International Note de veille

Alger à contre-courant sur la crise malienne

D’ordinaire inflexible, Alger, qui tient à éviter une intervention militaire internationale au Nord-Mali, négocierait désormais avec les islamistes d’Ansar Dine, dans l’attente d’une résolution de l’ONU.

Pierre Puchot

2 octobre 2012 à 17h27

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Sur le dossier malien, Alger aurait donc choisi de faire cavalier seul. La semaine passée, le président de la transition Dioncounda Traoré et le premier ministre malien, Cheikh Modibo Diarra, ont confirmé leur demande d’une résolution autorisant une attaque armée contre les islamistes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) au Nord-Mali. Dimanche 30, devant l’Onu, le premier ministre malien Cheick Modibo Diarra a, lui, demandé officiellement au Conseil de sécurité d'adopter une résolution autorisant la constitution d'une force militaire internationale pour reconquérir le nord du pays, estimant que « le temps des négociations était passé ».

L’Algérie, elle, serait en train de négocier avec Ansar Dine, le groupe islamiste radical de Touaregs qui tient le Nord-Mali depuis le printemps, selon une information de la correspondante du Figaro, également rédactrice en chef d’El Watan week end. « Il y a urgence à trouver une solution pour empêcher une intervention militaire dans le nord du Mali. Nous devons absolument convaincre toutes les factions sur le terrain de rompre les liens avec les terroristes d'Aqmi et du Mujao », rapporte le quotidien français, qui cite une source anonyme « proche des négociations ». 

Selon une source citée lundi par France-24, l’Algérie s'était déjà impliquée dans la crise malienne en organisant, samedi 29 septembre, secrètement et sur son sol, une rencontre entre des membres d'Ansar Dine et un officiel de Bamako. 

Non confirmées ni reprises pour l’heure par la presse algérienne, ces négociations en territoire algérien compliquent singulièrement le jeu diplomatique. Si elles n’enverront pas de troupes au Mali, la France et l'Allemagne apporteront un soutien logistique à une éventuelle mission africaine au Nord-Mali, ont assuré lundi 1er octobre, le chef de la diplomatie allemande et le ministre français de la défense. Pour Paris, Berlin, comme pour l’éventuelle mission sous l'égide des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), une rupture de l’isolement des islamistes d’Ansar Dine par Alger ne constitue pas une bonne nouvelle. Disposant d’un service de renseignement sans égal dans la région, l’appui d’Alger est essentiel à une éventuelle opération militaire, car la géographie de la région offrirait aux miliciens d’Ansar Dine de multiples bases de repli.

Dessin de Glez paru dans RNW, Pays-Bas © DR

Alger, qui doit compter avec les otages algériens retenus dans la région par plusieurs factions terroristes, privilégie cependant une solution négociée « politique et diplomatique », comme le rappelle ce mardi le quotidien El Watan dans son édito, « Urgence malienne ».

Nul doute que François Hollande évoquera le dossier avec le président Bouteflika, qu’il doit rencontrer avant la fin de l’année lors d’une visite officielle dont la date n’a pas toujours été communiquée. Selon le site d’information algérien Tout sur l’Algérie, la crise malienne fera même l’objet d’une discussion bien avant cette échéance encore incertaine : dès ce vendredi selon TSA, une rencontre François Hollande-Abdelmalek Sellal, le nouveau premier ministre algérien, est désormais prévue à Malte. La petite île du sud de l’Europe accueillera les 5 et 6 octobre un Sommet du dialogue 5+5 entre pays des deux rives de la Méditerranée (Espagne, France, Italie, Malte, Portugal + Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, Tunisie) pour discuter notamment de coopération économique et d'immigration illégale. Il s’agira de la première rencontre entre le chef de l’État français et un responsable algérien.

Pierre Puchot


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