes tenus à évoluer et à proposer de nouvelles idées, affirme le député des Bouches-du-Rhône Christian Kert. La primaire va nous y aider puisqu’elle va être l’occasion d’un débat au sein de notre famille politique. » Une fois les régionales passées, l’opposition entend accaparer la lumière sur son scrutin de novembre 2016. « Toutes les attentions vont être portées sur nous », veut croire le député de la Drôme Hervé Mariton, fraîchement déclaré candidat. « La primaire est une présidentielle en amont, qui va nous permettre d’aller au devant des Français », renchérit le député et maire d’Arcachon Yves Foulon. « Nous, parlementaires, nous serons là pour réfléchir sur le fond et faire entendre la voix de notre candidat », développe également le député et maire de Coulommiers, Franck Riester.

Son collègue des Yvelines Henri Guaino semble beaucoup plus sceptique. « J’ai toujours été contre la primaire, je n’ai pas changé d'avis », grogne-t-il. Loin de considérer que le scrutin de 2016 fasse émerger des solutions miracles, l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy note surtout que « pour le moment, cela conduit tout le monde à dire n’importe quoi ». « Il n’y a qu’à regarder le débat sur les statistiques ethniques ou l’idée [de Xavier Bertrand – ndlr] de créer un “ministère de l’autorité”… » L’élu craint par ailleurs que la parole soit monopolisée par les candidats, raison pour laquelle il laisse planer le doute quant à son éventuelle participation. « S’il faut en être pour avoir une chance de se faire entendre… On verra. Ce qui est sûr, c’est que je ne vais pas rester les bras ballants à attendre que ça se passe. »

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées dans cet article ont été interrogées lors des journées parlementaires LR, organisées à Reims (Marne) les 23 et 24 septembre.