Au PS, le plan social passe mal

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Mardi lors d’un CE extraordinaire, mercredi lors d’une réunion avec les salariés, la direction du PS a présenté son plan de sauvegarde de l’emploi : sur les 97 salariés du siège du parti, rue de Solférino, il ne devrait en rester que 38 au printemps 2018. Les conditions évoquées sont jugées maigres par les permanents.

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Le 24 octobre au soir, Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du PS, parti fin septembre, déclarait sur Canal Plus : « En vendant Solférino, non seulement on aura un plan social à un niveau très haut, très important pour l’ensemble des salariés, et puis on aura les moyens de se reconstruire. […] À part le parti d’Emmanuel Macron, qui aujourd’hui a la manne financière, tous les partis, je dis bien tous les partis, sont endettés, pas le parti socialiste. » Au même moment ou presque, les élus du personnel de Solférino sortaient d’un long comité d’entreprise extraordinaire – il a duré toute la journée –, lors duquel leur avait été présenté le plan social envisagé au siège du parti. Sur les 97 salariés de Solférino, il ne devrait en rester au printemps 2018 que 38. 

Les propos positifs de Cambadélis ont de nouveau agacé les permanents du parti. Car lors du CE, c’est un tout autre discours qui a été tenu. Et qui a été répété le lendemain lors d’une réunion destinée à « échanger sur les contours de la nouvelle organisation » du PS, au cours de laquelle Rachid Temal, l’un des membres de la direction collective du PS, ainsi que Jean-François Debat, son trésorier, ont expliqué le projet à l’ensemble des salariés. Une réunion tendue. Selon le récit de plusieurs participants, Jean-François Debat y a tenu des propos exactement contraires à ceux de Jean-Christophe Cambadélis. La vente du siège, notamment, n’a absolument pas vocation, pour la direction, à alimenter le plan de sauvegarde de l’emploi. Trois millions devraient servir à financer le PSE, à savoir les indemnités de licenciement et les mesures financières d’accompagnement.

Le trésorier a été à plusieurs reprises interrogé sur cette vente annoncée en septembre. Selon les chiffres circulant dans la presse, le siège du parti pourrait être vendu entre 40 et 60 millions d’euros. Mais, selon Jean-François Debat, le produit de la vente doit permettre d’abord de rembourser un emprunt contracté pour la présidentielle – 2 millions d’euros d’après lui –, ainsi que « quelques dépenses supplémentaires, par exemple des fédérations en difficulté que nous avons dû accompagner, ou des près de 100 candidats qui ont fait moins de 5 % aux élections législatives ». La vente servira aussi à reloger le PS dans de nouveaux locaux. Enfin, elle doit financer la campagne présidentielle de 2022.

Une explication qui ne satisfait pas les salariés. D’après les calculs du PSE, la prime supra-légale prévue sera en moyenne de 5 000 euros par salarié. Alors que la direction vante un plan social généreux, ce chiffre paraît au contraire bien mince pour les permanents. 

D’autant que, dans le détail, le plan s’annonce ravageur. À son issue, il ne restera plus aucun agent de sécurité (7 postes supprimés), plus aucun agent technique (5 postes supprimés), seulement 4 assistants de direction (19 postes supprimés), 13 assistants politiques contre 20 actuellement. Il n’y aura plus non plus de chef de service politique (3 postes supprimés), ni de directeur de la communication (2 postes supprimés), ni d’hôtes d’accueil (3 postes supprimés). « Ce n’est simple pour personne. Nous ne prenons pas la décision de la vente du siège, d’un PSE, de gaieté de cœur, a dit Rachid Temal mercredi devant les salariés. Et nous mesurons bien ce que ça veut dire pour chacun d’entre vous. » À Solfé’, certains salariés agacés rappellent cet article de Marianne de janvier 2015, qui révélait que Rachid Temal, sur le point de quitter le comité régional du tourisme de la région Île-de-France, réclamait 330 000 euros de dommages et intérêts pour licenciement sans cause.

Rachid Temal lors de la présentation de la direction collective, le 8 juillet © DR Rachid Temal lors de la présentation de la direction collective, le 8 juillet © DR

Pour justifier ce plan, Jean-François Debat a rappelé les chiffres désormais connus : la dotation publique du PS va passer de 28 millions d’euros par an à moins de 8 millions. Le PS ayant jusqu’ici une masse salariale de 12 millions d’euros par an, les comptes sont vite faits. Mais l’argument comptable pas convaincu les salariés. Face à Debat, l’un d’eux a souligné la tension sociale qui règne depuis plusieurs années à Solférino (nous en avons parlé ici et ) et le fait qu’il fallait attendre « des alertes du Monde » pour être mis au courant du plan social ou de la vente du siège du parti. Les élus du personnel ont également été pris à partie. « Le rapport de force doit être entre le CE et la direction, pas entre nous et le CE. Il faut que le CE communique », a souligné un permanent. À quoi Jean-François Debat avait déjà répondu lors de son propos liminaire : « Il n’est pas concevable qu’il puisse s’exercer sur [vos élus] des intimidations, des pressions, des mises en cause, voire des menaces. Ce n’est pas acceptable. Il faut que vos élus puissent travailler en toute sérénité. »

Le calendrier du PSE devrait s’étaler sur plusieurs mois pour s’achever en février. Plusieurs ateliers thématiques sont déjà prévus : sur les critères du PSE (âge, ancienneté, situation personnelle, etc.), pour lesquels un questionnaire va être distribué à tous les salariés ; sur le montant de la prime supra-légale et sur les possibilités de reclassement. Ce dernier sujet fait également grincer des dents. Dans son projet de PSE, la direction propose notamment de chercher des possibilités du côté des fédérations. Or, celles-ci sont notoirement exsangues et ont déjà commencé à licencier leurs propres permanents. « Les fédés aujourd’hui ne sont pas en état de proposer de nouveaux postes. Personne ne s’illusionne sur ce sujet », a reconnu le trésorier devant les salariés, soulignant qu’il s’agissait d’une obligation légale que de le mentionner. Du coup, Jean-François Debat a également proposé de regarder du côté de « chacun des élus et grands élus pour savoir s’il y a des postes qui peuvent se libérer ici ou là ».

Autre sujet de colère pour les permanents : la non-implication de la direction collégiale dans le processus. De fait, c’est Rachid Temal qui a la charge de mener le PSE. Les autres membres brillent par leur silence. Régis Juanico avait certes fait le déplacement mercredi devant les salariés, mais il s’est contenté de prendre la parole à la fin pour souligner que son « devoir avec tous les membres de la direction collective, c’est d’être à [leur] disposition, pour [les] accompagner et pour que ce plan se passe dans les meilleures conditions possible ». « La question de la vente de Solférino, il faut bien comprendre que c’est une question de survie pour le PS, ou alors on peut décider d’être comme le PRG », a ajouté le député de la Loire. 

Il y a deux semaines, un groupe de salariés de Solférino s’était fendu d’un courrier aux membres de la direction collégiale pour les interpeller en leur demandant une rencontre et l’ouverture de négociations dans les 72 heures. Aucun des 28 membres n’a pris la peine de répondre directement aux salariés. Il faut dire qu’au plan purement politique, tous les regards sont déjà tournés vers le congrès à venir au printemps. Des noms de candidats au poste de premier secrétaire circulent déjà : Luc Carvounas, Matthias Fekl, Olivier Faure, par exemple. Celui de Rachid Temal est également évoqué. Or, tous quatre font partie de la direction collégiale.

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