De Schutter (ONU): «La terre est devenue une ressource rare»

Par
Que faire face à la razzia des pays riches, sur les terres agricoles des Etats les plus pauvres? Comment encadrer cet «accaparement des terres», identifié par la FAO comme la marque d’un «néo-colonialisme agraire»? Dans un entretien accordé à Mediapart, Olivier de Schutter, successeur de Jean Ziegler au poste de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, défend la mise en place de nouveaux régimes de propriété des terres dans les pays d’Afrique.
Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Dans un entretien à Mediapart, Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, successeur de Jean Ziegler à ce poste depuis mai 2008, analyse avec précision ce phénomène en forte accélération d'«accaparement des terres». Et propose d'explorer des régimes alternatifs de propriété, pour sortir de l'impasse.

 

 

 

Que pensez-vous de l'accaparement des terres en cours dans les pays du Sud ?
Ce phénomène inquiétant s'inscrit dans un cadre plus large, d'une course de vitesse pour l'accaparement des ressources naturelles. Qu'il s'agisse de terres arables, d'eau ou de minéraux. Cette course est favorisée par la mondialisation économique. Les réductions des barrières aux échanges autorisent en effet des investisseurs étrangers à s'intéresser aux terres dans les pays en développement, pour rapatrier ensuite les récoltes.

 

La terre arable fait donc l'objet de spéculation croissante. La compétition est de plus en plus vive entre les populations du Sud et les consommateurs au Nord, dont le pouvoir d'achat est beaucoup plus important. C'est le problème des agro-carburants : on met en compétition, pour schématiser, 800 millions de conducteurs de voitures d'un côté, avec 900 millions de personnes qui ont faim de l'autre, pour l'utilisation des terres.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous
L’entretien a été réalisé jeudi par téléphone, entre Paris et Bruxelles.