En Autriche, la tentation de l'extrême droite

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Dimanche 22 mai, les électeurs autrichiens élisent leur président. Après un premier tour qui a placé le candidat de l'extrême droite du FPÖ très largement en tête, la probabilité est grande pour que ce parti xénophobe prenne la tête de l’État autrichien. Reportage sur une société tentée par le réveil d'un passé enfoui.

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Vienne (Autriche), de notre envoyée spéciale.– La salle résonne, et l'on aurait tendance à vouloir baisser la voix. Mais Sabina et son mari ne sont pas dérangés outre mesure. Ils parlent volontiers, dans l'entrée de la gigantesque laverie de la résidence Karl-Marx-Hof où ils habitent, dans les quartiers nord de Vienne. Au premier tour de la présidentielle, le mois dernier, ils ont voté Norbert Hofer, le candidat du parti d'extrême droite FPÖ (Parti de la liberté d'Autriche). Ils feignent d'hésiter encore pour le second, dimanche. Mais face à une alternative présentée par le bien peu révolutionnaire candidat des Verts Alexander Van der Bellen, c'est vite vu. « Ah non, les Verts, ce n'est pas possible ! » Le couple a surtout en tête la « vague » de demandeurs d'asile arrivés l'an dernier en Autriche. Parole décomplexée, clichés à tout-va, la conversation prend vite un tour islamophobe. « Nous sommes un petit pays, on va les mettre où, tous ces gens ? Ce sont des musulmans, nous sommes chrétiens, ce n'est quand même pas la même chose ! Regardez comme ils traitent les femmes… Récemment, nous sommes allés en Tunisie pour les vacances. Qu'est-ce que c'est sale ! Ils font n'importe quoi de leur pays ! Est-ce que nous voulons cela ici ? »