Ces Russes en exil face à un pays qui leur échappe

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Ils ont quitté la Russie cette dernière année, menacés par le pouvoir, ou s'en sont éloignés il y a plus longtemps, pour diverses raisons. Aujourd'hui, alors que la crise ukrainienne a radicalisé le récit national russe, aucun d'entre eux ne peut imaginer retourner vivre dans son pays natal. Témoignages de Russes en France qui peinent, aujourd'hui, à échanger avec leurs proches abreuvés de propagande.

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Anastasia Kirilenko est arrivée à Paris le 28 juillet 2014. Ce n'est pas la première fois que cette journaliste visite la capitale française, où elle avait déjà travaillé en 2006. Mais cette fois-ci, elle est là pour rester. Cela fait longtemps que cette parfaite francophone l'avait envisagé et mettait de l'argent de côté pour pouvoir partir… Et puis, la crise ukrainienne a tout accéléré. Anastasia s'est sentie de plus en plus isolée, ne fréquentant plus qu'un petit cercle d'amis qui partageaient les mêmes points de vue, les discussions avec ses proches devenant… « compliquées ». « Je ne peux m'imaginer fonder une famille dans ce contexte. Je ne veux pas faire un enfant qui baignerait dans cette propagande », lâche cette trentenaire qui s'est sentie attaquée au sein même de sa propre famille. « Tu es l'ennemie de la Russie », lui a lancé son cousin… « Pour lui, je suis la cinquième colonne, alors que je ne cherche même pas à imposer mes vues, à le convaincre de quoi que ce soit. Je lui ai simplement fait part de mon étonnement de ne voir aucun observateur indépendant lors du référendum sur la Crimée, ou encore de ce que j'avais vu de mes propres yeux à Donetsk en février, lorsque j'ai accompagné sur place un journaliste comme traductrice : ce que j'ai vu alors n'avait rien à voir avec la présentation qu'en ont faite les médias russes. Mais mon cousin passe à l'offensive tout de suite, il refuse de discuter. Quant à mon frère, il a applaudi à l’annexion de la Crimée alors qu'il n'y mettra jamais les pieds, il n'en a pas les moyens… »