Notre dossier: Mali, guerre et crises Note de veille

Mali : PS et UMP unis, une partie de la gauche s’interroge

L’intervention militaire lancée vendredi par François Hollande est soutenue par la majorité des partis français. Mais les écologistes sont plus prudents et le Front de gauche s’interroge sur le mandat international de l’Onu et l’absence de consultation du parlement.

Lénaïg Bredoux

12 janvier 2013 à 15h53

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Ce n’est pas tout à fait l’union sacrée mais presque. La plupart des dirigeants politiques ont soutenu l’intervention militaire française au Mali, lancée vendredi par François Hollande et baptisée « Serval », du nom d’un félin africain. Mais certaines voix à gauche s’interrogent sur la légitimité du mandat de l’Onu, sur l’absence de consultation préalable du Parlement et sur les objectifs poursuivis par la France. Autant de questions qui ne manqueront pas d’être ravivées si le bilan s’alourdit dans les prochaines heures.

Samedi, l’Élysée a confirmé la mort d’un premier soldat français au Mali. Selon le ministère de la défense, il a été tué par le tir d’arme légère d’un combattant islamiste alors qu’il se trouvait dans un hélicoptère Gazelle. Ce raid, mené vers 16 heures vendredi, a permis, selon le ministère, « la destruction de plusieurs unités » terroristes et « stoppé leur progression ». L’opération a été déclenchée dans la journée de vendredi pour empêcher, selon la France, la progression des groupes islamistes implantés dans le nord du Mali entamée en début de semaine. Parallèlement, un commando de la DGSE a tenté de libérer l’otage français détenu en Somalie. En vain : le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a indiqué samedi matin que l'otage avait vraisemblablement été tué, qu’un soldat français était mort et qu’un deuxième était porté disparu.

Sur le Mali, le PS et les principaux partis d’opposition ont apporté leur soutien à François Hollande. « Il était grand temps d'agir (pour) entraver l'établissement d'un État narcoterroriste », a déclaré Jean-François Copé dans un communiqué. Pour le président de l’UMP, « l'intervention de l'armée française se fait dans une parfaite légalité internationale. La France se montre fidèle à ses valeurs universelles, celles-là mêmes qui ont justifié l'intervention en Afghanistan contre l'extrémisme, le fanatisme, le terrorisme et en faveur de la paix et de la sécurité internationales ». Quant à l’ancien premier ministre François Fillon, il juge que « la lutte contre le terrorisme exige l'unité de la nation au-delà des clivages partisans », de même que la députée Nathalie Kosciusko-Morizet, qui en appelle « à l'unité nationale derrière notre armée ».

Même le Front national a jugé vendredi « légitime » l’engagement de l’armée française. Il en a toutefois profité pour dénoncer la politique française en Libye et en Syrie où, dixit Marine Le Pen, « les gouvernements français ont contribué à faire le lit des islamistes ».

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C’est surtout à gauche que des interrogations se font jour. Si le parti socialiste justifie sans condition l’intervention militaire – Harlem Désir parle de « décision courageuse pour porter secours à un peuple ami » –, les écologistes et le Front de gauche sont plus prudents. Europe Écologie-Les Verts a ainsi « pris acte de la décision du président de la République » dans un communiqué publié samedi. Le mouvement juge, comme le gouvernement, qu’elle s’inscrit « dans le cadre du droit international », mais il regrette que « le Parlement n’ait pas été consulté en amont de cette décision », et « souhaite que l’opération engagée par la France soit strictement limitée dans le temps ». Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a indiqué samedi (voir vidéo ci-dessus) qu’il recevra lundi les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ainsi que les présidents des commissions compétentes et ceux des groupes parlementaires. Il avait déjà appelé vendredi les responsables politiques. Des auditions en commission sont également prévues mardi.

La légalité internationale

Noël Mamère © DR

Pas suffisant pour le député écologiste Noël Mamère. « Si on ne peut être que d’accord pour mettre un coup d'arrêt à la progression d'Aqmi, qui développe des idées fascisantes, on ne peut que s'étonner que le président de la République reproduise les mêmes méthodes que son prédécesseur en ne saisissant le Parlement qu'une fois les opérations lancées », a-t-il estimé. En 2011, la gauche avait critiqué le choix de Nicolas Sarkozy de ne pas précéder le déclenchement de la guerre en Libye d’un vote au Parlement. « On a le triste sentiment de revenir aux méthodes anciennes de la Françafrique », a lancé Mamère. Mais son camarade François de Rugy, coprésident du groupe EELV à l’Assemblée nationale, a jugé sur Twitter « qu’on ne peut que soutenir l'intervention de la France pour mettre un coup d'arrêt à la tentative désintégration du Mali par terroristes Aqmi ».

Le Front de gauche s’est, lui aussi, ému de l’absence de consultation du Parlement. « En décider alors que les intérêts fondamentaux de la France ne sont pas en cause, selon le chef de l'État lui-même et alors que les troupes africaines sont engagées, est discutable. En décider seul, sans en saisir préalablement ni le gouvernement ni le Parlement, est condamnable », a dénoncé dès vendredi Jean-Luc Mélenchon.

Le Front de gauche s’interroge également sur la légitimité du mandat international de la France. François Hollande a pris soin de souligner à plusieurs reprises vendredi qu’il agissait dans « le cadre de la légalité internationale » : il considère que l’intervention française est permise par le chapitre 7 de la Charte de l’Onu, qui « permet au Conseil de sécurité d'utiliser la force face à une menace à la paix ou une agression » et par la résolution 2085 votée fin décembre de l’Onu, qui autorise une intervention militaire. Mais ce texte parlait du « déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA), pour une période initiale d'un an ». La France a cependant décidé d’intervenir avant sa mise en place, qui aurait pris plusieurs mois, après le lancement d’une offensive islamiste qui menace sur le sud du Mali et sa capitale, Bamako, et de la demande officielle d’aide formulée par le président malien par intérim.

Le PCF a ainsi indiqué dans un communiqué que « la réponse à la demande d'aide du président du Mali aurait dû s'inscrire dans le cadre d'une mission de l'ONU et de l'Union africaine, réalisée sous drapeau de l'ONU, par des forces maliennes et africaines, dans le strict respect de la Charte des Nations-Unies, dans les limites imposées par l'exigence de la souveraineté malienne ». Avant d’ajouter : « La France, ancienne puissance coloniale, ne peut apparaître comme voulant poursuivre les pratiques dominatrices de la “françafrique”. » Une rhétorique également avancée à l’extrême-gauche, par le NPA et Lutte ouvrière.

Paul Quilès © DR

Sur un autre ton, l’ancien ministre de la défense socialiste Paul Quilès a également indiqué sur son blog qu’il est « indispensable, de façon à éviter toute ambigüité, que le Conseil de sécurité donne un mandat explicite à la France, puisque, malgré les soutiens (verbaux) des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, et en l’absence regrettable de l’Union Européenne, la France risque de se retrouver seule à faire face à une situation particulièrement complexe ». Il demande aussi à ce que soient clarifiés les objectifs de l’intervention, entre « l’intégrité de l’État malien, la sécurité des 6 000 ressortissants français, le sort de nos otages, la lutte contre le terrorisme islamiste ». « Espérons que cette opération sera efficace, mais il faudra que l’on précise bien lequel ou lesquels des quatre problèmes que j’évoquais en commençant elle est censée résoudre », écrit Quilès. À défaut, dénonce le PCF, « l'intervention militaire française comporte de grands risques de guerre et d'enlisement sans véritable solution durable pour le peuple malien et pour la reconstruction du pays ».

Samedi, le ministre de la défense a parlé de « trois grands objectifs » : « arrêter l’offensive en cours des groupes terroristes et djihadistes ; empêcher ces groupes de nuire plus avant et de mettre en péril la stabilité du Mali ; sécuriser nos ressortissants et ceux de nos partenaires, en particulier de nos partenaires européens. » Il a également affirmé que cette opération durera « aussi longtemps que nécessaire ».

Lénaïg Bredoux


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