Grèce : les aveux calculés du FMI

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Mauvaise évaluation des politiques d’austérité, récession et chômage pires que prévu… le FMI reconnaît que la gestion de la crise grecque est un échec. Mais l’institution jette aussi un pavé dans la mare : les banques ont profité de cette période pour transférer la dette grecque aux Européens.

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Tout faux ou presque. C’est le constat qui s’impose après la lecture du rapport interne du FMI, publié le 5 juin, sur la politique imposée à la Grèce depuis le début de la crise euro. Rarement une institution internationale se sera livrée à un exercice d’autocritique aussi décapant. Le seul vrai résultat que le FMI reconnaît dans la gestion des trois années de crise, c’est que la Grèce est restée dans la zone euro.

Pour le reste, aucun objectif n’est atteint, à en croire le rapport. « Il y a eu des échecs notables. La confiance des marchés n’est pas revenue, le système bancaire a perdu 30 % de ses dépôts, et l’économie subit une récession bien plus profonde que prévu avec un taux de chômage exceptionnellement élevé. La dette publique reste trop haute et devra éventuellement être restructurée », écrit le rapport en préambule. « La crise et la récession ont eu de terribles conséquences pour la Grèce en terme de chômage et ont provoqué un malaise grandissant dans la société, les partis extrêmes gagnant de plus en plus d’influence », conclut-il.

Ce constat est bien éloigné de celui dressé par la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, elle-même ou par les autorités européennes, qui ne cessent de répéter en boucle depuis quelques semaines que la Grèce est sur la voie du redressement et que le pire est passé. Une façon de se persuader et surtout de persuader les Européens qu’ils ne se sont pas trompés.  

Evolution du PIB de la Grèce avec les différentes révisions des prévisions © FMI Evolution du PIB de la Grèce avec les différentes révisions des prévisions © FMI

D’où leur vient une telle assurance ? À lire les chiffres du rapport, une évidence s’impose : l’Europe et le FMI ont constamment été dans l’erreur depuis le début. La Grèce signe une déroute intellectuelle, politique, économique européenne sans précédent. Elle a été le cobaye des dogmes et des a priori de l’Europe, de la Banque centrale européenne et du FMI, qui ont piloté les différents plans de sauvetage du pays par le biais de la Troïka. Elle en paie un prix social et économique exorbitant. Le pays va en avoir pour des années pour se remettre de cette destruction menée au nom de l’euro, et qui avait été prédite par nombre d’économistes, atterrés ou non.

Les programmes d’austérité et d’ajustement fiscal et budgétaire s’imposaient, compte tenu de la situation financière et économique de la Grèce, insiste le rapport. « Une profonde récession était inévitable », ajoute-t-il. Pourtant, tout en s’accrochant à leurs analyses et leurs dogmes, les rapporteurs sont bien obligés de reconnaître que la réalité ne s’est pas conformée à leur théorie. 

Ils rappellent leurs prévisions du début et les comparent aux résultats actuels. L’effet est dévastateur. « Les révisions des données compliquent les comparaisons, mais le PIB réel en 2012 était inférieur de 17 % à celui de 2009, alors qu’il était prévu seulement une baisse de 5,5 % dans le premier programme. » La Troïka a manifestement eu du mal à admettre le dérapage par rapport à la trajectoire prévue : « Les prévisions de croissance de départ ont été maintenues jusqu’à la cinquième révision (en décembre 2011) et ont été alors révisées, la reprise étant reportée à 2014. » Mais faut-il croire à cette nouvelle prévision ?

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