Education: «on accepte une aggravation des inégalités en France»

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Encore un programme pour l'éducation prioritaire: «Clair», testé cette année sera étendu l'an prochain. Pour Marc Douaire, président de l'Observatoire des zones prioritaires, ce «dispositif est voué à faire de l’affichage» et à dire à l’opinion public que, dorénavant, un «chef d’établissement est un chef d’entreprise qui peut choisir ces personnels».

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Le président de l'Observatoire des zones prioritaires, ancien instituteur, ancien directeur d'école, veut porter la mémoire des ZEP. Regrettant les effets d'annonce et la vision court-termiste du gouvernement sur le dossier de l'éducation prioritaire, Marc Douaire plaide pour un approfondissement des RAR (Réseaux ambition réussite, nés en 2006) et une redéfinition du métier d'enseignant.

Marc Douaire. © E.B Marc Douaire. © E.B

 

Mediapart : Que pensez-vous de la mesure du programme CLAIR (Collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite) qui donne la possibilité aux chefs d’établissements de recruter les enseignants ?

Marc Douaire : Il s'agit de la mesure idéologique phare du programme. CLAIR veut donner aux chefs d’établissements la responsabilité de recruter les personnels sur profil. Cela part d’un besoin réel qui est de stabiliser les équipes. Mais vous imaginez qu’il va y avoir, pour ces établissements réputés difficiles, une foule de candidats ? Dans le meilleur des cas, cela va permettre à des contractuels d’être confirmés dans leurs postes. En fait, il s’agit de donner à l’opinion le signal fort que le chef d’établissement est un chef d’entreprise qui peut choisir ces personnels. Que l’école doit être autonome comme une entreprise. Nous ne sommes pas d'accord, c’est un service public.

 

Pensez-vous que le dispositif CLAIR expérimenté depuis septembre dans 106 collèges et lycées en France fasse partie de la politique d’éducation prioritaire ?

Pour moi, ce sont deux politiques de nature différente. L’éducation prioritaire a pour ambition la réussite scolaire de l’ensemble des jeunes. CLAIR est l’outil contre la violence pour améliorer la sécurité et le climat scolaire. Dans cette nouvelle approche, il n’est plus question de partenariats avec les familles, les associations, la ville. C’est l’école dans son monde clos.

Je pense que c’est un dispositif voué à faire de l’affichage, de la communication. C’est quand même un des travers majeurs des politiques publiques en France. Nous sommes dans le zapping, dans le temps du directeur du cabinet, du conseiller de communication... Or, on sait que le temps de l’éducation est un temps long.

Il faut rappeler que le programme a été décidé et mis en œuvre dans l’urgence par Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale, qui a donné consigne à ses recteurs de choisir dans l’urgence un certain nombre de collèges. Les principaux de collèges n’ont pas systématiquement réuni leurs conseils d’administration. Et puis il vient d’annoncer, là aussi dans l’urgence, que l’ensemble des collèges RAR, ce qui représente 254 collèges, devraient gagner le programme CLAIR sans avoir laissé se concerter les conseils d’administration, qui sont quand même les structures de délibération des collèges.

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