La classe politique espagnole s'échauffe sur les élections grecques

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Le scrutin grec tourne à la répétition générale pour les législatives espagnoles de l'automne, avec un affrontement à distance entre les conservateurs du Parti populaire et les nouveaux venus de Podemos.

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Vu de Madrid, les élections de dimanche à Athènes tournent à l'affrontement entre « Pablo Tsipras et Mariano Samaras », selon le bon mot d'un éditorialiste d'un quotidien régional, El Diario de León. Les deux vedettes de la politique espagnole – Pablo Iglesias, à la tête de Podemos, et Mariano Rajoy, l'actuel chef du gouvernement conservateur – ne ménagent pas leurs efforts pour soutenir leurs poulains. Les Espagnols ont même tous deux choisi de se rendre sur place, à quelques jours de distance, pour afficher haut et fort leur soutien à leurs alliés respectifs, Alexis Tsipras et Antonis Samaras.

Dans les médias espagnols, y compris à la télévision, le scrutin grec est très présent. Dimanche soir, heure de grande écoute, la chaîne de télévision La Sexta a par exemple délocalisé à Athènes l'une de ses émissions phares, « El Objetivo », avec la journaliste Ana Pastor sur le terrain. Sur le fond, Iglesias et Rajoy cherchent à transformer le match entre la gauche radicale de Syriza (favori du scrutin) et les conservateurs de Nouvelle Démocratie (la formation de Samaras au pouvoir), en une répétition générale des législatives de l'automne 2015 en Espagne.

Il est vrai que les ressemblances entre les deux pays sont troublantes. Ces deux économies du sud de l'Europe ont été frappées – avec des intensités différentes – par la crise. Elles affichent les deux taux de chômage records en Europe (27 % en Grèce, 23 % en Espagne). Les deux pays sont dirigés par des partis conservateurs, confrontés à une percée d'une gauche critique, qui prône la restructuration de la dette, à l'approche de législatives qui se dérouleront toutes deux en 2015. Enfin, dans les deux cas, les partis sociaux-démocrates (PASOK et PSOE) sont en déroute – là encore avec des différences de degrés.

À la surprise quasi générale, Mariano Rajoy s'est rendu à Athènes le 14 janvier pour rencontrer son homologue Samaras. C'est un « virage à 180 degrés » pour le chef du gouvernement espagnol qui, jusqu'à présent, ne cessait de répéter, dans la droite ligne de son prédécesseur José Manuel Rodriguez Zapatero, que « l'Espagne n'est pas la Grèce ». Interrogé, en marge de son déplacement, sur la dynamique Syriza-Podemos, Rajoy a répondu : « Promettre l'impossible n'a aucun sens, et par ailleurs, cela génère des frustrations et provoque beaucoup de difficultés. »