Comment fonctionnerait une Ecosse indépendante?

Par Sébastien Martin

Le 18 septembre, les Écossais vont répondre à la question : « L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? » Après une soudaine percée du « oui », les sondages donnent les deux camps au coude à coude. Une sécession serait un acte historique. Explications en huit points.

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Glasgow, de notre envoyé spécial.   Panique à Westminster. Après de longs mois où personne ou presque dans la classe politique londonienne ne s’intéressait au référendum en Écosse, quasiment traité comme une question d’affaires étrangères, l’atterrissage a été brutal. Samedi 6 septembre, un premier sondage de YouGov a donné le « oui » à l’indépendance vainqueur, à 51 %, contre 49 % pour le « non ». Depuis, les autres sondages donnent les deux camps dans un mouchoir de poche, dans la marge d’erreur statistique. C’est un renversement de situation impressionnant, alors que le « oui » avait vingt points de retard il y a un an.

D’un coup, il semble tout à fait possible que les Écossais choisissent de quitter le Royaume-Uni le 18 septembre, lors du référendum où ils devront répondre à la question : « L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? » S’ils choisissent le « oui », ce serait historique. Ils mettraient fin aux Actes d’union signés il y a 307 ans entre les parlements écossais et anglais, qui ont posé les bases du Royaume-Uni.

Politiquement, l’onde de choc est violente. Mercredi, les questions au parlement ont été annulées. Le premier ministre David Cameron et le leader de l’opposition travailliste Ed Miliband sont partis faire campagne en Écosse. Gordon Brown, l’ancien premier ministre du Labour et lui-même écossais, est sorti de sa semi-retraite pour plaider la cause de l’union, avant une quarantaine de réunions publiques prévues en une semaine. John Major, autre ancien premier ministre, est aussi sorti de son silence. Tous promettent d’accorder de nouveaux pouvoirs au parlement écossais, dans une tentative de convaincre les derniers indécis.

Comment en est-on arrivé là ? Réponses pour comprendre ce tremblement de terre politique.

  • 1. Pourquoi y a-t-il un référendum en Écosse ?

En 1998, Tony Blair a lancé la « dévolution ». Un parlement et un gouvernement écossais ont été créés, avec des pouvoirs sur les affaires de santé, d’éducation, de transports, de culture… Le système électoral, une sorte de scrutin proportionnel, était fait pour qu’aucun parti politique n’obtienne de majorité absolue.

 Alex Salmond, premier ministre écossais et leader des indépendantistes. © Reuters Alex Salmond, premier ministre écossais et leader des indépendantistes. © Reuters

Pourtant, en 2011, l’actuel premier ministre Alex Salmond, leader des indépendantistes (Scottish National Party, SNP), a surpris tout le monde en remportant une majorité absolue. Pendant la campagne de 2011, il avait été peu question de l’indépendance. Le SNP était populaire pour son programme social-démocrate, offrant l’université gratuite pour tous et les médicaments sur ordonnance gratuits.

Néanmoins, après une telle victoire électorale, Alex Salmond n’avait d’autre choix que d’organiser un référendum sur la question qui est la raison d’être du SNP, l’indépendance. Le gouvernement de Londres a accepté que la consultation populaire soit organisée, et il s’engage à respecter le choix des électeurs. Le résultat du vote sera donc reconnu de tous.

  • 2. Pourquoi les indépendantistes veulent-ils se couper du Royaume-Uni ?

L’Écosse a toujours été une nation à part, personne ne le conteste. La situation n’a rien à voir avec un mouvement régional comme il peut y en avoir en Bretagne, par exemple. Historiquement, l’Écosse a rejoint l’Angleterre en 1707, partiellement sous la menace militaire anglaise. À l’époque, les arguments économiques avaient été primordiaux dans cette décision. Aujourd’hui encore, la « nation » (le terme est employé par les Anglais également) est profondément différente du reste du Royaume-Uni, historiquement, géographiquement, culturellement.

L’accent n’est pas le même. Les billets de banque sont à des effigies différentes (et regardés avec suspicion à Londres par les commerçants qui ne les reconnaissent pas). La musique est à part. Les traits écossais ne sont cependant pas que folkloriques. Politiquement, les Écossais sont beaucoup plus à gauche que les Anglais. La nation est un bastion travailliste, avec 41 députés labour sur 59. Surtout, il n’y a qu’un seul député conservateur. D’où la fameuse blague : « Il y a plus de pandas au zoo d’Édimbourg que de députés conservateurs en Écosse. »

Résultat, une rengaine constante au nord du mur d’Hadrien est que les Écossais n’ont élu ni Margaret Thatcher, ni John Major, ni David Cameron, trois premiers ministres tories au pouvoir vingt-deux ans ces trente-cinq dernières années.

Pour Alex Salmond, le référendum se passe donc au meilleur moment. Lui qui promet une politique sociale-démocrate peut jouer du rejet des conservateurs de Londres. D’autant que leur politique est particulièrement contestée : le plan d’austérité et les coupes contre les allocations sociales sont très mal accueillis en Écosse. La même chose est vraie – dans une moindre mesure – de l’euroscepticisme des Anglais. Les Écossais sont beaucoup plus pro-européens. Le parti europhobe du UKIP y a obtenu 10 % des voix lors des élections européennes, contre 27 % dans l’ensemble du pays. L’idée que le Royaume-Uni pourrait quitter l’UE pousse certains Écossais vers l’indépendance.

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Sébastien Martin est un journaliste indépendant basé à Londres. Il collabore régulièrement à Mediapart.