François Hollande redoute la victoire de Syriza en Grèce

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Voici l'intégralité de la retranscription de l'entretien donné par François Hollande à la chaîne de télévision grecque Mega Channel, communiquée par l'Élysée :

 

INTERVIEW DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

A MEGA CHANNEL

Paris – Jeudi 13 Juin 2012

Bonsoir Monsieur le président.

LE PRESIDENT – Bonsoir.

QUESTION  - Je voudrais vous remercier de cette interview et vous dire que c’est un grand honneur pour moi de vous accueillir aux actualités de 20 heures du Méga Channel.

Je commence par le programme grec qui est fondé sur quelques idées pour la récession, qui sont loin de la réalité.  20 % de récession totale en Grèce ces cinq dernières années. Quels sont les changements auxquels les Grecs peuvent espérer après une renégociation du mémorandum ? Est-ce qu’ils peuvent espérer un prolongement de la période d’ajustement budgétaire ? Est-ce qu’ils peuvent  espérer que les salaires et les pensions ne baissent plus et que l’Europe mette l’accent sur la croissance ?

LE PRESIDENT – Depuis que je suis élu président de la République française, j’ai mis la croissance comme la priorité de ce que doit être l’engagement européen. Nous aurons un conseil de tous les chefs d’Etat et de gouvernement à la fin du mois de juin et nous aurons des mesures pour la croissance qui doivent avoir des retombées  pour la Grèce si la Grèce elle-même choisit de rester dans la zone euro et de respecter ses engagements. Respecter les engagements qui ont été pris, cela ne veut pas dire rester dans la même situation et j’ai même notamment plaidé auprès de mes collègues, chefs d’Etat et de gouvernement pour que les fonds européens, les fonds structurels qui ne sont d’ailleurs pas utilisés, puissent l’être pour que la Grèce retrouve de la croissance.

QUESTION – Est-ce que vous pouvez spécifier cela. Il y a beaucoup de Grecs qui pensent que le pays ne risque pas de sortir de la zone Euro parce que ceci coûterait très cher à la zone Euro. Cela est vrai ou bien il y existe un danger et donc certains se préparent pour cette éventualité ?

LE PRESIDENT – Moi, je respecte le peuple grec. Il décidera ce qu’il voudra à l’occasion de l’élection du mois de juin, le 17. Je suis moi-même président de la République d’un pays qui va voter le même jour, la France. Donc, j’ai conscience que les électeurs doivent avoir la pleine souveraineté mais je dois les prévenir parce que c’est mon devoir, parce que je suis un ami de la Grèce, que si l’impression est donnée que les Grecs veulent s’éloigner des engagements qui ont été pris et abandonner toute la perspective de redressement alors il y aura des pays dans la zone Euro qui préféreront en terminer avec la présence de la Grèce dans la zone Euro. Je préfère le dire parce que c’est le langage de la vérité, moi, je ne suis pas sur cette position, je suis pour que la Grèce reste dans la zone Euro mais les Grecs doivent savoir que cela suppose qu’il y ait une relation de confiance.

QUESTION – Après les élections du mois de mai tout le parti politique grec parle d’une renégociation du mémorandum mais il y en a certains qui sont pour son annulation. Dans ce cas, l’aide financière serait interrompue ?

LE PRESIDENT – Moi, je ne veux pas faire pression, je ne suis pas un président de la France qui vient dire aux Grecs ce qu’ils ont à faire, je ne veux pas menacer car je ne crois pas que ce soit la bonne attitude mais autant il est possible et j’y veillerai comme président de la France d’apporter des fonds à la Grèce pour sa croissance,  pour l’amélioration de sa situation autant l’abandon pur et simple du mémorandum serait regardé par beaucoup de participants de la zone Euro comme une rupture.

QUESTION – Est-ce vrai ce que certains disent que les Européens se sont dépêchés de régler le problème espagnol afin de préparer l’Europe pour un accident grec ?

LE PRESIDENT – Non, ce n’est pas vrai. Il y a eu une urgence à traiter la question des banques espagnoles. Il y avait un risque très sérieux pour l’Espagne de ne plus pouvoir se financer. Vous voyez, ce n’était pas une situation qui ne concerne que la Grèce, cela peut concerner d’autres pays même si la situation est très différente mais il n’est pas vrai de laisser penser qu’il y aurait eu un soutien à l’Espagne pour mieux traiter le cas grec après, non. L’Europe, elle doit prendre les situations comme elles se présentent et intervenir dans un délai rapide ce qui a été fait à un moment pour la Grèce et ce qui a été fait dans un autre contexte pour l’Espagne.

QUESTION – Vous savez ce qu’ils disent en Grèce, ils disent qu’en Europe, il y a plusieurs politiciens qui parlent, expriment leurs idées sur le présent, le futur européen mais à la fin l’Europe fait ce qu’Angela MERKEL désire et ils disent çà en prenant en compte la période précédente en ayant en tête que Nicolas SARKOZY surtout à la fin était toujours d’accord avec Mme MERKEL. Comment cela va changer ?

LE PRESIDENT - Il y a d’abord eu un changement. Les Français ont voulu me porter à la présidence de la république. C’est fait. Il y a eu un second changement. J’ai fait en sorte que la croissance soit maintenant le thème sur lequel nous devons mettre les Européens autour de la table et prendre de nouveaux engagements. Il y a un troisième changement : c’est que la situation financière est devenue telle que nous devons aussi avoir des garanties pour les banques puissent être préservées et financées. Donc nous sommes déjà dans une autre étape. C’est ce que doivent comprendre les Grecs aussi. Ce ne sera pas simplement deux personnes qui en Europe s’arrangeront pour décider à la place des autres. Ce n’est pas vrai. Je ne sais pas si c’était vrai dans le passé, en tout cas ce ne sera pas vrai dans le futur.

QUESTION - ça c’est très important pour les pays les plus faibles. Mais l’Europe n’a pas d’accord sur les sujets sur la croissance. Tout le monde ne pense pas que la discipline budgétaire et la croissance doivent être sur le même côté du médaillon.

LE PRESIDENT - C’est vrai l’Europe a des gouvernements qui ne pensent pas la même chose sur ces sujets, de la croissance, de la discipline, du contrôle des banques, ou de la taxe sur les transactions financière ou des eurobonds. Il y a des différences. Mais c’est important que nous trouvions des compromis à la fin et je veillerai à ce qu’il y ait un compromis. Un compromis, cela suppose qu’il y ait du sérieux budgétaire. Dans mon propre pays, nous allons faire des choix qui vont nous permettre de retrouver l’équilibre des comptes publics parce que nous avons aussi une dette importante. Mais il y aura aussi des choix de croissance. D’ailleurs je dis cette chose tellement simple : s’il n’y a pas de croissance, et les Grecs en font l’expérience, il ne peut pas y avoir de réduction des déficits publics. Donc nous avons besoin d’être sérieux, disciplinés, mais en même temps, nous avons besoin d’avoir plus d’activité économique pour qu’il y ait plus de recettes fiscales, qui viennent ensuite abonder, améliorer les trésors publics de chacun des pays.

QUESTION Beaucoup de gens et pas seulement en Grèce croient que l’Allemagne veut créer une Europe à deux vitesses. Voyons l’image actuelle. Déjà trois pays dans un mémorandum, un autre pays Espagne, un mémorandum «light» comme ils disent. Peut-être demain matin, d’autres pays aussi un programme. Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous sommes devant la création d’une Europe de ceux qui prêtent et de ceux qui empruntent. Quelle est votre vision pour l’Europe ? Quel était la vision du Général de Gaulle qui parlait d’une Europe qui s’étend de la mer adriatique jusqu’aux montagnes de l’Oural ?

LE PRESIDENT – Il y a une Europe à 27. Elle n’a pas forcément les mêmes vitesses pour régler un certain nombre de problèmes ou de se mettre au niveau d’un certain nombre d’enjeux et je le comprends parfaitement la preuve, c’est qu’il y a d’abord une zone Euro et puis des pays qui ne sont pas dans la zone Euro. La France, la Grèce, nous sommes dans la zone Euro et donc nous devons nous, être solidaires les uns des autres, faire des efforts par rapport à nos devoirs de responsabilité mais il y a déjà une première union qui s’est constituée avec la zone Euro et moi je veux préserver la zone Euro. Les pays qui sont dans la zone Euro doivent pouvoir rester dans la zone Euro à condition de le vouloir et de le décider, c’est ce que vont faire les Grecs le 17.

QUESTION – Peut-être ça c’est le message pour le peuple grec ou voulez dire un autre mot encore ?

LE PRESIDENT – Non, moi je suis Français, ami des Grecs, je leur demande de me faire confiance. Je ne suis pas candidat, je ne suis que président de la République française, je n’ai rien à forcer de la part de ce que doit faire le peuple grec. Je n’ai rien à dire qui puisse l’influencer parce que ce ne serait pas ma conception du rapport avec la Grèce qui est un grand pays, qui est fier et qui n’attend pas d’être dirigé par d’autres que les Grecs. Donc, ce que je leur demande, c’est d’avoir confiance dans ce que nous pouvons faire ensemble, d’avoir aussi le souci de la vérité, c’est-à-dire de faire le choix qui leur paraîtra le meilleur et s’ils veulent rester dans la zone Euro, eh bien, de savoir que l’Europe leur viendra en soutien parce que c’est nécessaire et qu’en même temps des efforts sont à faire et dans la justice, ça a été mon programme en France. Des efforts sont nécessaires mais dans la justice que ce soit les plus favorisés, les plus riches qui paient l’effort qui est demandé.

QUESTION – Monsieur le président, je vous remercie énormément.

LE PRESIDENT – Merci à vous.

 

 

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Les citations de Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux affaires europénnes, ont été ajoutées après la publication de cet article, car il m'a rappelée, suite à mes demandes, dans la soirée de jeudi.