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Mediapart sam. 30 juil. 2016 30/7/2016 Édition de la mi-journée

Les villes FN, un nouveau business pour les sociétés proches de l'extrême droite

28 août 2014 | Par Marine Turchi

La conquête par le FN de onze villes a donné lieu à la création de sociétés qui voient là l'opportunité de nombreux marchés. À Fréjus (Var), plus grande ville frontiste, plusieurs entrepreneurs liés au FN ou à la nébuleuse du GUD ont déjà remporté des contrats.

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S'il ne manque pas une occasion de dénoncer les copinages dans les gestions PS et UMP, le Front national n'y échappe pas lui-même. Événementiel, communication, conseil, etc. : avec onze villes, le parti de Marine Le Pen a désormais les moyens de distribuer postes, contrats et marchés. Et il n'oublie pas les amis. Au-delà de la belle opération politique pour Marine Le Pen, les élections municipales représentent un nouveau business pour la galaxie frontiste.

En 1995, lorsque le FN avait remporté trois villes, l’ancien leader du GUD (Groupe Union Défense), Frédéric Chatillon, avait créé sa société de communication, Riwal, et décroché notamment la réalisation du journal municipal de Marignane. Vingt ans plus tard, certains de ses proches se pressent à Fréjus (Var), le nouveau centre de gravité du Front national. Plus grande ville remportée par le FN (53 000 habitants), Fréjus, dirigée par David Rachline, figure frontiste montante de 26 ans, a été choisie pour organiser le séminaire des cadres du parti au début de l'été, mais aussi son université d'été, les 6-7 septembre.

Plusieurs sociétés de la nébuleuse d'extrême droite ont déjà remporté des marchés dans cette citée touristique du Var. Leur point commun ? Elles se sont créées au moment du succès du Front national aux municipales. Après la victoire du FN, les habitants ont vu débouler une société d’événementiel baptisée la Patrouille de l’événement. Créée le 25 avril avec un site Internet passe-partout, elle est basée à Paris mais dispose d’une adresse à Fréjus. Il faut dire que la ville est son unique client. « C'est le seul contrat qu’on a signé, c’est plutôt un bon client pour le moment », explique à Mediapart son co-fondateur, Romain Petitjean.

Sur la page Facebook de la Patrouille de l'événement.

Après avoir remporté un marché de 29 990 euros pour organiser la fête de la musique et son plateau DJ dans les Arènes, elle a produit l'intégralité des spectacles de l'été (concerts, soirées DJ avec Fun radio, corrida sans mise à mort, etc.), à grands renforts d'annonces sur Facebook.

« La ville nous a demandé d’animer la saison estivale. Nous intervenons comme producteur indépendant qui propose ses spectacles et se rémunère avec la billetterie. Les montants sont liés à la tête d’affiche, aux moyens techniques mis en œuvre, etc. Les entrées coûtent entre 20 et 30 euros, avec un public de 2 000 à 3 000 personnes par soir », détaille Romain Petitjean.

La Patrouille de l’événement a également assuré, pendant la Coupe du monde de football, « une animation événementielle avec écran géant » sur la place de la mairie, financée par « des entreprises diverses et variées », explique le maire, sans dire lesquelles.

Sur le Facebook de la Patrouille de l'événement.

Cette société n’a en tout cas pas atterri par hasard à Fréjus. Ses actionnaires sont issus de l’extrême droite et certains travaillent déjà avec le Front national. C’est le cas de Minh Tran Long, qui figurait parmi les prestataires de la campagne présidentielle de Marine Le Pen.

Après avoir milité à la Fane, un groupuscule néonazi dissous en 1980, puis s’être engagé sept ans dans la Légion étrangère, M. Tran Long a lancé sa société d’événementiel, Crossroads, puis, en 2011, Clicks and Apps.

 © patrouilledelevenement.com © patrouilledelevenement.com

Habitué à la discrétion – sur le site de la "Patrouille", il apparaît sous le nom de « Minh Arnaud » –, il évolue, comme Mediapart l’a raconté, dans le cercle des anciens du GUD qu'incarne Frédéric Chatillon, vieil ami et conseiller officieux de Marine Le Pen. Minh Tran Long a d'ailleurs installé le siège social de la Patrouille de l’événement à la même adresse que plusieurs sociétés de la « GUD connection » : le 27 de la rue des Vignes, dans le XVIe arrondissement de Paris. C'est au rez-de-chaussée de cet immeuble résidentiel que se met en place le « QG secret de Le Pen » décrit par l’hebdomadaire Marianne

 © M.T. / Mediapart © M.T. / Mediapart

Son associé ne cache pas qu'il connaît lui aussi Frédéric Chatillon. Outre ses douze années dans l’événementiel, en partie aux côtés de Tran Long, Romain Petitjean est passé par le bureau d’Europe Jeunesse, mouvement scout du GRECE, une organisation d’extrême droite, puis chez les identitaires. Sous le pseudonyme de Romain Lecap, il anime sur Radio Courtoisie le libre journal des lycéens et réalise la communication des « Bobards d’or », organisés par la Fondation Polémia de Jean-Yves Le Gallou.

C’est d’ailleurs le fils de cet ancien du FN et du GRECE, Aymeric Le Gallou-Blanc, que l’on retrouve parmi les actionnaires de la Patrouille de l’événement. « Question hors-sujet, répond Romain Petitjean quand on l’interroge sur son militantisme. Je vous réponds sur la société que je dirige, le reste, ça ne vous regarde pas. »

Minh Tran Long explique être arrivé à Fréjus après un appel de David Rachline « pendant la campagne municipale ». « On se connaît, il m'a demandé si je pourrais assurer les spectacles pendant la période estivale. » Dans la foulée, il crée sa société. « J'ai supposé qu'il allait être élu », raconte-t-il.

De son côté, le maire frontiste affirme que l'entreprise a été la seule à répondre à la « mise en concurrence auprès de trois sociétés »Les CV de ses dirigeants ne lui posent pas problème. « Je ne m’intéresse pas à l’historique politique des uns et des autres. La ville doit probablement travailler aussi avec d’anciens trotskistes ou maoïstes. M. Tran Long a la réputation qu’il a, mais elle ne m’intéresse pas. Il apporte une véritable valeur ajoutée aux événements qu’il organise, c’est tout ce qui compte. »

Le tandem de la Patrouille de l'événement jure être « déficitaire » à l'issue de leurs prestations estivales (ce dont on peut douter étant donné les quelque 50 000 euros par soirée qu'ils peuvent empocher avec la billetterie). Pourtant de nouveaux projets sont déjà en discussion avec le maire. « Il y a de fortes chances » qu'ils travaillent à nouveau avec la ville, concède Romain Petitjean. Vont-ils participer à l'organisation de l'université d'été du FNJ ? Ils assurent que non.

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées ont été interrogées par Mediapart. Contacté, David Rachline a d’abord expliqué qu’il ne « souhait(ait) pas répondre à ces questions ». Il a finalement accepté un entretien téléphonique après l'envoi de nos questions détaillées par mail.

Sollicité à de multiples reprises via ses sociétés, via le cabinet Deloitte, son entourage et le Front national, Clément Brieda n’a pas donné suite. Une grande partie des pages le concernant sur des sites frontistes et sur les réseaux sociaux (dont son profil Facebook ouvert sous son pseudonyme) ont été supprimées.

Bernard Monot nous a contacté le 1er septembre pour corriger un élément de son propos: il a fait rentrer Clément Brieda à la commission économique du parti il y a trois ans et non cinq.