Face à Daech, les minorités religieuses prises en otage par le régime syrien

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En Syrie, Daech a attaqué ces derniers mois plusieurs localités habitées par des minorités religieuses, assyriennes, ismaéliennes ou druzes, dans différentes régions du pays. Contrairement à la propagande officielle selon laquelle le régime syrien serait le meilleur rempart contre Daech, ces minorités dénoncent la passivité, voire la complicité du régime de Bashar al-Assad dans ces attaques.

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Beyrouth (Liban), de notre correspondante.- « Nous sommes obligés, dans certaines circonstances, d’abandonner certaines régions pour transporter nos troupes vers la région à laquelle nous sommes attachés. » Cet aveu de faiblesse, prononcé par Bachar al-Assad le 26 juillet à Damas, fait cruellement écho au sort des Assyriens du Khabour. Ce chapelet de 34 villages chrétiens implanté sur les rives du fleuve éponyme, au nord-est de la Syrie, dans la région de Hassakeh, a fait les frais d'une attaque éclair de Daech le 23 février dernier. En quelques heures, 250 civils y ont été kidnappés, dont une poignée seulement a été libérée depuis. Alors même que beaucoup soutiennent Bachar al-Assad depuis 2011, un fort sentiment d'abandon domine désormais les rescapés. Un état d'esprit nourri par une évidence : à aucun moment, le jour de l'attaque comme durant les deux années qui l'ont précédée, l'armée syrienne ne leur a porté secours contre Daech. « Avant, il y avait un petit poste militaire dans chaque village mais en 2012, l'armée s'est retirée de tout le Khabour pour rapatrier ses troupes dans la ville de Hassakeh », se souvient Adib, habitant de Tal Maghada, aujourd'hui réfugié à Sed Al-Bauchrieh, quartier assyrien de la banlieue de Beyrouth, au Liban. En 2013, avec l'éviction du groupe rebelle d'Ansar al-Charia par Daech dans les environs du Khabour, les exactions contre les habitants, déjà existantes, se sont multipliées. L'établissement d'un check-point sur la rive sud du fleuve obligeait les habitants à le traverser pour se rendre à Hassakeh : les kidnappings crapuleux étaient monnaie courante. Si l'attaque du 23 février a surpris par son ampleur, les signes avant-coureurs ont été nombreux. Une semaine plus tôt, Daech avait déboulé dans le village de Tal Hormidz, y avait cassé la croix de l'église et imposé aux femmes de porter le niqab. Elles avaient alors jugé plus prudent de migrer vers un village voisin. Les habitants de Tal Masri, un autre village du Khabour, avaient aussi reçu des appels des djihadistes les menaçant d'une attaque imminente.