Brexit: à Strasbourg, les élus britanniques font souvent bande à part

Comment votent les Britanniques au parlement européen ? De la directive « secret des affaires » aux résolutions sur le libre-échange, Mediapart a passé au peigne fin quatre des votes clés du mandat en cours.

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Si les Britanniques décident de sortir de l’UE le 23 juin, le parlement de Strasbourg comptera 73 élus en moins, à partir du prochain mandat en 2019 (sur un total actuel de 751). Sur les huit groupes politiques qui structurent la vie de l’hémicycle, deux d'entre eux risquent de mettre la clé sous la porte. Le troisième plus important aujourd’hui, l’ECR, emmené par les conservateurs britanniques (aux côtés des Polonais de Droit et Justice, le PiS, et des indépendantistes flamands de la N-VA), tout comme l’ELDD, septième formation composée, notamment, des élus anti-UE du UKIP de Nigel Farage (associés aux élus italiens du Mouvement Cinq-Étoiles), ont de fortes chances de disparaître.

Mais la fin de ces deux collectifs n’entraînerait pas pour autant un séisme politique à Strasbourg, puisque les équilibres politiques sont structurés par une « grande coalition » ultra-majoritaire entre les deux premiers groupes du parlement (la droite du PPE et les sociaux-démocrates de S&D). Les Britanniques sont presque totalement absents de cette « grande coalition » (à l’exception des 20 élus du Labour) et il est rare que la délégation britannique soit décisive sur des votes en séance plénière… Comment se comportent les élus britanniques à Strasbourg ? Au-delà des appartenances partisanes, ont-ils une approche commune des questions européennes ? Tentative de réponse, à partir de quatre votes importants depuis 2014 à Bruxelles ou Strasbourg :

  • L'embargo sur les ventes d'armes à l'Arabie saoudite (février 2016)
  • Les négociations de libre-échange avec les États-Unis (juillet 2015)
  • La directive « secret des affaires » (avril 2016)
  • La transparence financière des multinationales (juillet 2015)

Cet amendement a été adopté au détour d’une résolution sur la crise humanitaire au Yémen, en février 2016. Il exige un embargo des pays de l’UE sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite (Riyad est entré dans le conflit au Yémen depuis mars 2015). Même s’il est dénué de toute implication législative, ce vote (359 pour, 212 contre) constituait une claque pour l’Élysée, qui ne cache pas sa proximité avec le régime saoudien (lire notre article).

Comme le montre le graphique ci-dessus, la délégation britannique était elle aussi gênée aux entournures. Les Britanniques se sont massivement abstenus, ou n'ont pas souhaité prendre part au vote (60 %, contre 14 % pour l’hémicycle dans sa totalité). Une partie des élus était certes absente de Bruxelles (21 en tout), mais beaucoup de présents ont aussi préféré ne pas prendre part à ce vote délicat. Treize d'entre eux se sont abstenus. Dix autres, eux aussi présents dans l'hémicycle, ont quitté leur siège au moment du vote… D'où vient cet embarras ? Comme Paris, Londres vend des armes à Riyad et les enjeux financiers sont énormes. Le lobbying de Riyad, dans la dernière ligne droite, était intense.

Des élus britanniques estiment aussi, sans doute, qu’il n’est pas de la compétence de l’UE d’intervenir sur la question des ventes d’armes, compétence régalienne par excellence. Enfin, l’armée britannique mène des missions secrètes au Yémen, aux côtés des États-Unis, selon des enquêtes de la presse anglo-saxonne publiées début 2016 (dont cet article de Vice) – ce qui peut expliquer, aussi, l’embarras d’une majorité des élus britanniques sur ce vote. Ironie de la situation : c’est un député travailliste britannique, Richard Howitt, qui a déposé le sulfureux amendement…

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