Le Portugal en pleine austérité Note de veille

De Dublin à Lisbonne, extrême prudence après le sommet sur l'euro

Suffira, suffira pas? L'accord conclu jeudi à Bruxelles permettra-t-il d'éviter le scénario catastrophe d'une contagion de la crise grecque à l'ensemble de la zone euro? Revue de presse depuis les capitales les plus mal en point de la zone euro.

Ludovic Lamant

22 juillet 2011 à 19h38

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Suffira, suffira pas? L'accord conclu jeudi à Bruxelles pour le deuxième plan d'aide à la Grèce (lire notre analyse du texte final ici) permettra-t-il d'éviter le scénario catastrophe d'une contagion de la crise grecque à l'ensemble de la zone euro? Le Guardian, à Londres, semble avoir résumé, dans son édito du jour, le sentiment de bon nombre d'observateurs sur le continent: les Européens ont effectué «des pas de bébés dans la bonne direction». The Independent se montre un cran plus sceptique – «Ce n'est toujours pas assez», s'inquiète en effet l'autre quotidien de gauche britannique.

Les marchés financiers, en attendant, ne paraissent pas effrayés, loin de là, par la perspective d'une participation «volontaire» des créanciers privés (banques, assurances) au plan d'aide, à hauteur d'un tiers des montants (environ 50 milliards d'euros). La bourse de Paris a terminé en nette hausse vendredi (+0,68%), pour la deuxième séance consécutive. L'avertissement de l'agence de notation Fitch, qui a prévenu, logiquement, qu'elle s'apprêtait à placer la note de la Grèce en «défaut partiel», semble avoir à peine infléchi la tendance.

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A Athènes, la presse s'est montrée dans l'ensemble enthousiaste, saluant le «gilet de sauvetage» qui vient d'être offert au pays. Seul le quotidien de gauche Elefthérotypia a osé plomber l'ambiance, rappelant que le pays s'engageait dans «un tunnel pendant trente ans», qui s'appelle l'austérité. En fait, la vraie bonne nouvelle venue jeudi de Bruxelles concerne plutôt des pays qui ne s'y attendaient pas forcément – l'Irlande et le Portugal, eux aussi engagés, à l'instar de la Grèce, dans un périlleux «plan de sauvetage» aux effets incertains. La durée de leur remboursement a été allongée, et leurs taux d'intérêt révisés en forte baisse.

Revue de presse depuis les capitales les plus mal en point de la zone euro, qui font preuve d'une grande prudence.

Irlande: fin officielle de la dispute avec Nicolas Sarkozy

Dublin a sorti sa calculette: l'aménagement du méga-prêt, auquel le pays est suspendu depuis décembre 2010, devrait représenter un gain annuel pour l'île compris entre 600 et 800 millions d'euros. «Depuis des mois, le débat tournait autour d'un abaissement d'un point de pourcentage du taux d'intérêt», rappelle l'Irish Times, l'un des deux grands quotidiens irlandais. Du coup, la décision prise à Bruxelles, jeudi, de baisser de deux points le taux (qui passe de 5,5% à 3,5% environ) est accueillie comme une divine surprise.

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D'autant que le premier ministre fraîchement arrivé, le pâle Enda Kenny, affirme n'avoir dû faire aucune concession sur un dossier hyper-sensible dans le pays: la fiscalité sur les entreprises, qui ne dépasse pas 12,5% sur l'île... Un taux jugé anormalement bas par les voisins européens, et qui favoriserait l'Irlande à leurs dépens. «C'est fini», a déclaré, en français dans le texte, Enda Kenny, en référence au désaccord qui l'avait opposé, ces derniers mois, à Nicolas Sarkozy, sur le sujet. «J'ai échangé de manière très cordiale avec le président français.» Et de préciser: «Il n'y a absolument aucun changement de position de notre côté.»

Déjà un prochain sommet «historique à l'horizon»?

Pendant des mois, les Européens avaient fait d'un alourdissement de la fiscalité sur les entreprises de l'île une condition sine qua non pour renégocier le plan de sauvetage. Il a finalement suffi que Dublin s'engage dans des «discussions constructives» sur le sujet, pour obtenir gain de cause. Dans l'opposition, le Fianna Fail (droite) s'inquiète toutefois d'éventuelles concessions qui auraient été faites, sur le plan fiscal, et exhorte le gouvernement à clarifier les choses au plus vite.

Sur le fond, l'Independent s'interroge dans son éditorial sur l'avenir de l'Union européenne, désormais menacée d'écartèlement: «La tentative de sauvetage de la Grèce, et des autres économies de la zone euro en difficulté, laisse entrevoir la perspective d'une Union européenne à deux vitesses, avec d'un côté une zone euro de plus en plus intégrée, et de l'autre, des économies comme la Grande-Bretagne et la Suède, qui resteraient en dehors.»

Portugal: l'optimisme béat de Barroso

A Lisbonne, la presse est revenue en long et en large sur deux déclarations en marge du sommet européen. Celle, d'abord, du président (portugais) de la Commission européenne, José Manuel Barroso, quasi euphorique à l'issue de la réunion bruxelloise: «Je pense que c'est un résultat particulièrement positif pour le Portugal», lit-on dans le journal financier Economico. puisqu'il a été négocié tout à la fois une baisse des taux, et un allongement de la période de remboursement, mais aussi parce qu'a été fixée «une claire séparation» entre le cas grec et les deux autres pays aidés. Dans le communiqué final en effet, les chefs d'Etat ont pris soin d'établir une frontière stricte entre le traitement réservé à la Grèce d'un côté (auquel vont participer les créanciers privés) et le Portugal et l'Irlande de l'autre, qui eux, ne sont pas menacés de «défaut partiel».

Le Diario de Noticias reprend, lui, la sortie de Nicolas Sarkozy sur le sujet, le chef d'Etat français ayant estimé qu'«il serait injuste» de traiter de la même manière un pays qui respecte son plan d'austérité, et un autre, qui ne tient pas ses engagements.

L'Italie «pas convaincue», l'Espagne prudente

Les troisième et quatrième économies de la zone euro, qui pourraient, elles aussi, faire l'objet d'un bail-out dans les mois à venir, font preuve de prudence. Rien n'est réglé, regrettent en substance bon nombre d'éditorialistes, qui peinent à croire que le risque de contagion est passé. Dans le quotidien italien La Stampa (propriété du groupe Fiat), on regrette sans détour ce qui ressemble davantage à «un compromis, et non une solution convaincante». Favorable à l'émission d'obligations européennes (piste écartée par les chefs d'Etat jeudi), le journal constate, à l'encontre des fanfaronnades de Silvio Berlusconi: «Quand une crise économique d'un pays comme la Grèce fait planer le risque de défaut sur toute la zone euro, c'est la preuve évidente que la construction européenne ne fonctionne pas

A Madrid, une très délicate émission de dette sur les marchés effectuée jeudi (qui a coûté selon El Publico, quotidien de gauche, 500 millions d'euros supplémentaires à l'Etat, par rapport à ce qu'elle aurait coûté l'an dernier) a freiné l'enthousiasme des commentateurs dans la foulée de l'accord bruxellois. Sur son blog, l'écrivain Isaac Rosa se moque de ces sommets «historiques» à Bruxelles, qui ressemblent à ces matches de football «du siècle»: «Le problème, c'est que depuis un an et demi, nous enchaînons je ne sais combien de rencontres du siècle, et ce n'est pas fini. Etant donné la dérive de l'Europe, chaque sommet devient une finale, dont l'importance dépasse celle de la précédente. En attendant la prochaine finale, qui la dépassera encore un peu plus, avant d'être elle-même dépassée...» Un horizon européen bouché?

Ludovic Lamant

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