Espagne: Bruxelles reporte à l’après-élections d’éventuelles sanctions

Faut-il sanctionner Madrid pour son déficit budgétaire ? La commission de Bruxelles, qui devait se prononcer ce mercredi, a reporté sa décision à juillet.

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Fallait-il sanctionner l’Espagne, qui s’est éloignée de ses engagements budgétaires, pour envoyer des signaux de fermeté aux marchés ? Ou fermer les yeux, à l’approche des législatives du 26 juin, dans un geste d’empathie envers un pays qui fut l’un des plus frappés par la crise ? La commission de Bruxelles, qui devait formuler ce mercredi ses « recommandations » économiques, n’a pas tranché le dilemme. Pour l’Espagne, comme pour le Portugal qui est dans une situation quasi similaire, elle a choisi de reporter la décision à juillet – soit au lendemain des législatives (même s’il n’y aura sans doute pas de gouvernement formé en Espagne en juillet).

« Ce ne sont pas des décisions faciles à prendre », a reconnu Pierre Moscovici, l’un des commissaires européens responsables du dossier. « Quelle que soit l’orientation retenue, elle est critiquable comme un gant que l’on retourne. » Et le socialiste français de s’expliquer : « Le moment serait mal choisi, économiquement et politiquement (…). Nous n’avons pas en face de nous un gouvernement qui soit capable de prendre les mesures qui seraient nécessaires [l’Espagne cherche à former un exécutif depuis fin décembre 2015 – ndlr]. Mais je veux tout à fait rassurer su la volonté absolue de la commission de faire respecter les règles. »

Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, Moscovici s’est ainsi montré légèrement plus flexible, dans l’interprétation du fameux pacte de stabilité, ce texte censé permettre de coordonner les trajectoires budgétaires des États membres de la zone euro (un déficit public inférieur à 3 % du PIB et une dette en deçà des 60 %). « Ces règles n’ont pas été écrites pour briser la reprise, ou tuer la croissance. C’est ce que nous avons voulu éviter », a insisté Pierre Moscovici. Le déficit public de l’Espagne s’est établi l’an dernier à 5,1 % du PIB, contre un objectif fixé par Bruxelles à 4,2 %.

Le Portugal, où un gouvernement de gauche est entré en fonctions fin 2015, bénéficie lui aussi d’un délai jusqu’à juillet. Quant à l’Italie, qui exigeait davantage de flexibilité dans l’application des règles budgétaires, elle obtient, elle aussi, un délai jusqu’à octobre. La France avait, elle, échappé à des sanctions en 2015.