A Riga, le refuge d'un média russe indépendant

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C'est depuis la capitale de la Lettonie que les anciens du site russe lenta.ru ont lancé un nouveau média : Meduza. Comme eux, d'autres voix indépendantes en Russie font le choix de l'étranger depuis que les journalistes ont fait les frais, l'hiver dernier, d'une reprise en main par le Kremlin.

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Le vaste bureau sent le bois frais et le meuble neuf. Nous sommes dans d'anciens entrepôts réhabilités, à deux pas du gratte-ciel stalinien de l'Académie des sciences, dans le quartier de Maskavas Vorstate, le petit Moscou de Riga. Une équipe de journalistes russes s'active là depuis le mois d'octobre autour d'un nouveau site d'information, Meduza. La plupart sont des anciens de lenta.ru, dont la rédactrice en chef, Galina Timtchenko, a été limogée en mars dernier, en pleine occupation de la Crimée : lenta était alors le premier site d'information russe (2,5 millions de visiteurs uniques par jour)… Mais il a eu le malheur de publier une interview d'un membre de l'extrême droite ukrainienne de Pravye Sektor, Andreï Tarasenko. Un lien dans l'article renvoyait en outre à une interview du leader de ce parti né d'un service d'ordre sur le Maïdan, Dmytro Iaroch. C'est ce simple lien qui a servi de prétexte au limogeage de la directrice, explique Ilia Azar, l'auteur de l'entretien, aujourd'hui membre de l'équipe de Meduza. En solidarité avec la rédactrice en chef de lenta.ru, 80 % de la rédaction a alors démissionné. Quelques jours plus tard, Roskomnadzor – le service fédéral de surveillance dans le domaine des télécommunications – a également bloqué l'accès au blog de l'opposant russe Alexeï Navalny ainsi qu'à trois portails : Grani.ru, Kasparov.ru et Ejednevny journal.