International Note de veille

Place Tahrir au Caire, les violences se poursuivent

Nouvelle journée d'affrontements extrêmement violents au Caire. Les partisans du président ont ouvert le feu à l'aube causant la mort d'au moins quatre personnes. Selon les derniers chiffres officiels, les violences depuis hier ont fait 13 morts et plus de 1.200 blessés. De nombreux manifestants sont toujours sur la place Tahrir et aux alentours. La tension ne cesse de monter alors que les opposants ont baptisé la journée de demain «le vendredi du départ».

Virginie Guennec, Audrey Vucher et Jessica Dubois

3 février 2011 à 13h16

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Depuis deux jours, l'Egypte s'est divisée en deux camps. Les pro et les anti-Moubarak s'affrontent sans relâche sur la place Tahrir, au centre du Caire. Le lieu est devenu l'emblème de la révolte et un véritable champ de bataille, où chaque partie tient sa position derrière des barricades et tente de faire reculer ses adversaires.

L'armée ne prend toujours pas partie, essayant simplement de séparer les manifestants. Dès l'aube, alors que les premiers coups de feu se faisaient entendre, les chars s'étaient positionnés au centre de manière à créer une zone tampon entre les deux camps. Mais très vite les violences ont débordé dans les rues adjacentes. Si les manifestants étaient moins nombreux, la violence des confrontations est tout de même montée d'un cran. Les services hospitaliers, qui sont totalement débordés, ont fait état d'une dizaine de morts.

Les journalistes occidentaux ont eux aussi été pris pour cibles par les partisans du gouvernement. Plusieurs reporters ont parlé de «chasse aux journalistes», alors qu'ils étaient arrêtés, fouillés, parfois même battus d'après les témoignages. Les points de diffusions des médias étrangers ont aussi été dévastés.

Pourtant dans la matinée, le premier ministre avait présenté des excuses pour les violences de la veille, laissant penser qu'il était en mesure de stopper ces affrontements. De nombreux responsables politiques du monde ont réagi avec beaucoup de rigueur, pressant le gouvernement égyptien d'intervenir pour limiter les affrontements et initier une transition pacifique. Dans un appel commun, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, David Cameron, José Luis Zapatero et Silvio Berlusconi ont condamné les violences. Côté américain, l'administration s'est dite très inquiète pour la situation des journalistes. Il n'y a que l'Iran qui semble observer les événements avec plus d'opimisme. Le gouvernement iranien voit dans la révolte égyptienne «une rennaissance islamique».

En fin de journée, le vice-président égyptien, Omar Souleiman, a tenté de calmer la population dans une intervention télévisée. Il a pressé les manifestants à cesser de se battre, selon lui il faut attendre septembre pour organiser des élections présidentielles afin d'éviter un «vide» politique. Le vice-président a par ailleurs mis en garde contre toute ingérence dans les affaires du pays.

Le cours de la journée heure par heure :

18h30 - EGYPTE Selon l'AFP, trois journalistes de TF1 ont été arrêtés dans la matinée par des hommes en civil mais armés. La rédaction de TF1 n'a pas réussi à les avoir au téléphone depuis la mi-journée.

17h40 - EGYPTE Le discours d'Omar Souleiman, le vice-président égyptien, débute.

© 

Omar Souleiman appelle à respecter le délai du mois de septembre, pour l'élection présidentielle, afin d'éviter un «vide» politique. Selon lui, les Frères musulmans ont été invités à dialoguer avec le nouveau gouvernement.
Il s'attarde longuement sur les articles 76 et 77. «Il n'y a pas de problème pour amender des articles de la Constitution. Mais il faut tenir compte du temps qui reste pour la transition du pouvoir. Le temps est limité. Et les réformes politiques nécessitent du temps», déclare Omar Souleiman, le vice-président égyptien.

«Il faut que le gouvernement prenne des mesures concrètes et immédiates pour savoir qui est à l'origine de cette crise. Tous ceux qui sont à l'origine de défaillances seront jugés.»

Selon le vice-président égyptien, les violences sont le résultat d'un «complot». L'appel au départ de Moubarak est un «appel au chaos».

Omar Souleimane annonce aussi qu'il ne se présentera pas aux élections présidentielles en septembre. Il a rejeté d'autre part toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures de l'Égypte.

17h15 - EGYPTE Plusieurs journalistes disent avoir été battus par la police. Un des correspondants du site de journalisme citoyen Demotix fait partie de ces personnes, selon la BBC. La chaîne britannique ajoute que la police égyptienne a saisi son matériel, avec pour but de l'empêcher de diffuser des informations.

17h10 - EGYPTE La compagnie de téléphonie mobile Vodafone affirme avoir été obligée de diffuser à ses abonnés en Egypte des SMS pro-Moubarak.

17h05 - EGYPTE Un représentant d'Amnesty International arrêté (voir le communiqué de l'ONG)

17h00 - EGYPTE Nouveau bilan du ministère de la santé égyptien : les affrontements ont fait 13 morts et environ 1.200 blessés.

@halmustafa © 

Des scènes très violentes ont eu lieu dans la journée, comme celle-ci où un camion fonce sur la foule :

© babramadan

16h55 - IRAN Le ministre des affaires étrangères en Iran a déclaré à la élévision: «L'Iran regarde de très près les manifestations au Moyen-Orient fondatrices d'une vague de renaissance islamique.»

Du côté européenn, la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero ont demandé une transition pacifique «dès que possible», tandis que le président russe s'entretient à ce sujet avec le président Hosni Moubarak.

16h50 - EGYPTE Des manifestants se sont introduits dans l'hôtel Hilton au Caire, où se trouvent plusieurs journalistes américains.

16h45 - YEMEN Au Yémen, qui borde également le canal de Suez, des dizaines de milliers de partisans de l'opposition ont manifesté pour réclamer des réformes démocratiques, à quelques centaines de mètres d'un rassemblement similaire de partisans du pouvoir.

La police aurait ouvert le feu pour disperser les manifestants qui défilent dans les rues de la capitale yéménite

C’est à s’y méprendre la même configuration qu’au Caire mais ces images filmées à Sanaa :

© euronews (in English)

16h40 - ALGERIE L'état d'urgence en place depuis 19 ans sera levé «dans un avenir trèsproche» a déclaré le président Abdelaziz Bouteflika, il a aussiannoncé que les télévisions et les radios donneront la parole à tousles partis politiques.


16h35- EGYPTE L'AFP rapporte que des témoins ont vu des clients briser desfenêtres pour fuir un incendie dans l'hypermarché Hyper One de CheikhZouayyed, dans la banlieue du Caire.

16h25- ALLEMAGNE Anglea Merkel a parlé à Hosni Moubarak et lui a dit qu'ildevrait commencer à ouvrir le dialogue d'après Reuters

16h20 - EGYPTE D'après de nombreux tweets, des manifestants pro-Moubarak tente d'entrer dans les hôtels où se trouvent des journalistes étrangers.

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16h15 -EGYPTE Nouveau bilan du ministre de la santé égyptien : 8 morts et 890 blessés, dont 9 dans un état très critique.

16h10 - EGYPTE D'après l'AFP, le Premier ministre Ahmed Shafiq a déclaré que l'ancien ministre de l'intérieur, Habib al-Adly, deux autres ministres et un riche industriel proche de la famille de Moubarak ont été interdits de voyager et inculpés pour corruption.

16h00 -EGYPTE Des manifestants cherchent des journalistes. Les pro-Moubarak semblent savoir où se situent les points de diffusion des journalistes occidentaux. Un point de diffusion particulièrement fréquenté par de nombreux journalistes a d'ailleurs été attaqué dans la matinée.

15h50 - EGYPTE Les militaires interviennent et essaient de faire reculer les pro-Moubarak en dehors de la place.

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15h45 - EGYPTE Le vice-président Souleimane confirme à la télévision d'Etat que ni Hosni Moubarak ni son fils, Gamal Moubarak, ne se présenteront à la présidence. Il ordonne en outre la libération de tous les jeunes militants.

15h20 -EGYPTE A Alexandrie la manifestation a pris de l'ampleur.

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15h00 -EGYPTE Ahmed Chafic, le premier ministre égyptien, prend la parole à la télévision. Il s'excuse pour les affrontements meurtriers la veille et demande également une enquête sur les violences place Tahrir. Selon Ahmed Chafic, «rester sur la place Tahrir n'apportera rien de plus aux manifestants». Le premier ministre annonce aussi que le ministre de l'intérieur fera l'objet d'une enquête.

14h30 - EGYPTE Le bilan des affrontements est de 6 morts et plus de 800 blessés.

Vidéo amateur :

© Al Jazeera English

14h00 - MEDIAS Il semble que les journalistes soient la proie des manifestants pro-Moubarak. Il est de plus en plus difficile pour eux de rapporter les évènements sur place.

Un reporter du Guardian indique que la télévision égyptienne diffuse des messages affirmant que des «espions israéliens déguisés en journalistes occidentaux» se mêlent aux manifestants. Plusieurs journalistes ont été arrêtés et fouillés. Selon l'AFP, «Qui se promène avec une caméra ou un appareil photo est rapidement pris à partie par des hommes en civil favorables au président Moubarak, mais aussi par des manifestants anti-gouvernementaux, de plus en plus nerveux».

Les Etats-Unis dénoncent une «campagne concertée» contre les médias étrangers.

13h50 - EGYPE L'ONU évacue près de 600 employés des Nations unies et leurs familles vers l'île méditerranéenne de Chypre, située à 90 minutes de vol du Caire. La Grande-Bretagne a aussi commencé à rapatrier le personnel «non essentiel» de son ambassade au Caire ainsi que les membres des familles de diplomates en poste, annonce le Foreign Office.

13h40 -EGYPTE L'armée s'est retirée. Les affrontements sont de nouveau très violents, des coups de feu ont aussi été entendus selon le correspondant de France-24.

13h30 - EGYPTE Lors d'une conférence de presse, François Fillon déclare que la France est «extrêmement préoccupée» par la «dégradation» de la situation en Egypte, et plaide à son tour pour «unetransition rapide et ordonnée vers un gouvernement à représentationélargie». Mais la France ne prévoit toujours pas «d'évacuation» des Français résidant en Egypte.

Les groupes français de bâtiment et travaux publics Vinci et Bouygues,associés dans la construction de la ligne 3 du métro du Caire,indiquent qu'ils organisent le retour de la quasi-totalité de leurquelque 180 expatriés et leurs familles en Egypte.

13h00 - EGYPTE La tension monte place Tahrir selon la chaîne Al-Jazira. Des partisans du gouvernement préparent des cocktails Molotov, sur la place Abdelmonaem Ryad. Il y aurait une cinquantaine de blessés depuis ce matin.

© Theodore May

12h40 - EGYPTE Il y aurait une manifestation importante à Mansourah, au nord de l'Egypte, indique Al-Jazira, et une autre manifestation rassemblant près de 2.000 personnes devant le front de mer à Alexandrie, selon le Guardian.

12h30 - EGYPTE Sur la place Tahrir, les manifestants maintiennent leurs barricades. Une zone tampon a été mise en place pour éviter les confrontations, alors que l'armée fait reculer les partisans de Hosni Moubarak avec des chars selon l'AFP.

© FRANCE 24

12h20 - EGYPTE Le local des journalistes de France-2 au Caire est pris à partie par des manifestants selon les journalistes en place.

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12h15 -EGYPTE Des anti-Moubarak commencent à s'organiser sur la place, alors que les violences reprennent. Selon le journaliste de France-24 sur place, les militaires tentent aussi de repousser les partisans du gouvernement qui veulent atteindre la place Tahrir comme hier. Les manifestant arrêtent les pro-Moubarak. Ils affirment détenir près de 120 policiers en civil qu'ils ont remis à l'armée.

© 

12h00 - EGYPTE Selon un journaliste de France-24, Jean-Bernard Cadier, il est très difficile d'avoir des informations en dehors de ce qu'il se passe place Tahrir. D'après le chroniqueur, la vraie bataille qui se joue actuellement tourne autour de l'armée. «Qui contrôle l'armée, contrôle le pays», ajoute-t-il.

11h50 - EGYPTE Des messages sur Twitter indiquent que plusieurs journalistes occidentaux ont été pris à partie. Un photographe de l'AFP, qui vient de se faire fouiller tweete par exemple : «la chasse aux journalistes est ouverte».

11h40 - EGYPTE La Coalition nationale pour le changement refuse de négocier avec le pouvoir avant le départ du président Hosni Moubarak. Mais les opposants ont baptisé la journée de demain «le vendredi du départ», toujours déterminés à obtenir gain de cause.

10h20 - EUROPE Dans un communiqué commun, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, David Cameron, José Luis Zapatero et Silvio Berlusconi condamnent les violences en cours et appellent à une transition rapide et ordonnée.
L'Union européenne appelle aussi à traduire les responsables des violences au Caire en justice.

10h15 - EGYPTE Un général à la retraite égyptien a dit à la BBC que les troupes sont prêtes à faire feu sur des partisans pro-Moubarak, s'ils attaquent les manifestants aujourd'hui.

10h05 - EGYPTE Frères musulmans – «Ce régime avec son président, son adjoint, ses ministres, son parti et son parlement est fini. Nous le disons clairement : nous refusons de négocier avec lui parce qu'il a perdu toute légitimité», a déclaré à Reuters Essam el Erian. «Nous demandons que ce régime soit renversé et réclamons la formation d'un gouvernement d'union nationale ouvert à tous les partis», dit par ailleurs le mouvement dans un communiqué repris par la chaîne de télévision Al-Jazira.

10h00 - SOUDAN Des jeunes lancent des appels à manifester sur Facebook.

09h50 - YEMEN Au Yémen, des manifestants commencent aussi à défiler dans les rues. Une centaine d'opposants au président Ali Abdullah Saleh s'est déjà regroupée.

Virginie Guennec, Audrey Vucher et Jessica Dubois


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