La face cachée de «Marianne»

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Le journal Marianne est au plus mal au plan économique, mais aussi au plan éthique. Financements cachés de Bernard-Henri Lévy en contrepartie d’articles avantageux ; censure du cinéaste Bertrand Tavernier pour protéger un banquier ; intrusion dans les messageries électroniques...

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C’est un méchant retournement de l’histoire. Le magazine Marianne s’est depuis longtemps fait la spécialité de se moquer des baronnies dans la presse, de ses mœurs courtisanes ou oligarchiques, des systèmes de connivence dans lesquels trop souvent elle s’englue, de son indécrottable parisianisme. Mais le voici aujourd’hui devenu la caricature de ce qu’il dénonçait hier. Car, pour le plus grand malheur d’une rédaction qui est, dans ses grandes composantes, attachée aux valeurs déontologiques et citoyennes du journalisme, il est entraîné, par la petite camarilla qui le dirige, et par son actionnaire Yves de Chaisemartin – l’ancien homme fort du Figaro du temps de Robert Hersant –, vers un inéluctable naufrage. Et l’on aurait tort de penser que le naufrage n’est qu’économique, avec pour dernier rebondissement en date un placement sous procédure de sauvegarde. Non ! Si l’on parvient à percer les petits secrets de l’hebdo, on a tôt fait de comprendre que le naufrage a des causes multiples : il est aussi éthique et moral.

1. Les manigances financières d’Yves de Chaisemartin

D’abord, il y a donc le naufrage économique. C’est le volet le plus connu de l’histoire – même si elle réserve d’étonnantes surprises quand on s’y plonge. Le journal fondé en 1997 par Jean-François Kahn et Maurice Szafran va mal. Très mal même. Car au fil des ans, les ventes n’ont cessé de plonger. Déjà en 2013, la situation est préoccupante. Et Yves de Chaisemartin, qui est entré en 2005 au capital en rachetant les parts d’un courtisan du roi du Maroc, Robert Assaraf, en profite pour pousser vers la porte les deux figures connues du journal, Maurice Szafran et Laurent Neumann ; et il devient peu après l’actionnaire ultra-majoritaire, avec un contrôle sur 86 % du capital.

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C’est même un remaniement radical, puisqu’il en profite pour introniser directeur de la rédaction Joseph Macé-Scaron, qui a fait ses classes à l’extrême droite, notamment au Grece, avant de devenir directeur de la rédaction du Figaro Magazine – lequel Joseph Macé-Scaron est périodiquement mis en cause pour des faits de plagiat. Et Yves de Chaisemartin installe à ses côtés comme directeur général Frederick Cassegrain, qui lui aussi vient du Figaro Magazine. En somme, le triumvirat qui s’installe a pour singularité de s’être rencontré auparavant au sein du Figaro Magazine, déjà connu pour être très marqué à droite et entretenir des liens avec le Grece ou le Club de l’horloge.

Mais le changement d’actionnaires et de direction n’a aucun effet, tout au contraire : la chute des ventes s’accélère. Même s’ils ne sont pas toujours d’une grande fiabilité, les chiffres publics (ils peuvent être consultés ici), que résume le tableau ci-dessous, en donnent tout de même un aperçu saisissant :

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En moyenne par numéro, les ventes en France se sont ainsi effondrées de 234 000 en 2012 à 143 000 au troisième trimestre de 2016. En somme, Marianne connaît le même syndrome que certains quotidiens, tel Libération : les lecteurs le fuient en masse… Et la récession publicitaire fait le reste. Avec le résultat financier que l’on devine : le magazine accumule année après année des pertes de plus en plus importantes. Encore bénéficiaire en 2011, il entre ainsi dans le rouge en 2012, avec une perte de 422 000 euros. Et puis, les années suivantes, les déficits s’accumulent inexorablement : 4,1 millions d’euros en 2013 ; 975 000 euros en 2014 ; 1,3 million en 2015 ; et probablement un chiffre équivalent pour 2016. Au total, la situation financière est donc catastrophique à la fin de 2015 : Marianne affiche, comme disent les experts financiers, des fonds propres négatifs de 4,5 millions d’euros.

Que peut donc faire Yves de Chaisemartin : va-t-il trouver des subsides nouveaux, pour apporter un peu d’oxygène financier à son journal, et lui permettre de passer l’obstacle ? Ou va-t-il se diriger à petits pas vers le dépôt de bilan ? En vérité, le bonhomme est rusé, et il va longtemps faire croire qu’il privilégie la première hypothèse. Alors que Marianne est gorgé de subventions publiques et notamment d’aides directes – le journal survit en grande partie grâce aux deniers publics –, cela ne l’empêche pas de demander l’aumône, pour empocher des sommes complémentaires. En 2013, Marianne obtient ainsi des subventions complémentaires à hauteur de 173 417 euros couvrant officiellement le financement d’une nouvelle plateforme de gestion et de diffusion des contenus numériques du journal et la mise en place d’une offre « freemium ».

Pour 2014, Marianne ne fait pas apparaître dans ses comptes le montant total des subventions perçues, mais on relève que le journal a empoché un cadeau de 71 330 euros au titre du CICE. Pour 2015, les chiffres ne sont pas encore publics, mais Le Monde (c’est à lire ici – lien payant) croit que le journal profite cette année-là d’une « augmentation en 2015 de ses aides publiques directes (à 250 000 euros annuels), puis l’octroi, par le Fonds stratégique pour le développement de la presse, d’une avance remboursable de 450 000 euros et d’un acompte de 200 000 euros pour un projet numérique appelé “nouvelles conversations” ». À croire que le numérique a décidément bon dos…

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Pourtant, comme la descente aux enfers se poursuit, Yves de Chaisemartin continue plus que jamais à tendre la sébile au début de 2016. Et c’est ainsi qu’il finit même par obtenir un rendez-vous auprès de François Hollande, et lui demande que l’État apporte quelques financements complémentaires.

Comme par hasard, Yves de Chaisemartin fait d’ailleurs un geste spectaculaire, qui n’est évidemment pas pour déplaire à l’Élysée : alors que Joseph Macé-Scaron a été écarté de ses fonctions de directeur de la rédaction à l’automne 2015, le propriétaire de Marianne offre le poste, après un court intermède, au printemps 2016, à Renaud Dély, qu’il est allé débaucher de L’Obs (lire Purge à « L’Obs », reprise en main à Marianne). Initialement, il pensait faire appel à la journaliste souverainiste de droite Natacha Polony, mais en dernière minute, il s'est donc rabattu sur Renaud Dély, lequel est, dans la petite cour de récréation du journalisme parisien, l’un des « hollandolâtres » les plus réputés…

Politiquement, cela ne présage, certes, en rien une réorientation de Marianne. À preuve, à peine quelques semaines plus tard, le journal fait une autre recrue, en la personne de Caroline Fourest, une figure du néo-conservatisme médiatique français. Et dans le même temps, il s’associe de plus en plus fréquemment avec les ultras du Comité Laïcité République, pour faire la chasse à de supposés « islamo-gauchises » qu’ils confondent le plus souvent à dessein avec des militants anti-islamophobie.

Donnant-donnant avec l’Élysée

Mais enfin ! L’embauche de Renaud Dély est un petit geste auquel l’Élysée est évidemment sensible. Le patron et propriétaire de Marianne est finalement récompensé de ses efforts. Le 15 décembre, il peut en effet annoncer la bonne nouvelle devant le comité d’entreprise : « Nous avons obtenu une aide plus une subvention pour un total de 1,150 million d’euros, sauf qu’il y a eu 700 000 euros sous forme de subvention et 400 000 euros sous forme d’avance. Rien n’est encore signé avec l’État, mais c’est une amélioration de la trésorerie de 500 à 600 000 euros ». Soulignant qu’il s’agit « en principe » d’un financement qui devra permettre le développement numérique du journal et qui n’est « pas fait pour payer les salaires et les fins de mois », il fait clairement comprendre que toutes ces règles qui encadrent les financements publics ne sont surtout pas faites pour être respectées. « Mais la situation financière d’un journal est fongible, nous verrons bien », s’amuse-t-il, avant d’ajouter : « Nous avons obtenu une avance complémentaire de 200 000 euros de Presstalis [les messageries de presse – ndlr] et la petite surprise/cerise supplémentaire est que l’aide aux journaux à faibles ressources publicitaires, qui, elle, est une recette et qui était l’an dernier de 250 000 euros, est passée à 300 000 euros cette année, donc nous allons récupérer 50 000 euros de bonus. »

Bref, toute l’équipe, qui craignait que les salaires de décembre et le 13e mois ne soient pas versés, peut souffler et partir, soulagée, pour les vacances de fin d’année. Las ! Yves de Chaisemartin prend tout le monde par surprise. Alors qu’il n’aurait sans doute pas reçu ces aides publiques complémentaires s’il avait déjà déposé le bilan, il s’empresse de le faire dès qu’il a empoché les aides publiques. De la sorte, il est gagnant sur tous les tableaux : il a des financements complémentaires ; et si d’aventure il obtient le placement de Marianne sous procédure de sauvegarde, il obtiendra les financements publics liés à cette procédure et pourra envoyer balader ses créanciers.

Et – magie d’une presse vivant sous perfusion publique ! – c’est le tour de force que réalise Yves de Chaisemartin : le 5 janvier 2017, le tribunal de commerce de Paris rend un jugement d’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, la date de cessation des paiements étant fixée au 29 décembre 2016, et celle de la fin de la période d’observation au 5 juillet 2017. Et le plan est entériné par la publication quelques jours plus tard du jugement au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc).

Antoun Sehnaoui Antoun Sehnaoui
Pour Yves de Chaisemartin, l’opération n’est certes pas sans risque. Car des candidats au rachat pourraient être tentés de déposer devant le tribunal une offre de reprise. Or, précisément, un candidat au rachat, il y en a au moins un, un dénommé Antoun Sehnaoui (ici sa bio sur son site personnel), un jeune financier libanais qui préside la Société générale de banque libanaise et qui a des ambitions affichées dans le secteur des médias. Selon de bonnes sources, Yves de Chaisemartin a eu des contacts avec lui, vers la fin de l’année 2015 – c'est le socialiste Julien Dray qui a servi d'intercesseur – mais qui n’ont pas abouti. Selon nos informations, le propriétaire du journal était disposé à le céder pour 7 millions d’euros au banquier libanais, mais sentant que ce dernier était intéressé, il a fait monter les enchères jusqu’à près de 10 millions d’euros, en arguant des clauses de cessions et d’autres charges du même type. Ce qui aurait refroidi son interlocuteur.

Alors, faute d’être entré par la grande porte, l’homme d’affaires pourrait-il être tenté de passer par la fenêtre ?

Comme la cour de récréation du capitalisme français est toute petite, il se trouve qu’Antoun Sehnaoui travaille par ailleurs en association avec Julie Gayet, la compagne de François Hollande. On en trouve la confirmation dans un entretien que l’actrice a donné au journal L’Orient – Le Jour, le 21 juin 2016, au cours duquel, elle raconte qu’il est coactionnaire de la société de production, Ezekiel Production, qu’elle a créée, et qu’il finance d’autres de ses projets. À Marianne, certains journalistes qui ont eu des contacts avec des proches d'Antoun Sehnaoui donnent l’anecdote pour certaine : un dîner a l’an passé rassemblé l’homme d’affaires libanais, l’actrice française et le chef de l’État, et il y a été question de l’avenir de Marianne.

C’est peu dire, en tout cas, qu’une période de grave incertitude commence pour la rédaction car c’est elle qui risque de faire les frais de toutes ces manigances. Pour d’évidentes raisons sociales ! Mais tout autant pour des raisons d’indépendance éditoriale.

2. Quand le producteur de Bernard-Henri Lévy sort secrètement son carnet de chèques

Mais il y a donc aussi la dérive éthique. Un manquement grave aux règles déontologiques du journalisme a tout particulièrement heurté la rédaction : il s’agit de l’affaire Bernard-Henri Lévy.

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Elle éclate dans le courant de juin 2016, après que Marianne eut consacré une place considérable dans son numéro 999, daté du 3 au 9 du mois au dernier film de BHL, intitulé Peshmerga, consacré aux combattants kurdes. Le choc dans la rédaction a plusieurs raisons. D’abord, le film est plutôt mal accueilli par la critique, qui, au fil des ans, a été de moins en moins dupe des opérations de communication de l’essayiste mondain, caricature des systèmes de connivence parisiens. Beaucoup s’étonnent donc que Marianne, qui aime ordinairement donner des leçons de morale à toute la presse sur ce type de liens de consanguinité, se prête à une pareille mise en scène.

Le deuxième sujet d’étonnement, c’est la pagination exceptionnelle mobilisée pour l’événement. Marianne fait en effet une partie de sa couverture avec le sujet (voir ci-contre) et y consacre 5 pages intérieures. Comme s’il s’agissait d’un événement planétaire. Et puis surtout –  troisième sujet de stupéfaction – l’ensemble est sans nuance, dithyrambique de la première à la dernière ligne. Cela commence par un éditorial d’Alexis Lacroix. Chargé à l’époque des pages « Idées » du magazine, le journaliste, qui doit son embauche à Joseph Macé-Scaron, travaille aussi pour la revue La Règle du jeu de Bernard-Henri Lévy : sur le site de la revue de BHL, il y est présenté comme « responsable des séminaires de La Règle du jeu toutes les semaines ». Il est donc en total conflit d’intérêts. Cela se poursuit par un immense reportage de presque quatre pages, lui aussi formidablement élogieux jusqu’à l’outrance, signé par un pigiste, le très controversé Mohamed Sifaoui. Et cela se clôt par une petite chronique, tout aussi louangeuse, discrètement signée « Grégoire Chertok ».

De bien sulfureux partenariats

Si ce dernier article prend moins de place que les autres, il frappe tout autant les esprits. Car Grégoire Chertok, qui tient une rubrique cinéma dans Marianne depuis janvier 2016, intrigue beaucoup la rédaction. Et pour cause ! Associé-gérant de la banque Rothschild, conseil dans les plus grandes opérations financières qui se déroulent sur la place de Paris, conseil aussi de quelques-uns des plus grands patrons français, tel Martin Bouygues, il est aussi engagé en politique : adjoint au maire Les Républicains du XVIe arrondissement de Paris, conseiller régional d’Île-de-France, il est un ami intime de Jean-François Copé. Depuis le début de l’année, c’est donc un mystère qu’aucun journaliste n’est parvenu à percer : mais qui diable a enrôlé Grégoire Chertok dans les colonnes de Marianne ?

Tout cela sent donc mauvais ! Des conflits d’intérêts et des connivences à tous les étages… La rédaction n’est pourtant pas au bout de ses (mauvaises) surprises. Elle va, aussi, très vite découvrir que tout cela est le produit d’un partenariat et que « BHL » a même sorti son carnet de chèques pour financer une partie de l’opération.

Lors du comité d’entreprise suivant, le 16 juin 2016, c’est donc le clash : les représentants de la rédaction demandent des comptes sur ces sulfureux partenariats que pratique Marianne (comme beaucoup d’autres journaux), au risque que les journalistes violent les principes éthiques de la profession et soient sommés de participer à des publireportages. C’est la journaliste Élodie Émery qui lance le débat : « On avait demandé plus de transparence sur les partenariats, et puis, il y a eu cette histoire de film de BHL. Il y a eu une grande discussion en conférence de rédaction sur le fait qu’il y avait 5 pages dans le journal, dithyrambiques et sans nuances. » Elle note aussi que « le logo de Marianne est sur les affiches ».

Faisant mine d’ignorer tous les principes éthiques du journalisme, Frederick Cassegrain, qui préside le CE, répond avec morgue : « Si ça me permet de payer à la fin du mois… Il y a un moment où il faut savoir ce qu’on veut, ils ont pris un certain nombre de choses. » Sur le coup, les journalistes présents ne relèvent pas ce que signifie cette curieuse formule « ils ont pris quelque chose ». Ils s’attachent à défendre l’indépendance de la rédaction.

« Sur le traitement, la question se pose de savoir si on doit faire du publireportage quand on est partenaire d’un événement », s’inquiète le journaliste Bruno Rieth. En réponse, Frederick Cassegrain défend ce type de partenariat, sans dire que cela exclut des publireportages. Il évoque ainsi un prochain partenariat avec la ville de Cherbourg, qui prévoit en contrepartie deux pages dans Marianne, soulignant que L’Obs et Libé font strictement la même chose.

« On ne peut pas faire de pub déguisée, insiste Bruno Rieth.

— Non, on leur donne deux pages de pub en plus. Mais je vois ce que Libération a fait sur DCNS, payé à Libération par DCNS [il s’agit d’un groupe d’industrie navale militaire, dont l’État est l’actionnaire majoritaire – ndlr]. Eh bien, le papier est très élogieux. En plus, c’est une belle boîte, répond sans la moindre gêne Frederick Cassegrain. Soit dit en passant, la Société des rédacteurs de Libé conteste le moindre partenariat avec DCNS.

— Eh bien, il faut dénoncer ça ! Ce sont les ruptures du contrat de confiance avec le lecteur qui nous perdent !, s’indigne Élodie Émery.

— Je vais vous dire quelque chose : j’ai vendu à DCNS le fait qu’on puisse faire un hors série sur les énergies nouvelles, réplique Frederick Cassegrain.

— Pourquoi pas, s’il y a un travail journalistique derrière. Mais pas si c’est là pour passer des plats au partenaire, plaide Bruno Rieth.

— Pas passer des plats, mais sans moyens on n’arrivera pas à faire des opérations, dit Frederick Cassegrain.

— Sans éthique journalistique, on n’y arrivera pas non plus…, s’agace Élodie Émery.

— On ne peut pas d’une main demander à nos lecteurs de soutenir notre indépendance et de l’autre faire des publireportages, surenchérit Bruno Rieth.

— Ce n’est pas faire un publireportage ! Simplement, personne, dans cette maison, ne se serait penché sur DCNS avant qu’on en parle. Qui ça intéresse ? Il faut seulement que vous vous posiez la question comme la rédaction du Monde l’a fait, comme la rédaction de Libé [ce que conteste aussi la Société de rédacteurs de ce journal] l’a fait. Il est vrai qu’eux ne sont plus indépendants. On n’a pas de leçons à donner là-dessus, lâche Frederick Cassegrain.

— On en donne tout le temps, des leçons, et c’est même pour cela que nos lecteurs nous achètent, parce qu’ils considèrent que nous sommes indépendants, objecte Bruno Rieth.

— Donc, pour résumer, vous avez vendu deux pages de contenu élogieux sur la ville de Cherbourg ? », interpelle une autre journaliste, Anne Dastakian.

Et c’est à ce stade de la conversation que Bruno Rieth revient en arrière, comme si cette mystérieuse phrase du début lui revenait à l’esprit. Et il pose la question : « Et au fait, le partenariat avec BHL, qu’est-ce que ça nous a rapporté ? » Ce à quoi Frederick Cassegrain répond sur-le-champ : « BHL a pris les dos de kiosques pour vingt et quelque mille euros, ainsi que l’avant-première où on a invité nos lecteurs. »

Selon un proche de la direction qui ne souhaite pas être cité, l’affaire n’a, en fait, rien de mystérieux. Yves de Chaisemartin et Grégoire Chertok se connaissent depuis très longtemps et, voyant que le second tenait un blog sur le cinéma, le premier lui a proposé de le faire à Marianne. La même source fait observer que cela n’a rien de choquant : l’ancien patron de BNP Paribas, Michel Pébereau, n’a-t-il pas lui-même longtemps écrit sur sa passion, qui était la science-fiction ? Ultimes arguments de notre source : c’est un règlement de comptes, auquel Grégoire Chertok est totalement étranger. Enfin, nous dit-on, il n’y a aucun lien financier entre Marianne et Grégoire Chertok, et ce dernier n’a aucun intérêt dans la moindre société de production.

Peu de temps après la mise en ligne de notre article, Bernard-Henri Lévy nous a joint pour contester les informations fournies par Frederick Cassegrain au comité d'entreprise. Nous assurant qu'il n'avait apporté aucun financement à Marianne, il nous a dit que ces informations étaient « inexactes et farfelues ». Puis, le lendemain de la parution de cet article, Bernard-Henri Lévy nous ajoint de nouveau pour, changeant de version, nous préciser qu'il y avait bel et bien eu un partenariat mais qu'il y était étranger puisqu'il avait été conclu entre Marianne et le producteur de son film et non lui-même. BHL nous a fait valoir que cette pratique était tout à fait courante et qu'elle n'avait nullement pour objet d'influencer les auteurs des critiques. Toujours selon lui, si les critiques de Marianne étaient élogieuses, c'est tout simplement parce que son documentaire avait plu aux critiques du journal.

Il n’empêche ! Marianne, journal supposé indépendant, a fait écrire des articles dithyrambiques sur BHL par un banquier, et un proche de BHL lui-même. Puis, le producteur de BHL a lui-même financé pour un peu plus de 20 000 euros des affiches pour les dos de kiosques, affiches que le magazine ne confectionnait plus depuis de longs mois pour des raisons d'économie budgétaire. Et le même producteur de BHL a aussi financé la soirée de la « première » de son documentaire, réservée aux invités du magazine.

Il est pas beau, le débat d’idées, quand il est orchestré de la sorte par Marianne. Pas de fausses notes : vive BHL !…

3. Quand le cinéaste Bernard Tavernier est censuré

Pour la rédaction de Marianne, attachée à son indépendance, l’affaire suscite un choc important. Un choc d’autant plus grave que le directeur général de Marianne n’en a pas fini avec ses provocations. Lors d’un comité d’entreprise extraordinaire, le 30 juin 2016, il part ainsi de nouveau sabre au clair contre une rédaction qui refuse d’écrire ce dont rêvent les annonceurs ou partenaires et qui, de surcroît, a l’audace d’écrire des articles « à l’encontre des banques », articles qui, selon lui, obéreraient les discussions entre la direction générale du journal et les établissements bancaires dans le cadre de leurs relations commerciales.

L’échange, qui mériterait d’être étudié dans toutes les écoles de journalisme en matière de mauvaises pratiques, reprend, quand Frederick Cassegrain révèle ce qu’a finalement rapporté le partenariat avec la ville de Cherbourg : de 30 à 40 000 euros.

« Autrement dit, votre stratégie, c’est le publireportage », s’indigne encore une fois Bruno Rieth ?

Le combat pour l’indépendance de la Société des rédacteurs de Marianne

« Nous pouvons dans le cadre d’un hebdo faire toujours la même chose, en nous appuyant sur une ligne éditoriale ferme et rigoureuse. Mais à ce moment-là, il n’y a pas de salaires, et nous sommes dans une association à but non lucratif, et nous nous versons les bénéfices que nous touchons », réplique Frederick Cassegrain, qui persiste à dire tout haut ce que les patrons de presse pensent ordinairement tout bas. Et, après quelques autres explications du même acabit, il lâche cette formule, qui va indigner toute la rédaction : « Cette semaine, j’ai rencontré une banque qui m’a clairement dit qu’au regard des papiers parus dans Marianne à l’encontre des banques, elle n’avait pas du tout envie de nous aider. » Et après avoir été interrompu, il ajoute encore : « Dans nos recherches de partenariat pour les conférences en ligne, nous avons été voir (sic) Veolia et Air France. Qui nous a clairement reproché d’être de parti pris. »

La rédaction est donc aux aguets – on le serait à moins ! Et elle a de plus en plus de raisons de l’être. C’est ainsi que, l’été à peine passé, une nouvelle bombe explose : c’est l’affaire Tavernier.

À l’occasion d’une conférence de rédaction, le 13 octobre 2016, l’un des journalistes, Éric Conan, qui a été directeur de la rédaction de 2010 à septembre 2012, raconte ce qu’il vient d’apprendre : Bertrand Tavernier, compagnon de route et soutien depuis de longues années de Marianne, aurait été censuré par le journal au motif qu’il aurait écrit une lettre privée, en janvier 2016, à la direction du journal, pour dire sa tristesse qu’une chronique cinéma soit désormais confiée au banquier Grégoire Chertok. En clair, en rétorsion de cette lettre, la décision aurait été prise que Marianne ne se ferait pas l’écho du nouveau film de Bertrand Tavernier, Voyage à travers le cinéma français, une formidable compilation de plus de 3 heures des films français sélectionnés et commentés par le cinéaste (ici une critique très louangeuse sur L’Obs), sorti en salle le 12 octobre. Le journaliste s’en inquiète, faisant valoir qu’un tel comportement est « suicidaire » pour Marianne.

L’émotion est immense dans la rédaction, mais comme les faits sont encore mal établis, il y a quelques jours de flottement. Le nouveau directeur de la rédaction, Renaud Dély, assure, lui, qu’il ignore tout de l’affaire. Ment-il ? Ce serait grave ! Dit-il la vérité ? Cela le serait presque tout autant. Car cela suggérerait qu’il n’est qu’un directeur fantoche, les décisions étant prises en dehors de lui.

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Quoi qu’il en soit, l’affaire s’emballe. Quatre jours plus tard, le 17 octobre, la Société des rédacteurs de Marianne (SRM) publie un communiqué qui ne fait aucun cas des dénégations apportées par la direction, selon laquelle, il n’y a pas eu la moindre censure. Le communiqué (qui est mystérieusement fourni par des adversaires de la SRM le même jour à l’Ojim, une sorte d’Acrimed d’extrême droite), est ravageur. Voici ce que l’on y lit : « La société des rédacteurs de Marianne a appris avec stupéfaction la censure dont faisait l’objet, dans les pages Culture/Idées du journal, le dernier film de Bertrand Tavernier, compagnon de route de Marianne depuis de longues années. Cette censure découle de propos privés tenus par Bertrand Tavernier relatifs à la présence dans Marianne d’une chronique de critique cinématographique confiée au banquier Grégoire Chertok, associé-gérant et membre du comité exécutif de Rothschild & Cie.
La société des rédacteurs de Marianne et les représentants des salariés au comité d’entreprise avaient formulé le même étonnement lors de l’apparition de cette chronique en janvier 2016. La réponse de la direction générale vantant la cinéphilie de Grégoire Chertok n’avait convaincu personne. »

Et le communiqué (que l’on peut aussi consulter ci-contre) ajoute : « Cet incident fait douloureusement écho aux déclarations de Frederick Cassegrain, directeur général et directeur de la publication de Marianne, lors du comité d’entreprise extraordinaire du 30 juin 2016, concernant les articles parus dans Marianne “à l’encontre des banques”. Articles qui, à l’en croire, obéreraient les discussions entre la direction générale du journal et les établissements bancaires dans le cadre de leurs relations commerciales. »

Quelques jours plus tard, le 20 octobre 2016, nouveau comité d’entreprise agité pour Frederick Cassegrain. Un premier journaliste sonne la charge : « Depuis plusieurs mois, nous vous demandons quel est le rôle exact de Grégoire Chertok. À chaque fois, vous nous répondez que c’est un philanthrope qui aime le cinéma et écrit à titre bénévole dans nos pages. Or, nous nous apercevons qu’il a tout de même suffisamment de poids au sein de ce journal pour entraîner la censure d’un article. »

Frederick Cassegrain a beau assurer qu’il n’y a eu aucune censure, la journaliste Élodie Émery n’en croit visiblement pas un mot : « Nous passons notre vie à dire qu’il est honteux que Marianne donne une chronique à un banquier d’affaires cinéphile. Un cinéaste le dit aussi… »

« Il faudrait nous dire un jour quel est son rôle exact, lance Bruno Rieth.

— C’est assez incroyable tout ce que l’on peut sacrifier pour continuer à avoir la plume pitoyable de Chertok dans le journal, surenchérit Élodie Émery.

— D’où vient-il d’ailleurs ce Grégoire Chertok ? Par qui est-il venu ? interroge Bruno Rieth.

— Je ne sais plus », bafouille Frederick Cassegrain.

En fait, la direction s’en tiendra à cette version : c’est un malentendu ; il n’a jamais été question de censurer Bertrand Tavernier. Ce même 20 octobre, le chef du service culture, Laurent Nunez – qui lui aussi est venu à Marianne grâce à Joseph Macé-Scaron – publie une longue lettre à la rédaction pour se justifier, et essayer de convaincre ses confrères qu’il n’y a eu aucune censure de sa part. Voici cette lettre de deux pages, que Renaud Dély a secrètement relue et corrigée avant son envoi :

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Quand la police enquête à Marianne

Dans son courrier, Laurent Nunez fait donc le reproche à Éric Conan, comme aux responsables de la SRM, d’avoir propagé une fausse rumeur et de ne pas l’avoir approché pour obtenir auprès de lui la confirmation qu’il n’y a jamais eu la moindre censure. Et en signe d’apaisement, il annonce, en accord avec Renaud Dély, qu’un article sera bientôt publié évoquant le film de Bertrand Tavernier.

Tout cela, pourtant, ne tient pas la route. Car c’est la rédaction qui a bel et bien raison : il y a eu effectivement censure. Il n'est en effet pas très difficile de reconstituer l’histoire. Comme il nous l’a lui-même raconté, Bertrand Tavernier est un abonné ancien de Marianne. Il n’a pas de lien particulier avec la direction du journal, mais comme lecteur, il apprécie beaucoup certains journalistes, pour leur travail. Au début de 2016, il est donc choqué de voir apparaître dans les colonnes des critiques de cinéma signées de la main de Grégoire Chertok ; d’autant plus que choqué que la place offerte à une critique de cinéma connue comme Danièle Heymann est fortement réduite.

Avec Sophie Deschamps, qui est à l’époque la présidente de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), il écrit donc une lettre à la direction de Marianne, empreinte d’indignation et de moquerie. « Je leur ai dit de ne pas s’arrêter en si bon chemin, et d’embaucher d’autres banquiers. D’enrôler par exemple Emmanuel Macron, pour tenir la rubrique littéraire », se souvient-il.

La lettre de ce vieux lecteur fidèle de Marianne, au lieu de susciter un sursaut, est très mal accueillie par la direction du journal, laquelle décide de censurer à l’avenir Bertrand Tavernier. Laurent Nunez, qui a dit strictement le contraire dans sa lettre à la rédaction, est d’ailleurs bien placé pour le savoir, puisque dans un courriel adressé à Danièle Heymann, en date du 19 septembre 2016, à 16 h 29, il avait déjà un mois plus tôt annoncé la décision : « La lettre que Tavernier nous a envoyée il y a quelques mois, pleine de mépris pour Chertok mais surtout pour Marianne, nous empêche évidemment de parler de son film dans ces pages qu’il déconsidère. Je suis sûr que tu comprends cela. » Avec le recul, tout juste Laurent Nunez fait-il valoir qu'il n'était pas le destinataire de la lettre de Bertrand Tavernier et qu'il a simplement géré une décision qui n'était pas la sienne.

CQFD ! Pour protéger comme critique cinématographique un banquier, la direction de Marianne fait secrètement le choix de claquer la porte au nez de l’un des plus grands cinéastes français.

4. Quand un hiérarque de « Marianne » pirate les messageries électroniques

Ces deux affaires coup sur coup, celle qui concerne BHL, puis celle dont pâtit Bertrand Tavernier, constituent pour la rédaction de Marianne, on s’en doute, un immense traumatisme. Et, pourtant, le séisme n’est toujours pas fini. Une réplique va encore se produire, à peine quelques semaines plus tard, dont le même Laurent Nunez va être le héros.

L’affaire, révélée par PressNews,  commence par un mail étrange que toute la rédaction reçoit un soir, émanant d’un éditeur du journal, Christian Duplan. Ce dernier se plaint d’un article de Laurent Nunez, brocarde des fautes, se moque de ses travers. Le mail est ainsi écrit que tout le monde devine vite ce qui s’est vraisemblablement passé : Christian Duplan voulait adresser ses remarques au directeur de la rédaction mais une mauvaise manœuvre informatique lui a fait envoyer le mail insultant à toute la rédaction. Pour le coup, Laurent Nunez apparaît pour une fois comme la victime.

Et pourtant, non ! Ce n’est pourtant pas ce qui s’est véritablement passé. Et la rédaction va vite l’apprendre. Car Christian Duplan, qui est menacé d’être poussé dehors, décide de porter plainte. Et la police, qui est donc saisie, a vite fait de découvrir le pot aux roses : c’est Laurent Nunez lui-même qui, sachant pirater les messageries de Marianne, est parvenu à envoyer ce faux mail. Effectivement pour se faire passer pour une victime. Le jour même, au début du mois de décembre 2016, il est prié de quitter le journal. Licencié pour faute grave, sans indemnité…

Pour sa défense, Laurent Nunez fait valoir qu'il enrageait que le poste de responsable des pages Idées pourrait lui échapper alors qu'on le lui avait promis. Et s'il admet avoir commis une « bêtise », il fait valoir qu'elle était vénielle car, selon lui, la plupart des messageries n'étaient pas protégées par des mots de passe et étaient donc facilement accessibles à qui voulait. De surcroît, il précise que le mail féroce de Christian Duplan adressé initialement à Renaud Dély et un autre responsable existait bel et bien, et qu'il s'est borné à y accéder et à le transférer à l'ensemble de la rédaction.

5. « Marianne » comme un bateau ivre

En cette fin d’année 2016, alors que nul ne pressent encore qu’Yves de Chaisemartin va demander un redressement judiciaire, c’est peu dire que Marianne va mal.

D’abord, le journal va connaître une autre secousse. Une figure de Marianne, le journaliste Éric Conan, qui avait contribué à écrire avec Jean-François Kahn la dernière mouture de la charte de Marianne, est brutalement licencié pour faute grave, et il est prié de quitter derechef le journal sans indemnité. Officiellement, on lui fait grief de refuser une nouvelle affectation au sein du journal ou encore d’organiser la fronde contre la direction. Mais, en réalité, la mesure est si brutale et si mal motivée que la rédaction ne sait pas bien à quoi s’en tenir. Reproche-t-on au journaliste, sans oser l’avouer, d’avoir révélé devant la réunion de rédaction la censure dont Bertrand Tavernier avait fait l’objet ? En clair, est-il jeté dehors pour avoir révélé à l’équipe cette stupéfiante histoire Tavernier-Chertok ? C’est évidemment l’hypothèse la plus vraisemblable que retient la rédaction de Marianne : le licenciement brutal et précipité d'Éric Conan est la sanction de sa dénonciation publique de l'affaire Chertok-Tavernier, venant après ses critiques de l'incroyable « mécénat » de BHL au profit de la sortie de son film.

Mais le séisme ne s’arrête pas là ! La figure tutélaire du journal, Jean-François Kahn, prend aussi manifestement ses distances, et refuse de continuer à présider le conseil d’administration. Et comme Yves de Chaisemartin tarde à enregistrer sa démission, il le lui signifie par une lettre recommandée avec accusé de réception. Le fondateur du journal se garde certes d’être exagérément critique et assure qu’il n’est venu à aucune réunion du conseil depuis trois ans et que son départ ne fait qu’enregistrer un état de fait. Évoquant la situation financière du journal, il bat même sa coulpe, faisant valoir que pour des raisons d’indépendance, il a, lui, toujours refusé les subventions de l’État, ce qui a été un handicap pour Marianne, quand les difficultés ont commencé. Et il insiste sur le fait que même si le journal sollicite maintenant des subventions, celles-ci sont « sans commune mesure avec ce que perçoivent les autres journaux ». Mais dès qu’on l’interroge sur les affaires qui ont secoué Marianne ces derniers mois, on le sent pudique mais contrarié : il se dit par exemple « un peu sidéré » par l’affaire BHL. « Incroyable ! », marmonne-t-il un instant plus tard.

Dans le même temps, le même Yves de Chaisemartin retire au maladroit Frederick Cassegrain ses fonctions de directeur général pour lui confier des tâches subalternes. À la fin du mois de décembre, comme le site Internet des annonces légales du Bodacc le confirme, Yves de Chaisemartin concentre tous les pouvoirs, celui de président et celui de directeur général.

En somme, en ce début d’année 2017, Yves de Chaisemartin détient tous les pouvoirs au sein de Marianne, qui a été placé en redressement judiciaire, mais c’est un homme seul. Marianne, comme un bateau ivre, qui prend eau de toutes parts…

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Pour écrire cet article, j’ai eu de très nombreux contacts avec des journalistes de Marianne qui, pour des raisons bien compréhensibles, n’ont pas souhaité être cités nommément. J’ai par ailleurs cherché à joindre Yves de Chaisemartin à trois reprises mais, malgré mon insistance, il n’a pas donné suite. J’ai aussi joint Jean-François Kahn, qui a eu l’amabilité de répondre à mes questions, de même que le cinéaste Bertrand Tavernier auquel je veux exprimer ma gratitude.

Je voudrais par ailleurs saluer la rédaction de Marianne qui, dans ses grandes composantes, est très attachée à son indépendance et mène un combat difficile pour la préserver. J’y compte de nombreux amis. Quittant Le Monde, à la fin de 2006, après y avoir été censuré, j’ai pendant un temps réalisé périodiquement, en qualité de pigiste, de grandes enquêtes pour Marianne et y ai joui, à l’époque, d’une totale liberté.

Mis en ligne mardi 31 janvier vers 13H, cet article a été complété vers 16H15, pour prendre en compte des précisions que m'a apportées Laurent Nunez, concernant l'intrusion informatique. Et j'ai apporté une précision dans l'article, à la demande de la Société des journalistes de Libération.

Au même moment, j'ai aussi complété l'article, après un échange avec Bernard-Henri Lévy, qui m'assurait qu'il n'avait jamais participé au financement des dos de kiosques de Marianne, contrairement à ce qu'avait dit le directeur général du journal devant le comité d'entreprise. J'ai donc fait état de sa version, selon laquelle ces informations étaient « inexactes et farfelues ». Puis le lendemain, BHL m'a joint, de nouveau, pour me préciser qu'il y avait bel et bien eu un financement, mais qu'il avait été décidé et assuré non pas par lui, mais par le producteur de son film. Je lui ai fait observer que cela ne modifiait guère le problème éthique, mais je lui ai confirmé que je ferai état de ce qu'il m'indiquait, en signalant dans l'article cette nouvelle version.

 

 

la version de Bernard-Henri Lévy. J'ai aussi légèrement complété la version des faits de