Christophe Dubois: «La France se rend complice du régime algérien»

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François Hollande sera à Alger le 15 juin pour la deuxième fois depuis son élection en mai 2012. Les journalistes Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet ont enquêté sur les relations diplomatiques, sécuritaires et affairistes entre les deux pays.

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Christophe Dubois, Paris Alger - une histoire passionnelle © Mediapart

Ce sera la deuxième visite en trois ans. Rarement un président français aura marqué autant d’égards vis-à-vis de l’Algérie. Le 15 juin, François Hollande se rend à Alger à l’invitation du président Abdelaziz Bouteflika. Une « visite de travail », a expliqué l’Élysée. En décembre 2012, il avait déjà fait le voyage pour une visite d’État de deux jours. Cette fois, pas de mise en scène spectaculaire ni de grand discours devant l’Assemblée nationale. Il n’empêche, l’entretien prévu entre les deux chefs d’État est une nouvelle preuve de l’étroitesse des relations entre les deux pays et du soutien que la France continue de manifester à un régime à bout de souffle, incarné par un président très affaibli par la maladie.

Dans Paris Alger, une histoire passionnelle (Stock 2015), les journalistes Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet décryptent les relations franco-algériennes sous tous leurs aspects. Si les premiers chapitres historiques n’apportent rien de neuf par rapport à la littérature existante, ceux consacrés aux relations diplomatiques, sécuritaires et économiques éclairent la complicité française vis-à-vis du « système » algérien. Une « fiction » où le pouvoir se partage, de façon totalement obscure, entre la présidence (élargie à la famille Bouteflika), l’armée et les services de renseignement (le puissant DRS), pour maintenir un « régime rétrograde et totalitaire ».

« En entretenant la fiction du pouvoir algérien, [la France] lui donne une légitimité qu’elle ne mérite pas, écrivent les auteurs. Le Système est arrivé à bout de souffle. Le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika est de loin le plus poussif, celui de trop. Une comédie désolante. La France a laissé faire. Trop besoin de l’Algérie, de son soutien militaire, de ses marchés potentiels et (en partie) de son énergie. »

Dubois et Tabet rappellent également la coopération méconnue en matière de maintien de l’ordre, la fameuse « gestion démocratique des foules », ou l’importance de la lutte contre le terrorisme. Ils racontent l’énergie mise par François Hollande pour convaincre l’Internationale socialiste d'accepter l’adhésion du FLN. Mais aussi les relations d’affaires, voire affairistes entre les deux pays, et les acquisitions douteuses de biens immobiliers à Paris par de nombreux dignitaires algériens.

Ce sont d’ailleurs ces révélations qui ont provoqué une polémique en Algérie. Une émission de télévision satirique, “El Djazaïria Week-end”, a eu le malheur d’évoquer l’achat en 2007 par la fille du premier ministre algérien Abdelmalek Sellal d’un appartement sur les Champs-Élysées. En avril, l’émission a été « suspendue » à la demande des autorités.

Quant aux auteurs du livre, ils n’ont jamais obtenu leur visa pour l’Algérie : déposée en mai 2014, la demande est restée lettre morte jusqu’à ce que l’un d’eux décroche un rendez-vous avec l’ambassadeur à Paris, en début d’année 2015. « Dans une ambiance peu amicale », Amar Bendjama finit par lâcher : « Faites votre livre. Il sera mauvais pour nous, mais au moins nous n’y aurons pas participé. »

Paris Alger, une histoire passionnelle
Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet

Stock, 2015, 20,50 euros

 

 

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