Université: pas de sélection, mais des conditions d'entrée

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Les nouvelles modalités d’accès à l’enseignement supérieur ont été dévoilées le 30 octobre. Si l’option de la sélection sèche a été écartée, chaque filière aura dorénavant ses propres critères d’admission et des « attendus » seront réclamés aux étudiants. Passage en revue des principales annonces. 

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Il n’y aura pas de sélection à l’entrée de l’université. C’est en tout cas ce que promet le gouvernement, qui souhaite mettre fin à « la sélection par l'échec ». Ce qui est sûr, c'est qu'il faut bel et bien dire adieu au système tel qu’il existait. Après deux mois de concertation, le premier ministre, Édouard Philippe, la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal et le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, ont dévoilé, lors d’une conférence de presse ce 30 octobre, les contours précis de la réforme – potentiellement explosive – de l’accès à l’enseignement supérieur, baptisée « Plan étudiants ». Le résultat ? La ministre rend une copie ambiguë, à mi-chemin entre ouverture et fermeture.

Une synthèse macroniste digne du « en même temps » cher au chef de l’État. Ainsi l’exécutif instaure-t-il le règne du « oui, si » et d'une admission conditionnée par une somme d'exigences. Si le gouvernement évite l'écueil de la sélection sèche – honnie par les organisations étudiantes –, plusieurs questions restent en suspens à l'issue de la présentation du Plan étudiants. D'abord, la réception sur le terrain de ces nouvelles dispositions. Les universités sont invitées à la « responsabilisation » et à « l'autonomisation ». Comment les acteurs vont-ils s'approprier les outils mis à leur disposition ? Le financement supplémentaire promis, de l'ordre de 500 millions d'euros sur le quinquennat, sera-t-il suffisant pour soutenir les multiples dispositions du plan ?

Édouard Philippe l'a dit en préambule. « Je n'ai jamais eu peur du mot sélection », mais « entre la sélection brutale et le tirage au sort, il existe une palette de solutions beaucoup plus souples, plus humaines et plus intelligentes », a expliqué le premier ministre dans un tacle évident au précédent quinquennat qui avait instauré le tirage au sort en catimini au printemps dernier.

Jean-Michel Blanquer, Édouard Philippe et Frédérique Vidal © DR Jean-Michel Blanquer, Édouard Philippe et Frédérique Vidal © DR

Selon le ministère de l’enseignement supérieur, il est urgent de s'occuper de ce volet pour gérer en bonne intelligence la hausse du nombre de futurs étudiants. Ainsi, en 2018, on estime que 28 000 bacheliers supplémentaires intégreront l'enseignement supérieur par rapport à 2017. Passé cette hausse, le nombre annuel de bacheliers entrant dans l’enseignement supérieur devrait se stabiliser à près de 510 000 jusqu’en 2022. Le gouvernement veut aller vite pour que toutes ces modifications soient effectives dès la fin de l'année, avant le début du processus d'orientation. La preuve, le projet de loi devrait être examiné le 22 novembre. Retour sur les principaux points annoncés par le gouvernement sur l’accès à l’enseignement supérieur : 

  • La fin du tirage au sort

    Il fallait mettre fin à une injustice du système. Ces dernières années, le recours au tirage au sort était fréquent pour départager des candidats dans certaines filières très prisées. Le premier ministre Édouard Philippe a confirmé ce matin l’enterrement de ce système, dès la rentrée 2018. Dorénavant, l’orientation se fera en amont, espère l’exécutif, et le système d’admission va être rénové. « Dans la plupart des cas, l'université dira “oui” au choix du bachelier et dans certains cas, elle dira “oui, si”, c'est-à-dire si le candidat accepte un parcours adapté qui lui permette de réussir dans la filière qu'il a choisie. »

    Si les filières sélectives (classes préparatoires, BTS, IUT, double licence) ne changent pas leurs modalités d’accueil, les autres vont quelque peu revoir leur mode d’admission. D’abord grâce à une nouvelle plateforme d’affectation.

  • Un nouvel “APB”

    Le scandale du site Admission post-bac de cet été, avec ses milliers de jeunes sans affectation, a fait éclater au grand jour les manquements du système. Certains d’entre eux, bons élèves par ailleurs, se sont retrouvés sans rien. Puis, pour répartir les prétendants dans les filières en tension, il a parfois fallu avoir recours au tirage au sort, au nom de l'égal accès à tous, par l'algorithme de la plateforme APB. Cette dernière ne va pas disparaître, mais plutôt renaître avec un nouveau nom sous une forme différente, permettant d’éviter tout caractère aléatoire aux affectations, comme l’a recommandé la CNIL dans une mise en demeure. Pour tous les acteurs, ce procédé était d’une injustice folle. Avec cette nouvelle mouture, les universités classeront elles-mêmes les dossiers.

    Plusieurs autres changements seront opérés. Les vœux de l’étudiant ne seront plus aussi pléthoriques qu’auparavant. Le futur bachelier devra formuler, à partir de la mi-janvier, 10 vœux au lieu de 24. Autre nouveauté, ceux-ci ne seront plus classés par ordre de préférence. Cette question des vœux classés donnait lieu à d’innombrables casse-tête et stratégies plus ou moins efficaces pour essayer de dompter l’algorithme et espérer décrocher une place dans la filière désirée.

    Chacune de ses candidatures sera examinée par les équipes pédagogiques des filières d’enseignement supérieur demandées. Désormais, « les candidats seront retenus sur la base de la meilleure adéquation entre leur projet, leur parcours et la formation proposée », martèle Frédérique Vidal. Après une réponse, aux alentours du mois de mai. Les candidats devront ensuite choisir la formation qu’ils souhaitent rejoindre, parmi les réponses favorables.

    La ministre promet des places supplémentaires dans les filières dites en tension au fil du quinquennat. Si les capacités d’accueil d’une filière sont épuisées, les universités pourront en dernier recours en refuser l’accès aux étudiants. Les établissements d’enseignement supérieur auront accès aux dossiers scolaires des candidats, et pourront admettre en priorité les meilleurs élèves ou ceux qui auront par exemple fait montre d’une motivation importante, décrite dans une lettre jointe au formulaire de candidature. Pour intégrer une filière de Staps, la pratique antérieure d'une activité sportive pourra être prise en compte par exemple. Et ce même si cela peut générer des inégalités entre élèves favorisés et les autres. 

  • Les « attendus »

    Les prérequis avaient polarisé l’attention médiatique et politique. Désormais, sous l’effet d’une rénovation sémantique, il faudra parler « d’attendus », moins connotés. En théorie, les élèves seront mieux orientés car en amont, ils auront pris connaissance du taux de réussite et d’insertion de chaque filière et de ces « attendus » pour chaque cursus. Un élève qui n’aurait pas le niveau requis devra suivre une remise à niveau obligatoire et personnalisée, selon les lacunes de l’élève au regard de ses bulletins scolaires et l’avis de ses professeurs de Terminale. Ces remises à niveau pourront durer jusqu'à un an et pourraient aussi être effectuées sous la forme de Moocs, ces cours en ligne gratuits sanctionnés par un examen final. Ces attendus revêtiront un caractère national. Toutes les facultés de droit auront les mêmes exigences mais au niveau local, les établissements pourront édicter des spécificités liées à la formation dispensée.

    L'uniformité nationale est maintenue afin de ne pas créer de hiérarchie entre les diplômes en fonction des universités dans lesquelles ils seront délivrés. Pour ce faire, le ministère de l’enseignement supérieur lève le verrou des priorités dans l’académie de résidence, en réservant un quota d’élèves hors académie. Un quota de boursiers, même si l’assiette des boursiers lycéens est plus basse, sera aussi réservé pour favoriser le brassage social.

    L’entourage de la ministre de l’enseignement supérieur insiste : « On n’abandonne personne. L’accès est garanti à tous dans les limites des possibles. » Le dernier mot devrait aussi être laissé aux élèves.

    Pour un bachelier qui resterait en liste d’attente à l’entrée des licences demandées à l’issue de la procédure d’admission, une commission sous la présidence du recteur dans chaque académie mais aussi avec des enseignants du secondaire et du supérieur sera réunie. À partir des résultats du bac et en fonction de son projet d’études, elle devra lui faire une proposition de formation, « la plus proche possible » de son désir originel. Il n'y aura pas de recours supplémentaire de type juridique en revanche. 

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