L’attentat de Manchester bouleverse la campagne législative britannique

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Les dirigeants politiques ont tous suspendu leur campagne, au lendemain de l’attaque la plus meurtrière sur le sol britannique depuis les attentats de Londres en 2005. C’est la première véritable épreuve politique pour Theresa May, qui a convoqué des législatives anticipées le 8 juin.

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À moins de trois semaines de législatives anticipées, le Royaume-Uni a été frappé par l’attaque terroriste la plus meurtrière perpétrée sur son sol depuis douze ans. Quelque 22 personnes, dont des enfants et adolescents, ont été tuées, et 59 autres blessées, dans l’explosion d’une bombe artisanale à l’issue d’un concert de la chanteuse pop Ariana Grande, lundi soir à Manchester, dans le nord de l’Angleterre. L’opération s’est déclenchée à 22 h 33 (heure locale) dans le foyer du Manchester Arena, la deuxième plus grande salle de concert d’Europe, qui affichait alors complet avec au moins 18 000 personnes en son sein.

L’organisation connue sous le nom d’État islamique a revendiqué mardi en début d’après-midi l’opération, qualifiée d’« épouvantable, écœurante et lâche » par la cheffe du gouvernement, la conservatrice Theresa May. Un homme de 22 ans, Salman Ramadan Abedi, a été arrêté mardi matin dans le sud de Manchester, tandis que d’autres opérations de police en lien avec l’attentat ont été menées dans le même secteur au cours de la journée. Les forces de l’ordre cherchent à établir si l’homme qui s’est tué dans l’attentat a agi seul, ou avait des complices à l’extérieur.

« Après avoir vécu la plus sombre de ses nuits, Manchester s’est réveillée ce matin, dans l’une de ses aubes les plus douloureuses », a lancé Andy Burnham, le maire du Grand Manchester, la mine défaite, lors d’une déclaration solennelle à l’extérieur de la mairie (vidéo ci-dessous). Figure de la nouvelle garde du Labour, Burnham vient à peine de s’installer à la tête de la municipalité, vainqueur des élections locales du 4 mai 2017. Mais l’édile mancunien n’est pas tout à fait novice en matière d’antiterrorisme : il était déjà le ministre de l’intérieur du gouvernement de Gordon Brown, lors des attaques de Londres de 2005.

Des envoyés spéciaux mardi à Manchester décrivent une ville qui tourne au ralenti, en état de siège sécuritaire. Une veillée en souvenir des victimes, sur l’Albert Square, en plein centre de la ville, devait avoir lieu mardi soir. « Ce sont des enfants, de jeunes gens et leurs familles, qu’ils ont choisi de terroriser et de tuer », a constaté Andy Burnham. Depuis mardi midi, la presse anglo-saxonne commence à égrainer les portraits d’enfants et adolescents venus assister au concert de leur idole, et qui ne sont jamais rentrés (trois victimes avaient été identifiées mardi en fin d’après-midi). À l’instar de Miley Cyrus ou Selena Gomez, Ariana Grande est l’une de ces chanteuses pop américaines qui séduisent, en priorité, un très jeune public.

De nombreuses voix se sont élevées, tout au long de la journée, pour condamner l’attentat et exhorter à ne pas tomber dans « le piège de la division », selon le mot d’une secrétaire d’État du gouvernement May. « C’est le jour le plus sombre » de l’histoire de la ville, a réagi Mohammed Shafiq, l’un des leaders de la communauté musulmane de Manchester. À la tête de la fondation Ramadan, il s’apprête à organiser, mercredi devant la mairie de Manchester, une veillée multiconfessionnelle en hommage aux victimes. Certains éditorialistes, à l’instar d’une chroniqueuse du Telegraph, plaident toutefois pour l’instauration d’un état d’urgence, « sur le modèle français », et le débat pourrait s’intensifier dans les jours à venir.

L’État islamique avait déjà revendiqué l’attaque à la voiture-bélier et à l’arme blanche, à proximité du parlement de Westminster, qui avait coûté la vie deux mois plus tôt à cinq personnes. En juillet 2005, 52 personnes avaient péri dans une série d’attentats dans les transports publics londoniens, revendiqués ceux-là par le réseau Al-Qaïda. La régularité de ces attaques confirme que la Grande-Bretagne reste l’une des cibles privilégiées des djihadistes, en grande partie parce que Londres participe à la coalition internationale qui combat l’État islamique au Proche et au Moyen-Orient (voir la frise des attentats commis sur le sol européen depuis 2001, par l’hebdo The Economist).

Si l’attaque terroriste est la plus meurtrière jamais commise dans le nord de l’Angleterre, Manchester a déjà été le théâtre d’attaques au cours des années 90, événements toujours vifs dans les mémoires. En juin 1996, des militants de l’armée républicaine irlandaise provisoire (IRA) avaient notamment fait exploser un camion bourré d’explosifs en plein centre-ville, ce qui avait provoqué l’évacuation d’au moins 75 000 personnes du centre-ville. Plus de 200 personnes avaient été blessées, mais aucune n’avait péri.