Urgence climatique: la COP24 trouve un accord a minima en Pologne

Par

Les États réunis en Pologne pendant deux semaines sont parvenus à s’entendre sur des règles de fonctionnement de l’accord de Paris signé en 2015. Mais rien n’a montré que les pays avaient saisi l’urgence d’agir soulignée par le rapport du GIEC remis en octobre. Celui-ci avait laissé 12 ans aux pays pour se mobiliser. L’année prochaine au Chili, il ne leur en restera plus que 11.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Katowice (Pologne), de notre envoyé spécial.-  Samedi 15 décembre au matin, dans le grand centre de congrès qui a accueilli pendant deux semaines la COP24 à Katowice en Pologne, le grand sommet de l’ONU sur le climat auquel ont participé près de 200 pays, l’heure était déjà au démontage des « pavillons », ces espaces consacrés à la promotion d’un pays ou d’un groupe de pays, qui font partie de ce qu’on appelle les « side events » de la COP. 

Les grandes travées étaient quasiment désertes à 8 heures, alors que la prochaine – et normalement dernière – séance plénière était annoncée pour 10 heures, avant d’être repoussée à midi. La tension commence à monter tandis que les nouveaux textes, promis dans la nuit, n’ont toujours pas paru. 

Michal Kurtyka, président polonais de la COP24. © Reuters Michal Kurtyka, président polonais de la COP24. © Reuters

Une heure et demie plus tard, le président des Maldives, Mohamed Nasheed, prenait la parole lors d’une conférence de presse : « Nous nous rebellons contre l’extinction. Et, si nécessaire, nous nous rebellerons contre ces négociations. » Il a fallu toute une journée de reports de réunions plénières, de négociations en coulisses, de reculs et de menaces pour arriver enfin, dans la soirée, à un accord entre les États.

C’est peu avant 22 heures que le coup de marteau final a été frappé. Le président polonais de la COP24, Michal Kurtyka, a souligné dans son discours final que « toutes les nations ont travaillé sans relâche ». « Toutes les nations peuvent quitter Katowice avec fierté, sachant que leurs efforts ont porté leurs fruits, a ajouté le président, visiblement soulagé. Les lignes directrices contenues dans le paquet climat de Katowice constituent la base de la mise en œuvre de l’accord à partir de 2020. »

C’est peu dire que la présidence polonaise a fait l’objet de nombreuses critiques, durant ces deux semaines. Sur le fond d’abord : le choix de Katowice, berceau du charbon polonais – qui produit en Pologne 80 % de l’électricité – avait de quoi interroger. Parmi les sponsors officiels du sommet se trouvaient Polska Grupa Górnicza, l’une des plus importantes sociétés minières en Europe, ou encore le plus gros producteur de charbon en Europe, JSW. 

Sur la forme ensuite : la présidence a souvent manqué d’allant dans les négociations. Et de fait, malgré les félicitations d’usage samedi soir, la COP24 a été fort loin de répondre aux enjeux du moment. Certes, les États se sont entendus sur le « rulebook » de l’accord de Paris, c’est-à-dire son mode d’emploi, mais les autres gros dossiers au programme ont été soit reportés, soit traités d’une façon trop faible. C’est le cas notamment du rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) sur un monde à + 1,5 °C.

Au moment de la parution de ce rapport, en octobre dernier, nous nous interrogions : pouvait-il gagner contre l’inertie ? De fait, ce n’est pas l’inertie qui a menacé le rapport, mais bien une opposition farouche d’un groupe de pays liés au pétrole : les États-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite et le Koweït. 

Une attaque en règle menée en fin de première semaine. La question était de savoir si la « décision » (le texte final de la COP approuvé par tous les États) allait « saluer » (« welcome ») le rapport 1.5 du GIEC publié en octobre. Dans ce rapport, le GIEC rappelle que le réchauffement va probablement atteindre 1,5 °C entre 2030 et 2052 s’il continue à augmenter à son rythme actuel. « Les trajectoires pour limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C avec un dépassement nul ou limité requièrent de rapides et profondes transitions dans les systèmes énergétiques, d’occupation des sols, des villes et des infrastructures, et industriels », selon le rapport. 

Saluer ce rapport tombait d’autant plus sous le sens qu’il s’agit d’une commande faite par les États de la COP à l’issue de la signature de Paris, en 2015. Aux termes de cet accord, les pays se sont entendus pour tenter de contenir la hausse de la température « bien au-dessous de 2 °C et de poursuivre leurs efforts pour limiter cette hausse à 1,5 °C ». Sauf qu’en 2015, la connaissance scientifique n’était pas encore assez poussée pour savoir si la différence entre 2 ° et 1,5 °C était si importante que cela. On sait à présent qu’elle l’est.

On sait également qu’au rythme actuel des engagements des États, une hausse de la température de 3,3 °C est annoncée, selon de nouvelles données rendues publiques en Pologne cette semaine par le groupe Climate Action Tracker. « Si nous sommes sérieux au sujet de l’accord de Paris, il nous faut des chiffres différents », a déclaré Petteri Taalas, chef de l’Organisation météorologique mondiale, aux délégués à Katowice, soulignant que les émissions mondiales avaient augmenté en 2018.

Dans les couloirs de la COP, samedi 15 décembre. © CG Dans les couloirs de la COP, samedi 15 décembre. © CG

L’attaque la plus violente, du moins publiquement, est venue le 12 décembre d’Ayman Shasly, négociateur saoudien à l’ONU et au GIEC. Celui-ci a carrément, dans une interview au site Carbon Brief, mis en cause la valeur scientifique du rapport. Il est impossible selon lui d’« accueillir » le rapport, « parce que cela signifierait que nous donnons une légitimité à un rapport scientifique » qui a par ailleurs, toujours selon le négociateur, « ses propres problèmes de lacunes scientifiques, de lacunes dans les connaissances ». 

Réponse cinglante de Jean-Pascal van Ypersele, ancien vice-président du GIEC et physicien du climat : « La meilleure façon de reconnaître le travail accompli par le GIEC serait […] de commencer à prendre ses chiffres au sérieux. » Et celle de Carlos Manuel Rodriguez Echandi, ministre costaricain chargé des négociations à Katowice, l’a été tout autant : « Alors que les pays insulaires parlent de leur survie, les États arabes parlent économie. »

Dans la décision finale, il n’est donc pas question de « saluer » ce rapport. Les délégués se contentent de « saluer » le fait que ce rapport ait été rendu dans le temps imparti et « invitent les parties à utiliser les informations contenues dans le rapport dans leurs débats ».

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous