Venezuela: principal ennemi du chavisme, Leopoldo López revient au premier plan

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Libéré le 30 avril de son assignation à domicile par des militaires « pro-Guaidó », le mentor de l'opposant principal à Nicolás Maduro joue un rôle prépondérant dans l’offensive contre le gouvernement socialiste. Leopoldo López est lui demeuré fidèle à sa stratégie politique antichaviste : pousser le gouvernement vers la « sortie ».

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Les micros se pressent, les smartphones se tendent, les journalistes se disputent les questions… Depuis sa libération le 30 avril par des militaires « pro-Guaidó » de son assignation à résidence, le plus célèbre des prisonniers politiques vénézuéliens est de nouveau sous le feu des projecteurs. Leopoldo López poursuit désormais à visage découvert sa lutte contre le gouvernement socialiste de Nicolás Maduro. « Il va venir plus de mouvements du secteur militaire, pronostique-t-il lors d'une conférence de presse jeudi 2 mai. Cette dictature va s’achever. »

Alors que les partisans de l'opposant vénézuélien Juan Guaido marchent à nouveau ce samedi vers les casernes de Caracas pour exhorter une nouvelle fois l'armée à lâcher le président Nicolas Maduro, quatre jours après l'échec d'une première tentative de soulèvement militaire, le ton est donné. Depuis la cour de la résidence de l’ambassadeur espagnol où il s’est réfugié avec sa famille, Leopoldo López renoue avec ses thèmes préférés : l’encouragement à la lutte frontale contre le chavisme, les appels à ne pas se « fatiguer », l’invocation d’une fin proche.

De quoi replonger cinq ans en arrière, quand le dirigeant du parti Voluntad Popular menait le mouvement « La Salida » contre Nicolas Maduro, cette série de manifestations qui avait pour objectif de pousser le président vers la « sortie » et qui s’est soldée par quarante-trois morts (lire nos reportages d’alors ici et ici). Personnage central de ce mouvement, le 18 février 2014, il se rendait lui-même aux forces de l’ordre accompagné de milliers de sympathisants et théâtralisait ainsi lui-même son arrestation.

Accusé d’incitation à la violence, il écopait en 2015 de 13 ans, 9 mois, 7 jours et 12 heures de prison, après un procès inéquitable. Soixante-quatre des soixante-cinq témoins appelés par la défense ont été rejetés, alors que l’accusation pouvait faire témoigner cent huit personnes. Après avoir purgé une partie de sa peine dans la prison militaire de Ramo Verde, il a été placé en résidence surveillée 2017.

L'arrestation de Leopoldo López à Caracas, le 18 février 2014. © REUTERS/Jorge Silva L'arrestation de Leopoldo López à Caracas, le 18 février 2014. © REUTERS/Jorge Silva

L'annonce de la libération de Leopoldo López est intervenue au petit matin du 30 avril, au moment même du lancement de la dernière phase de l’« Opération liberté », qui doit mener à la fin de l’« usurpation ». Comme pour parrainer l’appel de son protégé, il se tenait derrière Juan Guaidó, le regard tourné vers la caméra, lorsque celui-ci assurait que des militaires avait « saisi son appel » et enjoignait la population à manifester. Au cri de « Tous à la rue ! », Leopoldo López a lui-même participé à la mobilisation avant de se réfugier dans la résidence de la mission diplomatique du Chili, puis à l’ambassade espagnole.

Le lendemain, la pression sur le gouvernement se poursuivait avec de vastes manifestations et Juan Guaidó qui promettait une future grève générale. Le gouvernement, qui dénonce une tentative de « coup d’État », a réprimé avec violence la nouvelle offensive de l’opposition. Les deux journées se sont soldées par quatre morts. Malgré cet échec et ce bilan sanglant, Leopoldo López demeure ferme et optimiste : « L’effondrement a commencé et croyez-moi la fissure qui s’est ouverte le 30 avril va se transformer en faille et brisera le barrage. »

Le gouvernement socialiste ne compte pas lui laisser les mains libres pour organiser sa chute. Un tribunal de Caracas a révoqué son assignation à résidence et a délivré un mandat d’arrêt au Sebin (Service bolivarien d’intelligence national).

L’homme athlétique, au sourire brillant, efface presque Juan Guaidó. Leopoldo López est son mentor, le fondateur et dirigeant de son parti : Voluntad Popular. Peu de jours après que Juan Guaidó se fut proclamé président, la députée et membre de l’équipe nationale de Voluntad Popular, Adriana Pichardo, prévenait que dans l’hypothèse de l’organisation de nouvelles élections libres, Leopoldo López serait le candidat naturel.

Ce 2 mai, le dirigeant du parti d’opposition a démontré qu'il n’a jamais lâché les rênes et menait les opérations depuis chez lui. « Je me suis réuni avec des commandants, des généraux et des représentants des différentes forces policières trois semaines avant le 30 avril », a-t-il assuré pour prouver que le régime est prêt à tomber. Il a poursuivi en informant qu’il a eu des « des conversations avec les gouvernements du monde entier ». Leopoldo López est l’homme-orchestre des opérations. Pour l’historien vénézuélien Alejandro Velasco, « il fait peu de doute que si c’est bien Juan Guaidó qui prend les décisions, il est conseillé par Leopoldo López ».

C’est lui, aussi, qui possède les relations à l’international. Celui qui a poursuivi sa scolarité à l’internat privé de la Hun School de Princeton dans le New Jersey, a obtenu une licence en sociologie et sciences économiques au Kenyon College à Gambier dans l’Ohio et un master de politiques publiques à Harvard, a un carnet d’adresses à l’étranger plus prestigieux que l’ingénieur de formation Juan Guaidó à l’anglais plus hésitant et qui n’a que rarement quitté le Venezuela.

Son épouse, la championne de kitesurf Lilian Tintori a d’ailleurs été reçue par par Donald Trump dès février 2017. Leopoldo López peut aussi compter sur les membres de son parti qui ont fui à l’étranger pour porter sa parole et faciliter le soutien de puissances étrangères comme Carlos Vecchio et David Smolansky aux États-Unis. Aujourd’hui, la reconnaissance comme président de Juan Guaidó par une cinquantaine de pays est un des principaux éléments de pression sur Maduro.

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