Chili : une nouvelle ère politique

Au Chili, le «oui» à une nouvelle Constitution triomphe

Les électeurs chiliens se sont largement prononcés dimanche en faveur d’une réécriture de la Constitution. Ce scrutin était la conséquence des mouvements sociaux qui ont enflammé le pays depuis octobre 2019 et dont les femmes ont été des protagonistes majeures.

La rédaction de Mediapart

26 octobre 2020 à 09h56

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Les Chiliens ont voté dimanche à une très forte majorité en faveur d’une nouvelle Constitution pour remplacer celle héritée de l’ère Pinochet, lors d’un référendum organisé un an après un soulèvement populaire massif contre les inégalités sociales.
Selon des résultats quasi définitifs portant sur plus de 99 % des bureaux de vote, les suffrages favorables à une nouvelle Constitution l’emportaient largement avec 78,28 % des voix, contre 21,72 % pour le vote rejetant cette option. La participation s’est élevée à environ 50 %, selon l’autorité électorale.
Réagissant à ces résultats, le président conservateur Sebastián Piñera a appelé dans une allocution télévisée à « l’unité » du pays pour rédiger la « nouvelle Constitution ».
« Jusqu’à présent, la Constitution nous a divisés. À partir d’aujourd'hui, nous devons tous collaborer pour que la nouvelle Constitution soit un espace d’unité, de stabilité et d’avenir », a déclaré le chef de l’État.
Des dizaines de milliers de manifestants euphoriques se sont rassemblés sur plusieurs places de la capitale Santiago, dont la Plaza Italia, épicentre de la contestation, pour fêter la victoire.
Il y a un an, jour pour jour, la contestation contre les inégalités avait connu un tournant lorsque 1,2 million de personnes s’étaient rassemblées sur cette place emblématique, rebaptisée « place de la dignité ».
En raison de la pandémie de coronavirus qui a durement frappé le Chili (500 000 contaminations, 14 000 décès), les électeurs, dûment masqués, ont formé toute la journée de longues files d’attente devant les centres de vote, appliquant les mesures de distanciation physique.
Remplacer la Constitution héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) était une des revendications des manifestations lancées à partir du 18 octobre 2019 afin de réclamer une société plus juste. La loi fondamentale actuelle limite fortement l’action de l’État et promeut l’activité privée dans tous les secteurs, notamment l’éducation, la santé et les retraites.
Pour les partisans de l’« Apruebo » (« J’approuve »), essentiellement dans l’opposition du centre et de gauche, une nouvelle Constitution lèvera un obstacle essentiel à de profondes réformes sociales dans un pays parmi les plus inégalitaires d’Amérique latine.
Les défenseurs du « Rechazo » (« Je rejette »), qui rassemblent les partis les plus conservateurs, estimaient qu’il était possible d’introduire des changements dans la loi fondamentale, garante selon eux ces dernières décennies de la stabilité du Chili, sans avoir besoin de la remplacer.
Jusqu’à ce jour, aucune tentative de remplacement de la loi fondamentale n’a abouti. Les constitutionnalistes s’accordent à dire que le texte a été rédigé de sorte que les franges conservatrices de la société puissent se maintenir au pouvoir, y compris après la fin de la dictature.

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