Macron fustige l’immobilisme, mais ne bouge pas d’un iota

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Au 27e jour de la grève contre sa réforme des retraites, le président de la République a livré mardi 31 décembre des vœux convenus. Toujours aussi sûr de son fait, il s’est contenté de répéter qu’il mènerait son projet « à son terme », malgré les colères sociales. Et critiqué ceux qui ne veulent pas bouger, sans proposer d’avancées.

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L’Élysée avait largement diffusé le message. Pour ses vœux aux Français, qui étaient également sa première prise de parole officielle depuis le début du mouvement social contre la réforme des retraites, Emmanuel Macron allait jouer l’« apaisement » et réaffirmer sa « détermination ». Ces deux expressions ont logiquement été répétées en boucle sur tous les plateaux de télévision au cours des vingt-quatre dernières heures. Mais elles ne disent rien de l’allocution prononcée mardi 31 au soir par le président de la République pendant dix-huit minutes.

Toujours aussi sûr de son fait, ce dernier s’est au fond contenté de répéter sa grammaire néolibérale, en commençant par se féliciter des « premiers résultats de l’effort de transformation » qu’il s’enorgueillit d’avoir initié il y a deux ans et demi. Des résultats qui relèvent surtout de l’illusion, comme Mediapart l’a souvent documenté, mais que le chef de l’État continue de présenter comme « un encouragement à poursuivre le mouvement engagé ». Car c’est bien là le sujet, pour ne pas dire le problème : jamais il ne remettra en question le projet sur lequel il fait mine d’avoir été élu face à Marine Le Pen, en mai 2017.

« D’habitude, c’est le moment du mandat où on renonce à agir avec vigueur, pour ne surtout plus mécontenter personne à l’approche des futures échéances électorales, a-t-il affirmé. Nous n’avons pas le droit de céder à cette fatalité. C’est l’inverse qui doit se produire. » Maniant l’art de l’euphémisme comme personne, Emmanuel Macron a ainsi assuré que la réforme des retraites serait « menée à son terme », malgré les « changements [qui] bousculent souvent » et les « décisions prises [qui] parfois peuvent heurter, susciter des craintes et des oppositions ».

Au 27e jour de la grève entamée le 5 décembre contre son projet, le président de la République a indiqué entendre « les peurs, les angoisses qui se font jour », tout comme les « mensonges » et les « manipulations ». Il a toutefois répété qu’il ne reviendrait pas sur le principe du régime universel ni sur la nécessité d’en garantir l’équilibre – et donc sur la fameuse question de l’âge pivot qui crispe la CFDT et une partie de la majorité –, et a dit « attendre du gouvernement d’Édouard Philippe qu’il trouve la voie d’un compromis rapide dans le respect [de ces] principes » avec « les organisations syndicales et patronales qui le veulent ». « Je veux vous assurer que je ne céderai rien au pessimisme ou à l’immobilisme », a-t-il martelé de façon plus générale.

Comme prévu, le chef de l’État n’est pas entré dans les détails de la réforme, laissant à son premier ministre le soin de reprendre les discussions à partir du 7 janvier – le projet de loi est toujours censé être présenté le 22 janvier en conseil des ministres, pour un examen au Parlement fin février. Depuis le 19 décembre et malgré la poursuite de la mobilisation, rien ne semble avoir bougé, tant et si bien que le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez accusait dimanche le gouvernement d’organiser « le bordel » et de jouer « le pourrissement ». Du côté de Matignon, on assure que ce sont les partenaires sociaux qui ont souhaité relancer la concertation après les fêtes – ce qu’ont notamment confirmé la CFDT et le Medef.

En attendant, le gouvernement s’est tout de même dit prêt à accorder des dérogations à certaines professions – policiers, pilotes, danseurs de l’Opéra de Paris, marins… –, contredisant ce qu’Emmanuel Macron affirmait à Rodez, le 3 octobre. « Si je commence à dire “on garde un régime spécial pour l’un”, ça va tomber comme des dominos, avait-il dit ce jour-là. Parce que derrière, on me dira : “Vous faites pour les policiers, donc les gendarmes.” Ensuite, on me dira : “Vous faites pour les gendarmes, donc pourquoi pas pour les infirmiers et les infirmières ? Les aides-soignants ?” Et puis on va refaire nos régimes spéciaux. En deux temps, trois mouvements, on y est. Non ! »

Une fois le sujet retraites passé, le président de la République a balayé tous les autres, en expliquant qu’ils seraient bien évidemment sa priorité pour 2020 : l’éducation, la santé, le handicap, l’écologie… « Nous entamerons la revalorisation et la transformation des carrières des enseignants, des professeurs, des soignants », « un nouveau modèle écologique doit se déployer », a-t-il promis. « Plus que jamais il sera essentiel de mettre le travail et le mérite au cœur de notre action » et « rappelons-nous toujours que nous avons à l’égard de la France plus de devoirs que de droits », a-t-il également souligné, comme un clin d’œil à cet électorat de droite qu’il n’en finit plus de cajoler.

Avant d’enchaîner sur ce qui semble particulièrement l’intéresser depuis la rentrée de septembre et qu’il résume souvent derrière le mot « communautarisme » – mot qui n’a pas été prononcé mardi soir. « Je vois trop de divisions au nom des origines, des religions, des intérêts. Je lutterai avec détermination contre les forces qui minent l’unité nationale et dans les prochaines semaines je prendrai de nouvelles décisions sur ce sujet », a-t-il indiqué, sans entrer, là encore, dans les détails.

Par deux fois, Emmanuel Macron a évoqué l’incendie de Notre-Dame de Paris survenu en avril dernier, comme s’il s’agissait de l’événement qui avait le plus marqué l’année 2019. En réalité, le chef de l’État a de nouveau tenté, comme il l’avait fait à l’époque, de s’en servir pour vanter ce qu’il qualifie d’« empreinte de l’esprit français », lequel « esprit » est toujours bien pratique pour délégitimer les contestations au nom d’un « idéal » qui nous dépasserait tous. « Nous sommes un peuple de bâtisseurs, conscient de sa vocation universelle. Un peuple de temps long qui, parce qu’il sait d’où il vient, sait se projeter. Un peuple qui toujours sait se hisser à la hauteur des circonstances », a-t-il d’ailleurs ajouté.

Sitôt l’exercice des vœux terminé, bon nombre de responsables politiques ont commenté la prise de parole du président de la République sur les réseaux sociaux. « Ce ne sont pas des vœux mais une déclaration de guerre aux millions de Français qui refusent sa réforme. Tout le reste de son discours sonne faux et creux. Un extraterrestre a parlé », a ainsi tweeté le chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon. « Emmanuel Macron préfère présenter la camelote de son monde de légendes plutôt que ses vœux. Consternant de décalage et de mépris face au refus majoritaire de son projet de loi. La lutte “sera menée à son terme !” », a souligné Olivier Besancenot. « Une fois de plus... rien », s’est contentée d’écrire Marine Le Pen.

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