Bling-bling, luxe et gabegie, ou l’indécence de Hamad al-Thani

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Plafonds dorés à la feuille d’or, yacht à 410 millions, voitures de luxe, résidences somptuaires : révélations sur le train de vie délirant de la famille régnante du Qatar, qui dépense ses milliards sans retenue et cultive une aversion pour l’impôt.

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Les milliardaires du Golfe ne sont pas vraiment réputés pour leur discrétion. Mais les al-Thani ont poussé l’art du bling-bling et de la dépense à un niveau rarement égalé. Porsche avec écussons en or, centre sportif à 15 millions d’euros, vases à 5 millions d’euros la paire, propriété rénovée pour six fois son prix d’achat : le train de vie de l’ex-émir Hamad al-Thani et de ses enfants, financé sur fonds publics, dépasse l’entendement. Mais lorsqu’il faut payer quelques dizaines de milliers d’euros de redressement d’impôts, la famille préfère enrichir ses avocats plutôt que de régler le fisc. Une question de principe, sans doute. Voyage en sept étapes dans la vie des al-Thani. 

  • Les Porsche aux écussons d’or

C’est un parking souterrain près des Champs-Élysées, à Paris. Un étage entier abrite la collection de voitures de l’émir du Qatar, Tamim al-Thani. À côté de la Rolls Phantom, d’une Ferrari et d’une Maserati, une dizaine de Porsche sont alignées, parmi les plus gros modèles. Mais elles n’ont, curieusement, pas d’écusson sur le capot. Tamim al-Thani a une telle passion pour les Porsche qu’il s’est fait confectionner des écussons de la marque en or massif, stockés dans un coffre-fort. Lorsque l’émir passe à Paris, ses employés doivent visser les écussons sur le capot, puis les remettre en lieu sûr dès qu’il repart. Lorsqu’il était prince héritier, Tamim se contentait de descendre et de remonter les Champs-Élysées. Résultat : ses Porsche ont moins de 100 km au compteur.

Bugatti, Bentley, Porsche, Rolls-Royce, Maybach, Ferrari : voici sept des plus belles voitures de luxe de l'émir du Qatar. Cliquez sur les flèches pour faire défiler les images. © Donatien Huet/Mediapart

La famille al-Thani possède une soixantaine de voitures rien qu’en France et en Grande-Bretagne, fréquemment renouvelées au gré des envies des uns et des autres. En dehors des véhicules consacrés au petit personnel, il n’y a que des modèles d’exception à 200 000 euros minimum. Le fleuron de la flotte est une Bugatti Veyron à 2 millions d’euros : assemblée à la main en Alsace, c’est la voiture la plus chère et la plus puissante du monde, avec 1 200 chevaux, 431 km/h en pointe et le 0 à 100 km/h en 2,5 secondes.

Pour les sorties un peu guindées, l’émir a le choix entre sa limousine Mercedes 600 blindée, le même modèle version Maybach, plus luxueux et rallongé (435 000 euros), une Rolls Phantom cabriolet (450 000 euros), ou le modèle équivalent de chez Bentley, la Continental GTC (250 000 euros).

Côté bolides, il y a aussi l’embarras du choix, entre l’Aston Martin DB9 (180 000 euros), plusieurs Ferrari et des 4×4 à foison. L’émir possède au moins cinq Porsche Cayenne à 200 000 euros pièce, dont un exemplaire de la version la plus monstrueuse : concoctée par le préparateur allemand Gemballa, la Cayenne GT 750 Biturbo propose, pour environ 400 000 euros, une version entièrement modifiée dotée d’un V8 surgonflé de 750 chevaux. Un modèle réservé à ceux qui aiment « les 4×4, le tuning, la pollution, la frime, consommer beaucoup d’essence et la vitesse », précise un blog spécialisé dans le tuning. Passion oblige, l’émir possède aussi une Porsche 356, le tout premier modèle de la marque, produit entre 1948 et 1965 (compter 100 à 300 000 euros).

  • Tout ce qui brille à New York

Lorsqu’il s’offre une résidence à New York, Hamad al-Thani ne fait pas les choses à moitié. Il a racheté l’un des bâtiments de 20 000 m2 qui abritait le lycée français. Il faut dire que la Sloane Mansion, hôtel particulier à colonnades de la fin du XIXe siècle, est idéalement située au cœur du chiquissime quartier de l’Upper East Side, à deux pas de Central Park.

La Sloane Mansion, hôtel particulier de 20 000 m2 de style français construit en 1896, est situé dans le quartier le plus cher de New York, à côté de Central Park © DR La Sloane Mansion, hôtel particulier de 20 000 m2 de style français construit en 1896, est situé dans le quartier le plus cher de New York, à côté de Central Park © DR
L’ancien émir a payé le bâtiment 25 millions de dollars, puis a réalisé… 120 millions de travaux, hors meubles et décoration. Côté déco justement, Hamad al-Thani a commandé pour 2 millions d’euros de feuilles d’or massif, afin d’en tapisser les murs et le plafond de la salle de réunion… avant de changer d’avis. On ignore ce que sont devenues les feuilles d’or.

Pour la rénovation intérieure, la cheikha Mozah avait d’abord embauché l’un de ses décorateurs parisiens préférés, Alberto Pinto (décédé en 2013), moyennant 10 millions d’euros. Mais Mozah a finalement décidé que le résultat ne lui plaisait pas, et a embauché Philippe Starck pour tout recommencer, pour un montant encore supérieur. La première dame du Qatar s’est enfin offert pour quelques millions d’euros d’antiquités, comme cette paire de chandeliers en cristal à 165 000 dollars, un bureau anglo-indien incrusté d’ivoire à 730 000 dollars, un couple de fauteuils Louis XVI à 604 000 euros, ou ce tapis français Art déco de 1927 signé Süe et Mare pour 377 000 euros.

  • Insupportables redressements fiscaux

À la fin des années 2000, les gestionnaires de fortune de l’émir avaient oublié de régler la taxe foncière sur la Sloane Mansion de New York, d’un montant de 500 000 dollars par an. Le fisc américain exigea son dû, assorti de 77 000 dollars de pénalité de retard. Cela a beau être une goutte d’eau dans la fortune de Hamad al-Thani, ce redressement fiscal lui était apparemment insupportable. Ordre fut donné de saisir la justice pour contester la pénalité, sans succès malgré les confortables honoraires versés aux avocats.

Une mésaventure similaire est survenue à l’émir en France. En 2012, son bureau de gestion de fortune parisien, French Properties Management, a subi un redressement fiscal de 220 000 euros, car il n’avait pas payé la taxe sur les salaires des 19 gardiens et intendants employés dans les propriétés privées de la famille en France. Là encore, les services de Hamad al-Thani ont immédiatement mandaté leurs avocats pour tenter d’échapper aux foudres du fisc. On ignore s’ils ont réussi.

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Cette série d'enquêtes sur la fortune du cheikh Hamad al-Thani s'appuie sur des centaines de documents confidentiels obtenus par Mediapart. Nous ne pouvons en préciser ni la nature ni l'origine, étant donné la nécessité particulièrement forte de protection des sources dans ce dossier.
Contactés par Mediapart, l'ambassade du Qatar à Paris et Chadia Clot, patronne du family office de l'ex-émir à Paris, n'ont pas donné suite.