Hillary Clinton, de convictions en compromis

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Femme de président, sénatrice, candidate malheureuse aux présidentielles de 2008, secrétaire d’État respectée sous Obama… Les casquettes d’Hillary Clinton ont été si nombreuses qu’il est difficile de résumer le positionnement politique de la (presque) candidate démocrate aux élections présidentielles américaines de 2016. Retour sur un parcours glissant vers le centre.

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New York (Etats-Unis), de notre correspondante. - Sa candidature est annoncée pour ce dimanche, ne serait-ce que sous la pression de la presse américaine révélant chaque jour ou presque un nouveau scoop en provenance de la « planète Hillary » comme est surnommée la bulle dans laquelle évoluent Hillary Clinton et ses conseillers. Nous apprenions ainsi récemment que le quartier général de sa campagne serait installé à Brooklyn, New York. Ces bureaux sont précisément situés à l’intersection de rues Tillary et Clinton (ce n’est pas une blague), dans un building étiqueté « Modern offices, Brooklyn Cool ».

C’est sûrement l’effet recherché : s’installer dans un quartier aujourd’hui considéré comme le baromètre du « cool » afin de lancer une campagne jeune et dynamique. Quelque chose se situant donc à des années-lumière de l’image guindée associée à la banlieue chic de Chappaqua, au nord de New York, où les Clinton ont élu domicile en 2000, afin de préparer la première campagne d’Hillary pour le siège de sénatrice de l’État.

Pour cultiver cette image liftée, Hillary Clinton sera notamment entourée de sa fidèle chef d’équipe, Huma Abedin, 39 ans, qu'elle considère comme sa « seconde fille », et très certainement de sa fille unique Chelsea, 35 ans. Il sera intéressant d’observer le rôle public laissé à Bill Clinton, 68 ans, dans cette organisation.

Mais quid de son message ? Qu’elle ait envie de se présenter, cela ne fait plus aucun doute, note ainsi le journal Politico, mais pour dire et défendre quoi ? « Pour le moment, sa vision n’a pas encore été clairement formulée », analyse Jonathan Allen, co-auteur de HRC: State Secrets and the rebirth of Hillary Clinton, ouvrage analysant la renaissance d’Hillary après sa défaite de 2008. Le journaliste estime qu’en 2008, sa vision pour les États-Unis n’était pas non plus très claire. « Elle n’est pas bonne en campagne », tranche-t-il.

« Hillary Clinton est avant tout une pragmatique », résume Rebecca Traister, auteur de Big Girls don’t cry et journaliste spécialiste des questions féministes. Une politicienne préférant la quête de solutions au débat d’idées, l’efficacité à la doctrine. C’est une démocrate de la trempe Clinton, s’inscrivant parfaitement dans le courant des « nouveaux démocrates » qui émergea sous la présidence de Bill et domine aujourd’hui le parti. Ceux-ci se remarquent par leur glissement au centre, au point qu’il est difficile voire impossible de les distinguer de l’establishment républicain sur les questions économiques. 

Hillary Clinton lors d'un discours en 2011. © State Department Hillary Clinton lors d'un discours en 2011. © State Department

« C’est une femme politique libérale sur des questions sociales, qui a su se montrer progressiste sur certaines questions économiques, et plutôt conservatrice voire va-t-en-guerre en matière de politique étrangère », analyse Rebecca Traister. Personne n’a oublié qu’en 2002, elle fit partie du contingent de sénateurs démocrates qui vota en faveur de l’intervention militaire en Irak défendue par l’administration Bush.

Si elle fut une secrétaire d’État très respectée sous Barack Obama (de 2009 à 2013), elle ne disposait pas d’une très grande marge de manœuvre, la prise de décision étant concentrée entre les mains du président et de ses proches conseillers. Elle s’est plutôt illustrée par sa capacité à respecter sans broncher les choix d’Obama en matière de politique étrangère. Ce qu’elle continue de faire. Sur les négociations avec l’Iran, si elle a d’abord eu tendance à se montrer sceptique, elle applaudit désormais – quoique discrètement – aux avancées de la diplomatie.

Que va donc incarner l’Hillary Clinton version 2015-2016 ? Ce sera sans aucun doute une candidate insistant sur son identité de femme pouvant faire l’histoire en devenant la première présidente jamais élue aux États-Unis. Car s’il y a bien une chose qu’elle semble avoir retenue de sa défaite de 2008 et de l’efficacité de la campagne d’Obama, n’y allant pas de main morte sur le projet d’une Amérique post-raciale, c’est cet impératif-là. 

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