Clinton et Trump confortent leur avance aux primaires

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Cinq États ont voté le 15 mars pour les élections primaires américaines, confirmant le statut de favorite d’Hillary Clinton dans le camp démocrate et l’avance de Donald Trump dans le camp républicain, pourtant de plus en plus désordonné.

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New York, de notre correspondante.- Voilà ce qu’il faut retenir des élections primaires qui se sont déroulées le 15 mars dans cinq États américains : Hillary Clinton confirme son avance sur Bernie Sanders, mais ce dernier n’a pas l’intention de lui faciliter la tâche pour accéder à la nomination du parti démocrate. Dans le camp républicain, Donald Trump devance toujours ses concurrents au grand dam de l’establishment du parti. Il fait même tomber Marco Rubio, qui abandonne la course. Mais le camp républicain offre un spectacle toujours aussi chaotique.

La Floride, l’Ohio, l’Illinois, la Caroline du Nord et le Missouri étaient appelés aux urnes, hier, pour les élections primaires des deux grands partis américains. À ce stade, plus de la moitié des délégués ont été désignés en vue des conventions qui se tiendront en juillet à Cleveland, Ohio, pour le parti républicain, et à Philadelphie, en Pennsylvanie, pour le parti démocrate. C’est donc Hillary Clinton qui a l’avantage dans son camp. Elle peut compter à ce jour sur les voix de 1 094 délégués contre 774 pour Bernie Sanders, sachant qu’il en faut 2 382 pour décrocher la nomination du parti. Côté républicain, Donald Trump compte 621 délégués contre 395 pour Ted Cruz, 168 pour Marco Rubio et 138 pour John Kasich. Il faut 1 237 délégués pour remporter l’investiture républicaine.

Revenons brièvement sur les victoires et défaites enregistrées hier, et sur ce qu’elles préfigurent. D’abord, dans le camp démocrate, Hillary Clinton a obtenu une majorité de voix dans tous les États sauf dans le Missouri (où l’on attend les résultats définitifs). Ces victoires lui ouvrent un peu plus la voie vers l’investiture démocrate. Elles permettent aussi à son équipe de campagne de pousser un soupir de soulagement. En effet, sa défaite récente dans le Michigan, remporté par Bernie Sanders, en avait inquiété plus d’un dans les cercles pro-Clinton : le sénateur socialiste du Vermont semblait en mesure de la surpasser auprès de l’électorat blanc de la classe ouvrière, notamment grâce à son programme économique et son opposition aux grands accords de libre-échange (comme le traité transatlantique, en cours de négociation avec l’Europe).

La victoire de Clinton dans l’Ohio indique qu’elle n’a pas perdu cet électorat. En outre, la journée d’hier confirme qu’elle peut compter sur le soutien d’une majorité d’électeurs afro-américains et hispaniques, l’aidant à remporter la Floride et la Caroline du Nord. Remerciant ses électeurs lors d’un discours prononcé depuis la Floride, la candidate s’est donc posée en favorite du parti pour l’élection présidentielle de novembre, s’engageant à rassembler les électeurs américains, à la fois chez les démocrates, chez les indépendants et dans les rangs du parti républicain, aujourd’hui si divisé.

Sauf que Bernie Sanders n’a pas dit son dernier mot. Lors d’un long discours prononcé mardi soir devant une foule de supporters réunis à Phoenix, en Arizona, celui-ci n’a montré aucun signe de fatigue, ni fait part d’une quelconque intention de se retirer de la course à l’investiture. Il a promis une nouvelle fois de mener « une révolution politique » et s’est attaqué à Hillary Clinton, en dénonçant par exemple la provenance des financements de sa campagne, « des compagnies pharmaceutiques, de l’industrie fossile ». Le sénateur compte donc non seulement poursuivre sa campagne, mais mettre Hillary Clinton en difficulté dans des États comptant un large électorat progressiste, comme à New York (où les primaires se tiendront le 19 avril) et en Californie (le 7 juin).

Les conséquences de ce duel prolongé sont incertaines. D’une part, la candidature et le succès populaire de Bernie Sanders peuvent continuer de tirer Hillary Clinton à gauche ; l’obliger à mieux prendre en compte les revendications de l’aile gauche du parti démocrate, notamment l’électorat jeune qui se range aujourd’hui en grande majorité derrière Bernie Sanders.

Mais cela peut aussi aboutir à affaiblir la candidature d’Hillary Clinton, alors que la candidate aura besoin d’ici novembre de muscler son message et sa campagne. Car si elle obtient une majorité des suffrages lors des primaires, de nombreux sondages indiquent que les électeurs la perçoivent comme moins honnête que Bernie Sanders ou comme étant peu digne de confiance. Autrement dit, Hillary Clinton a du mal à susciter l’enthousiasme d’une portion grandissante de l’électorat.

Venons-en maintenant au camp républicain. Donald Trump a remporté quatre des cinq élections primaires ce mardi (on attend les résultats définitifs dans le Missouri, où Trump est au coude-à-coude avec Ted Cruz). L’Ohio est allé à John Kasich, gouverneur de l’État, qui aurait certainement dû abandonner la course s’il n’avait pas pu s’imposer dans sa région (c’est sa seule victoire à ce jour). Si cette défaite freine légèrement l’élan de Donald Trump, l’homme d’affaires new-yorkais continue cependant de s’imposer, en dépit du mécontentement de l’establishment du parti, incapable d’endiguer le phénomène. 

En remportant la Floride, Donald Trump a infligé un sérieux camouflet à Marco Rubio, sénateur de l’État, qui a annoncé mardi soir qu’il renonçait à briguer l’investiture du parti républicain. À l’heure où l’on écrit ces lignes, l’échec de la candidature de Marco Rubio continue d’être analysé, le jeune républicain d’origine cubaine ayant d’abord été présenté comme l’un des favoris de ce cycle électoral. Mais comme Jeb Bush, celui-ci n’aura pas réussi à trouver un message convaincant, à se positionner face à la déferlante anti-establishment incarnée et amplifiée par Trump. Les nombreux clips de campagne anti-Trump diffusés dans l’État n’y auront rien changé (lire cet article du site Politico sur ces efforts).  

Il ne reste donc que trois candidats dans le camp républicain : le magnat de l’immobilier, le sénateur du Texas Ted Cruz issu des rangs du Tea Party, et le gouverneur de l’Ohio John Kasich, se positionnant actuellement comme un républicain modéré voire centriste. Lequel des trois peut bénéficier d’un report des voix de Marco Rubio ? Difficile à dire, tant la course dans le camp républicain défie les pronostics. Après le retrait de Jeb Bush par exemple, les analystes ont observé un éparpillement des voix allant non pas à un mais à tous les autres candidats.

À ce stade, les primaires républicaines s’annoncent surtout comme un duel entre Donald Trump et Ted Cruz, deux candidats au succès inattendu et qui ne bénéficient pas du soutien de l’establishment (à savoir la grande majorité des gouverneurs, des sénateurs, ou encore des leaders du Comité national républicain). La question n’est donc plus de savoir si le phénomène Trump va s’essouffler, si le candidat va pouvoir tenir jusqu’à la convention du parti en juillet, mais au contraire si Donald Trump va parvenir à cette convention avec une majorité de délégués en poche ou non. Car de ce dénouement dépend la suite.

Les règles du jeu du parti républicain ont beau être complexes, changeantes (et elles peuvent être modifiées en cours de route !), il faut retenir ceci : soit le candidat favori dispose dès l’ouverture de la convention d’une majorité des 1 237 délégués nécessaires à l’investiture, et il obtient immédiatement la nomination ; soit aucun des candidats n’arrive avec cette majorité et les tractations peuvent alors commencer. On parle alors d’une convention « contestée ». Dans ce scénario, les délégués pourront se lancer dans une élection à plusieurs tours, jusqu’à ce qu’un consensus émerge autour d’un candidat.

Il semblerait que les membres de l’establishment républicain misent actuellement sur ce genre de scénario pour tenter d’empêcher la nomination de Donald Trump et faire émerger une figure moins polémique, moins incontrôlable, plus conservatrice à leur goût (reste à déterminer qui, Ted Cruz n’ayant pas non plus leur faveur). La victoire de John Kasich en Ohio les a quelque peu rassurés : en poursuivant sa campagne, le gouverneur pourrait mettre des bâtons dans les roues de Trump jusqu’à la convention… Mais de toute évidence, il y a encore beaucoup de « si » et d’inconnues autour de l’investiture républicaine. Et une certitude : pour le moment, Donald Trump mène la danse. Rendez-vous lors des prochaines élections primaires, le 22 mars, en Arizona, dans l’Utah et dans l’Idaho.

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