Aux assises, des pirates somaliens qui ont perdu leur boussole

Par Dorothée Thiénot

La cour d’assises de Paris a condamné sept pirates somaliens à des peines allant de 6 à 15 ans de prison pour l’attaque au large d'Aden d’un catamaran de croisière, le Tribal Kat. Mais ce procès a surtout montré le fossé entre deux mondes en décalage complet.

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Le 8 septembre 2011, Évelyne sort de sa sieste et propose un verre à son mari, Christian Colombo. Tout est calme, c’est une belle journée. Le couple navigue paisiblement au beau milieu du golfe d’Aden. Cela devait être la réalisation du rêve d’une vie, un voyage qui devait durer une dizaine d’années, pour se terminer sur les eaux chaudes et transparentes de Thaïlande. Parti de Toulon en 2009 pour un tour du monde, le couple Colombo, heureux en mariage depuis plus de vingt ans, quitte le port d’Aden et vogue vers Oman. Soudain, des coups de feu, et Évelyne a tout juste le temps d’écrire sur le journal de bord : « 16h15 - Christian est décédé. » Elle voit le corps sans vie de son mari, à genoux, « comme en prière », sur le pont. Neuf pirates prennent d’assaut le navire. Le corps de Christian est jeté à la mer, le catamaran, fruit d’années d’économies, pillé. Évelyne est retrouvée deux jours plus tard sur un skiff (un petit bateau à moteur), en direction des côtes somaliennes. Deux pirates la tiennent en joue. L’intervention des forces spéciales espagnoles mettra un terme à ces deux jours de terreur.