Souheir al-Atassi: comment les révolutionnaires préparent la Syrie de l'après-Assad

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Après des mois de clandestinité, l'icône de la révolution syrienne vient de quitter le pays pour arracher le soutien de la communauté internationale. Elle détaille l'organisation des comités révolutionnaires, de l'armée libre, le programme de l'après-Assad ...

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Sa voix porte dans toute la Syrie, de Homs, la capitale de la révolution dont sa famille est originaire, à Damas, sa ville natale. Mais aussi à Dera’a, au sud, à Deir Ezzor à l’est, et au-delà même des frontières du pays. Souheir al-Atassi est une figure clé de la révolution syrienne.

مظاهرة في دير بعلبة بحمص تطالب بإسقاط النظام السوري © Al Jazeera Mubasher قناة الجزيرة مباشر

Les jeunes révolutionnaires, dont elle vante le courage « historique » et la « maturité politique », la considèrent un peu comme leur mère. Elle est devenue leur icône, leur porte-parole. Peu nombreux sont ceux qui l’ont rencontrée, mais tous se reconnaissent dans ses messages. Condamnée à mort par le régime et traquée par ses services de renseignement, la militante a dû se résoudre à vivre en clandestinité, dès le mois d’avril 2011, changeant en permanence de cachette. C’est depuis ces abris de fortune, pas même connus de ses proches, qu’elle n’a eu de cesse d’encourager les Syriens dans « leur combat pour la dignité », depuis sa page Facebook ou Twitter, alertant les siens et les médias des offensives des forces de sécurité.

Souheir al-Atassi a joué un rôle actif dans la structuration du soulèvement, à partir de l’Union des comités de coordination locale, l’un des premiers réseaux de contestation. Aux côtés de ces jeunes Syriens, qui défient depuis maintenant plus de dix mois le régime de Bachar al-Assad et sa machine répressive et milicienne, elle a participé à la création de la Syrian Revolution General Commission (SRGG), qui regroupe le plus grand nombre de comités de coordinations et de structures mis en place par les révolutionnaires.

La SRGC organise la mobilisation nationale sur le terrain, des actions civiles et médiatiques à l’entraide, et gère la vie quotidienne dans les territoires de la contestation. Cela a créé un embryon du nouvel Etat de la Syrie libre que les révolutionnaires appellent de leurs vœux. « Il n’y a pas que des voix dans cette révolution, il y a aussi des cerveaux », rappelle Souheir al-Atassi.

Lorsqu’elle raconte le travail accompli, les documents politiques élaborés, « bien plus importants que tout ce que l’opposition syrienne a pu produire jusque-là », c’est souvent à la première personne du pluriel qu’elle parle, dans un souci de rendre hommage à ces chevilles ouvrières de la révolution qui n’ont pas de visibilité. Elle n’oublie pas les militaires libres, ces soldats qui ont fait défection et se « libèrent de l’armée d’Assad » : ils constituent, avec les médias, la seule protection des civils. Elle les a rencontrés personnellement.

La militante de 40 ans est aussi habituée à frayer avec les dinosaures de l’opposition syrienne. Son nom n’est pas inconnu de la scène politique : elle est la fille du Dr Jamal Atassi, opposant nationaliste arabe respecté, fondateur du Parti de l’Union socialiste arabe démocratique  (PUSAD). Pendant des années, elle a accueilli à son domicile les réunions du « Forum Jamal al-Atassi pour le dialogue démocratique », un cercle d’opposition initié en 2000 par les socialistes arabes, partisans de l'Union arabe. Autant dire qu’elle sait naviguer dans les méandres de l’opposition syrienne. Elle a continué à accueillir le « forum Atassi » sur sa page Facebook après que le pouvoir a ordonné sa fermeture en 2005.

Souheir al-Atassi est aujourd’hui décidée à mettre fin à plus de sept mois de vie clandestine. A la demande des révolutionnaires et des militants, elle a quitté la Syrie. Non pas en raison des menaces qui pesaient sur sa vie, mais parce que la poursuite du combat nécessitait qu’elle retrouve sa liberté de mouvement.

Dans un entretien exclusif à Mediapart, elle décrit la réalité de la révolution et détaille la stratégie des révolutionnaires, le rôle du Conseil national syrien et de l’Armée syrienne libre. « Le régime syrien, dit-elle, est un navire qui sombre dans le sang des Syriens qui réclament la liberté. » Elle appelle « la communauté internationale à soutenir la révolution, réellement et concrètement ».

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Souheir al-Atassi a quitté la Syrie clandestinement à la fin du mois de novembre. L’entretien a été fait en arabe. Nous le publions en deux parties en raison de sa longueur. J’ai rencontré Souheir al-Atassi la première fois à Damas, lors d’une réunion du « Forum Jamal al-Atassi pour un dialogue démocratique » à son domicile, à Damas. Le débat était consacré aux étudiants et à la jeunesse syrienne. C’était en 2004…