Podemos, Syriza et M5S tirent les leçons du Brexit

Par , et Mathilde Auvillain

Que signifie le Brexit pour les pays d'Europe du Sud à la pointe de la critique d'une Union vue comme austéritaire et antidémocratique ? Dans la Grèce de Syriza, l'Espagne de Podemos ou l'Italie du M5S, le référendum est une leçon pour réformer en profondeur l'Union.

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Que ce soit en Grèce où la gauche anti-austérité est au pouvoir, en Italie où le mouvement contestataire de Beppe Grillo a le vent en poupe depuis les récentes élections municipales qui lui ont permis de ravir la capitale, ou encore en Espagne où Podemos est aux portes du pouvoir, le référendum britannique pourrait provoquer un appel d'air dangereux… Mais il constitue surtout une leçon pour réformer en profondeur l'Union européenne (UE).

Il s'invite en tout cas dans la dernière ligne droite des élections législatives espagnoles, dimanche, et pourrait bien bousculer la fin de campagne. L’incertitude qu’il provoque pourrait en effet servir le parti au pouvoir, la droite du Parti populaire (PP). Le chef du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, ne manquera pas de se présenter comme une valeur refuge en ces temps agités. Sur Twitter, l’ex-eurodéputé Pablo Iglesias, à la tête de la coalition de gauche anti-austérité Unidos Podemos, a réagi vendredi tôt dans la matinée : « Un jour triste pour l’Europe. Nous devons changer de cap. Si l’Europe était juste et solidaire, personne ne voudrait la quitter. Nous devons changer l’Europe. »

Tweet de Pablo Iglesias

Invité d’un débat télévisé sur le site d'El País, le chef de l’international pour Podemos, Pablo Bustinduy, a repris la même rengaine : le Brexit s’ajoute à une série de crises, de la Grèce aux réfugiés, qui prouve, d’après lui, que l’Europe traverse une mauvaise passe. « Il faut profiter de cette opportunité [le Brexit – ndlr] pour faire un pas en avant […], refonder une Europe démocratique », a-t-il déclaré. « La Banque centrale européenne devrait agir dès que possible, pour envoyer un signal fort et garantir le retour à la stabilité sur les marchés financiers, a-t-il poursuivi, sans préciser ce à quoi il pensait exactement. À moyen terme, la question qu’il faut se poser, ce n’est pas celle de savoir pourquoi les Britanniques ont voté la sortie, mais celle de savoir ce que nous, Européens, voulons faire ensemble. »

À Podemos, le Brexit est perçu comme la preuve que l’austérité va dans le mur, et que l’Union européenne n’est pas assez à l’écoute de ses citoyens. Invité à s’exprimer lors du même débat, le ministre des affaires étrangères espagnol, José Manuel García-Margallo (PP), a jugé l’analyse un peu courte : ce n’est pas la politique économique de l’Europe qui était au cœur du débat pendant la campagne britannique, mais sa politique migratoire, a-t-il avancé en substance.

Sur le fond, Podemos a adouci ses positions sur l’Europe depuis sa naissance, en janvier 2014. Le mouvement n’a jamais défendu la sortie de l’Europe, ni la sortie de la zone euro. Mais, de la même manière que Syriza, en Grèce, défendait les premiers temps l'idée d'un effacement partiel de la dette grecque, il plaidait à l’origine pour une restructuration de la dette espagnole – position qu’il a abandonnée depuis (même si elle reste défendue par les communistes d’Izquierda Unida [IU], avec qui Podemos a fait alliance pour les législatives de dimanche).

À l’été 2015, lorsque Alexis Tsipras, le chef du gouvernement grec, a cédé face aux exigences des Européens et du FMI, appliquant un programme d’austérité, Pablo Iglesias a défendu son allié grec, qu'il soutenait depuis la campagne électorale de Syriza, début 2015. Les communistes d’IU, eux, hurlent alors à la trahison. Poursuivant sur cette ligne plutôt modérée, Iglesias choisit d'ailleurs, en février 2016, de ne pas participer à la conférence du « plan B » organisée à Madrid pour défendre une autre Europe (même si d’autres figures de Podemos, membres de l’aile gauche, s'y rendent). À l’époque, Iglesias et ses proches jugeaient que cette thématique du « plan B » était trop associée à la « vieille gauche », celle des communistes d’IU, vouée à l’échec.

Aujourd’hui, Podemos assume un réformisme européen qu’il qualifie de « nouvelle social-démocratie » : il défend par exemple l’instauration d’une taxe sur les transactions financières en Europe (comme les socialistes du PSOE), un assouplissement des règles budgétaires pour tous les États de la zone euro (pour que Madrid obtienne quelques années de plus pour rembourser ses dettes publiques, et lui permettre entre-temps d’assurer une relance budgétaire), ou encore une redéfinition – floue – du mandat de la Banque centrale européenne (BCE).

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