Pédophilie dans l’Eglise: le pape dénonce une «monstruosité» mais déçoit les victimes

Par

En clôture du sommet consacré à la pédophilie dans l’Église, François a invité l’institution à cesser de fermer les yeux sur un fléau qui la gangrène depuis des années. Plusieurs associations de victimes se sont dites déçues par le manque de propositions concrètes.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

« Nous sommes aujourd’hui face à une manifestation du mal flagrante, agressive, destructrice. » Dans une allocution très attendue, le pape François a conclu, ce dimanche 24 février, le sommet qui a réuni au Vatican 190 participants pendant quatre jours sur le rôle de l’Église face à la pédophilie. « Nous sommes devant un problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout. Nous devons être clairs : l’universalité de ce fléau, alors que se confirme son ampleur dans nos sociétés, n’atténue pas sa monstruosité à l’intérieur de l’Église », a ainsi expliqué le souverain pontife alors que la hiérarchie catholique est accusée d’avoir fermé les yeux pendant de nombreuses années sur les cas de pédophilie en son sein.

« Aucun abus ne doit jamais être couvert et sous-évalué », a martelé le pape qui a affirmé que « si dans l’Église on détecte même un seul cas d’abus – qui représente déjà en soi une horreur –, un tel cas sera affronté avec la plus grande gravité ».

Discours du pape François sur la pédophilie dans l'Église © Capture d'écran KTOTV Discours du pape François sur la pédophilie dans l'Église © Capture d'écran KTOTV

Décrivant l’abus sexuel de mineurs comme l’œuvre « de Satan », François a comparé ces actes à «  la pratique religieuse cruelle, répandue par le passé dans certaines cultures, qui consistait à offrir des êtres humains  spécialement des enfants  en sacrifice dans les rites païens ». L’Église ne saurait couvrir de tels crimes. « L’inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l’Église, parce qu’en contradiction avec son autorité morale et sa crédibilité éthique. La personne consacrée, choisie par Dieu pour guider les âmes vers le salut, se laisse asservir par sa propre fragilité humaine, ou sa propre maladie, devenant ainsi un instrument de Satan. »

Sans entrer dans le détail des « mesures concrètes » qu’il a appelées de ses vœux en ouverture du sommet, le pape a pris soin d’inscrire la pédophilie parmi d’autres fléaux qui touchent les enfants dans le monde comme le tourisme sexuel, la pornographie ou le travail forcé.

La veille, plusieurs interventions en présence du souverain pontife avaient fustigé l’aveuglement volontaire de l’Église sur le sujet. « Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n’ont pas même été constitués », avait ainsi admis le cardinal allemand Reinhard Marx, réputé proche du pape et très en pointe sur le sujet.

C’est lui qui a dévoilé un rapport révélant des abus sexuels sur plus de 3 600 mineurs pendant des décennies au sein de l’Église catholique allemande. Il avait alors présenté ses excuses au nom de l’institution. « Les abus sexuels à l’égard d’enfants et de jeunes sont, dans une mesure non négligeable, dus à l’abus de pouvoir dans le cadre de l’administration », a-t-il déclaré ce samedi. Au lieu des coupables, ce sont les victimes qui ont été réprimandées et on leur a imposé le silence [...]. Des procédures et des processus établis pour poursuivre les délits ont été délibérément non respectés, plutôt rayés et ignorés. Les droits des victimes ont été, de fait, foulés aux pieds et laissés aux caprices de personnes individuelles. »

Le même jour, la religieuse nigériane, sœur Veronica Openibo, s’en était vertement prise à l’hypocrisie de l’Église sur le sujet. « Nous proclamons les Dix Commandements et nous nous présentons comme les gardiens des normes et des valeurs morales, et du bon comportement dans la société. Hypocrites, parfois ? Oui ! » a-t-elle déclaré en présence du pape François.

« Comment l’administration cléricale a-t-elle pu garder le silence et couvrir ces atrocités ? » s’est-elle interrogée, dénonçant la « médiocrité, [l’] hypocrisie et [la] complaisance » de l’Église face à ces drames.

De nombreuses victimes présentes sur la place Saint-Pierre n’ont pas caché leur déception après le discours papal. « Honnêtement c'est un blabla pastoral, la faute du Diable. Ils noient le poisson, ça permet de ne pas aborder directement les problèmes de l’Église », a commenté auprès de l’AFP le Suisse Jean-Marie Fürbringer qui fut victime d’un prêtre.

Figure de ce combat en Grande-Bretagne, le Britannique Peter Saunders lui-même abusé enfant par deux jésuites et membre de l’association internationale Ending Clerical Abuse (ECA, Pour en finir avec les abus du clergé) a aussi jugé le discours du pape « très décevant ». « Le discours parle du Diable, du mal. Il n’y a rien sur la tolérance zéro, l’exclusion définitive de violeurs d’enfants et des agresseurs sexuels employés par l’Église ! »

Lire ici notre dossier sur la pédophilie dans l’Église. 

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale