Espionnage: Hollande cède sous la pression des Etats-Unis

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La France a provoqué une crise diplomatique en refusant son espace aérien à l'avion du président bolivien Evo Morales soupçonné d’avoir Edward Snowden à son bord. En début de semaine, le président avait pourtant haussé le ton après les révélations d’espionnage par les Américains.

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En début de semaine, un diplomate français avait prévenu. « On ne va pas entrer en guerre avec les États-Unis et on ne va pas rompre les relations diplomatiques ou économiques. On ne va pas renverser la table. » Cette prudence contrastait alors avec les déclarations publiques de François Hollande, menaçant de suspendre les accords de libre-échange avec les États-Unis après les révélations du Spiegel et du Guardian sur l’espionnage par les États-Unis des institutions européennes et de plusieurs pays, dont l’Allemagne et la France.

Mais mardi soir, Paris a provoqué une crise diplomatique avec la Bolivie. La France et le Portugal ont en effet interdit le survol de leur territoire à l'avion du président Evo Morales à son retour de Moscou. En cause : une rumeur selon laquelle Edward Snowden, le consultant américain à l'origine du scandale d'espionnage de la NSA, serait à bord. Les Boliviens sont furieux. En témoignent les violences qui ont eu lieu mercredi devant l'ambassade de France à La Paz.

« La France et le Portugal ont prétexté des problèmes techniques mais après avoir eu des explications des autorités, nous avons découvert qu'il semblait y avoir une rumeur infondée sur la présence de M. Snowden à bord de l'avion, a expliqué le ministre des affaires étrangères bolivien David Choquehuanca. Nous ne savons pas qui a inventé ce mensonge. » Pour le ministre de la défense, Ruben Saavedra, « il s'agit d'un acte hostile des États-Unis qui ont manipulé divers gouvernements européens ».

Faute de pouvoir traverser le ciel français, l'avion a dû atterrir à Vienne, où les autorités autrichiennes n'ont pas trouvé trace d'Edward Snowden. Paris et Lisbonne ont finalement donné dans la nuit leur autorisation de survol. La France s’est pour l’instant refusée de livrer la moindre explication. Mais en fin de journée, le quai d'Orsay a publié un commmuniqué pour exprimer des « regrets ». À gauche, EELV et le Front de gauche ont protesté.

Réclamé par les États-Unis, l’ancien collaborateur de l’agence américaine de renseignement, la NSA, est bloqué depuis plus d’une semaine dans l’aéroport de Moscou, et il a déposé plusieurs demandes d’asile, dont une en France – une demande que le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius affirme n’avoir pas reçue. Officiellement, c’est à l’Ofpra, l’Office française de protection des réfugiés et apatrides, d’instruire le dossier. Mais « je ne vois pas comment on va lui accorder l’asile ! » estime un ministre, en off.

La France n’est en effet pas prête à (ou pas en mesure de) entrer dans une confrontation directe avec les États-Unis. « On doit réagir aux révélations d’espionnage parce qu’il y a des articles de presse. Mais notre marge de manœuvre est très étroite. On n’a pas de rapport de force », décrypte un diplomate français.

À Paris, plusieurs officiels reconnaissent aussi, sous couvert d’anonymat, que les révélations permises par Snowden ne sont pas une surprise. L’affaire des micros lors des conseils européens avait déjà été révélée et la Commission européenne est réputée être « une passoire ». La France a aussi été victime d’autres attaques, comme celle qui avait ciblé les messageries de Bercy – à l’époque, c’est la Chine qui avait été soupçonnée. Et rien ne dit que Paris n’espionne pas certaines chancelleries.

« Dans les années 1980, régulièrement, des diplomates étaient accusés d’être des espions russes. Ils étaient expulsés et puis, en face, une poignée de Français étaient à leur tour identifiés et renvoyés. Cela faisait un partout et on oubliait ! » se souvient un ancien haut fonctionnaire. La différence, c’est que l’espionnage se passe cette fois entre alliés... D’où la réaction de François Hollande, dont la fermeté a lundi pris de court certains de ses conseillers.

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Toutes les personnes citées ont été interrogées lundi et mardi. Elles ont préféré rester anonyme.