En Ukraine, la guerre des clochers orthodoxes est déclenchée

Par Sébastien Gobert

Plus de trois mois après que le Synode œcuménique orthodoxe de Constantinople a reconnu l’indépendance de l’Église ukrainienne vis-à-vis du Patriarcat moscovite, plus de 120 clochers ont déclaré vouloir se rattacher à l’Église d’Ukraine. Reportage au sud de Kiev.

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Okhmativ (Ukraine), envoyé spécial.– Penché sur l’autel, le célébrant égrène de sa voix chantante les prières rituelles. Comme tout prêtre orthodoxe, il associe sa hiérarchie à sa communion spirituelle, en l’occurrence le métropolite Épiphane de Kiev et de toute l’Ukraine. Dans la salle, de l’autre côté des portes saintes, un chœur de paroissiennes âgées lui répond par un chant enjoué. Ce 13 janvier à Okhmativ, à environ 150 kilomètres au sud de Kiev, c’est l’une des premières messes où le prêtre Ihor Havriliouk ne mentionne pas le patriarche Kyrill (Cyrille) de Moscou, primat de l’Église orthodoxe russe.

« Notre communauté a couvé ce changement depuis longtemps, commente Ihor Havriliouk. Une fois que le Tomos d’autocéphalie, c’est-à-dire la déclaration d’indépendance, a été accordé à la nouvelle Église orthodoxe d’Ukraine, le 6 janvier à Istanbul, nous avons procédé aux formalités administratives pour quitter l’Église russe. » L’initiative est vécue comme un événement historique, alors que c’est à Kiev que le monde slave oriental avait rejoint la chrétienté, en 988.