Valls s'est obstiné par peur d'un nouveau Notre-Dame des-Landes

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Manuel Valls, dès le 6 septembre, se félicitait de n'avoir pas cédé aux opposants au barrage de Sivens. En criant aux «casseurs», les actuels responsables ne comprennent rien à ces mobilisations sociales contre des infrastructures jugées inutiles.

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Des traces de « TNT », un explosif utilisé dans les grenades des gendarmes, ont, selon le procureur de la République d’Albi, été retrouvées sur les vêtements de Rémi Fraisse, ce jeune militant de 21 ans tué le 26 octobre lors d'affrontements avec les forces de l'ordre sur le chantier du barrage de Sivens. Ces résultats « orientent donc l’enquête, puisque la mise en œuvre d’un explosif militaire de type "grenade offensive" semble acquise au dossier », a déclaré mardi après-midi le procureur de la République d’Albi Claude Dérens.

Dans la foulée, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a aussitôt annoncé avoir décidé « de suspendre l’utilisation des grenades offensives », « sans attendre les résultats » d'une enquête administrative confiée à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale. Celle-ci devra « déterminer les conditions d'utilisation de ces projectiles dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre ».

« Les déclarations du procureur confirment ce que nous disions depuis deux jours, réagit Me Arié Alimi, l’avocat de la famille de Rémi Fraisse joint par Mediapart mardi soir. Je pense que le procureur le savait déjà et a tout fait pour retarder ces annonces. » Selon l’avocat, qui dit avoir été extrêmement surpris de l’usage de grenades offensives, les parents du jeune militant botaniste sont « effondrés ». Ils ont appelé au calme lors des rassemblements organisés en hommage à leur fils. « Nous sommes sur un scandale d’État sans précédent, affirme Me Arié Alimi. Le gouvernement va devoir en tirer les conséquences. Il y a eu une carte blanche laissée aux forces de l’ordre sur la zone du barrage. Plusieurs alertes ont eu lieu, elles n’ont pas été prises en compte. »

Terreur (d'État) au Testet © Groupe GROIX

Plusieurs élus EELV, dont l'ex-ministre Cécile Duflot, avaient, en vain, la semaine dernière alerté le préfet du Tarn sur les dérapages des gendarmes. Lundi, Mediapart a publié le témoignage d'Elsa Moulin, une militante de 25 ans, qui avait été grièvement blessée à la main le 7 octobre sur la zone du Testet. La jeune femme affirme avoir été touchée par une grenade jetée par un gendarme du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) dans la caravane où elle s’était réfugiée avec trois autres militants. La scène a été filmée par l’un d’eux.

Le procureur d’Albi s’est dessaisi mardi du dossier au profit du parquet de Toulouse. Les faits commis par des militaires dans le Tarn relèvent en effet du pôle criminel de Toulouse. La famille du jeune homme a déposé plainte mardi matin avec constitution de partie civile pour « homicide volontaire » et pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner » auprès de l’instruction criminelle à Toulouse. En cas de faits criminels, cette procédure permet de saisir directement un juge d’instruction indépendant sans passer par le parquet.

Schéma de la grenade offensive utilisée par les forces de l'ordre. Schéma de la grenade offensive utilisée par les forces de l'ordre.
Il n’existe qu’une grenade offensive au sein des forces de l’ordre française : la « grenade OF F1 ». « Ça fait cinquante ans que les grenades OF sont couramment utilisées en maintien de l’ordre », nous indique la gendarmerie nationale. Lancée à la main, celle-ci provoque une détonation et un effet de souffle plus importants que les autres grenades utilisées en maintien de l’ordre. « Il y avait déjà eu des blessés lors de manifestations violentes, avec des mutilations aux doigts de personnes qui avaient essayé de les relancer, mais jamais aucun cas létal », explique Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l’intérieur.

Lors d'un maintien de l'ordre normal, ces grenades ne peuvent être lancées qu'après autorisation du préfet ou de son représentant et après trois sommations. Mais en cas de violences contre les forces de l'ordre ou si elles estiment ne pas pouvoir défendre autrement le terrain occupé, il n'est plus besoin de sommation.

Le commandant d’une compagnie de CRS ou d’un escadron de gendarmes mobiles peut alors indifféremment ordonner l’usage de grenades offensives, de grenades de désencerclement ou encore de grenades lacrymogènes instantanées lancées avec un Cougar. Il peut également recourir aux lanceurs de balles de défense. Cette liste d'armes autorisées lors d'un maintien de l'ordre a été fixée par un décret datant du 30 juin 2011. « Il n’y a pas de gradation entre ces différentes grenades, dit Pierre-Henry Brandet. Ce sont des emplois différents, selon les circonstances : protéger les manifestants, se dégager d’un attroupement, etc. C’est au commandement d’amener la réponse proportionnée en fonction de la menace. » 

L'ancien commandant du groupement de gendarmerie du Tarn (poste quitté en juin 2014), le colonel Pierre Bouquin, est monté au créneau sur iTélé mardi soir pour expliquer qu'« une grenade offensive n'est jamais utilisée par hasard mais dans un cadre légal précis » et que ce type de grenade n'est pas utilisée « quand les manifestants sont raisonnables ». Mardi matin sur France Inter, le colonel, désormais en poste au service de communication de la gendarmerie nationale, a qualifié la mort du jeune homme d'« accident ».

Manuel de la direction de la police nationale sur le lanceur Cougar et les grenades utilisées en maintien de l'ordre

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