Climat: cascades de fiascos à Copenhague

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L'échec de la conférence de Copenhague n'est pas seulement une mauvaise nouvelle pour le climat. Il met à mal l'Onu et le multilatéralisme dans la diplomatie du climat, et ne fait rien pour réduire les inégalités entre pays émetteurs de CO2. Retour sur un échec.
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Vendredi soir vers 21h, l'Elysée reçoit les journalistes hexagonaux dans un hôtel de luxe de la périphérie de Copenhague. Drapeaux français et européen, pupitre siglé « Copenhague », état-major gouvernemental au complet (Jean-Louis Borloo, Chantal Jouanno, Valérie Létard), c'est comme à la maison. Nicolas Sarkozy fait une entrée triomphale : « Nous avons un accord. »

 

Voix basse, comme épuisé, mais le sourire aux lèvres, il énumère les principaux points du deal : objectif de rester sous 2 degrés d'augmentation des températures, engagements des Etats à réduire leurs émissions, adaptation des législations nationales, création de sources de financement « innovantes » comme la taxation des transactions financières et sur le fioul maritime, consacrer 20% des 100 milliards de dollars promis aux pays en développement à la forêt et 40% à l'Afrique : « Le meilleur accord possible. »

 

Et comme c'est un soir de bonnes nouvelles, il ajoute à sa ribambelle d'annonces la création d'une organisation européenne de l'environnement et le passage à –30% de gaz à effet de serre en 2020 pour les 27.

 

Pendant ce temps, au Bella Center, le centre où se tient la conférence sur le climat de l'ONU, le brouillon d'un accord de Copenhague passe de main en main. C'est le texte qu'ont dévoilé les Etats-Unis quelques minutes plus tôt : le projet d'« accord de Copenhague » issu de la table ronde de la trentaine de chefs d'Etat réunis depuis la veille pour sauver la Cop 15. Il ressemble à ce qu'annonce Nicolas Sarkozy. Il en a la couleur, mais pas la texture : aucune mention d'un accord juridique alors que le Français évoque un instrument contraignant en 2010. Pas de mention de taxes spécifiques, ni de répartition des 100 milliards de dollars. Pas d'organisation de l'environnement, pas de –30% pour l'Europe.

 

L'accord de Copenhague raconté par Sarkozy est plus fort, plus précis, plus novateur. Ce n'est malheureusement pas la version mise sur la table de l'ONU. Mais celui qu'il décrit aux journalistes français réunis ce soir là n'existe pas vraiment. C'est une histoire, racontée pour mettre en scène le rôle du président français.

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