Le chemin de croix d’Hillary Clinton

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Encore neuf élections primaires jusqu’à la convention démocrate et autant d'occasions pour Bernie Sanders de continuer à haranguer les foule  en accusant Hillary Clinton d’être à la solde de Wall Street. Pendant ce temps, Donald Trump donne déjà l’assaut, parlant d’elle comme d’une politicienne « malhonnête » et « sans cœur ».

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New York, de notre correspondante.- Rien ne se passe tout à fait comme prévu. À entendre le camp démocrate, il y a un an, Hillary Clinton devait passer le cap des élections primaires sans trop d’embûches ni concurrent majeur. Une fois couronnée par le parti, la candidate devait mener campagne en promettant qu’un nouveau cap symbolique allait être franchi, une nouvelle page d’histoire écrite par les démocrates. Après un Afro-Américain, une femme présidente. Sauf qu’avec les Clinton, le storytelling n’est pas simple, on est moins dans le conte merveilleux que dans la realpolitik. Il fallait même porter d’épaisses œillères pour imaginer une campagne sans accroc, sans trouble, sans tension dramatique.

Ce n’est pas nouveau, Hillary Clinton est une figure politique qui divise et suscite constamment la polémique. Cela a été le cas dès l’Arkansas, où le jeune couple s’installe dans les années 1970 pour lancer la carrière politique de Bill Clinton. Hillary Rodham fait alors scandale en refusant de prendre le nom de son époux… à tel point qu’elle a dû s'y résoudre sans trop tarder. À la Maison Blanche, dans les années 1990, elle devient une première dame très contestée du fait de son échec à réformer le système d’assurance santé (une mission impossible qui lui a été confiée par Bill Clinton). Elle enregistre finalement des pics de popularité pendant l’affaire Lewinsky, humiliée au point de susciter l’empathie du grand public. Au fil de sa carrière comme sénatrice de l’État de New York, puis comme secrétaire d’État dans l’administration Obama, son style politique est autant apprécié que critiqué.

Son centrisme sur les questions économiques, son conservatisme en matière de politique étrangère déplaisent à l’aile gauche du parti démocrate. Son aptitude au compromis et ses opinions parfois changeantes lui valent d’être décrite comme une opportuniste, manquant d’idéaux. Sa connaissance quasi encyclopédique des sujets qu’elle aborde, ses rares envolées lyriques la font passer aux yeux des observateurs sceptiques pour un robot, une machine. À ce tableau, s’ajoutent le parfum de scandale et le manque de transparence qui accompagnent constamment le couple Clinton. 

Hillary Clinton en meeting à New York le 2 mars 2015. © Reuters Hillary Clinton en meeting à New York le 2 mars 2015. © Reuters

Ce sont précisément ces ambivalences et ces zones d’ombre que l’on retrouve dans la campagne actuelle et qui sont autant de handicaps pour Hillary Clinton. À tel point qu’on sent poindre l’inquiétude chez les démocrates : est-elle bien, comme elle aime le dire, la meilleure candidate pour rassembler son camp puis s’imposer face à Donald Trump, un candidat non conventionnel qui usera des vulnérabilités d’Hillary sans limite ?

Avant même de se préoccuper de Donald Trump, Hillary Clinton doit composer avec un premier problème : Bernie Sanders. Et plus largement, le virage à gauche d’une partie de l’électorat. La candidate a beau s’être repositionnée, avoir, depuis les débuts de sa campagne, mis l’accent sur la nécessité d’augmenter l’impôt sur les hauts revenus, critiqué les traités de libre-échange en cours de négociation, proposé d’améliorer la réforme de l’assurance santé… Elle se pose en parallèle en héritière de Barack Obama, ce qui la fait passer pour la candidate du statu quo. Si l’on en croit les sondages de sortie des urnes, la moitié de l’électorat démocrate aux primaires ne cherche pas autre chose, étant satisfaite du bilan Obama, l’autre moitié exige, elle, du changement.

Pour ces derniers, il y a donc l’option Bernie. D’autant que celui-ci mène une campagne très efficace, il ne se limite pas à proposer un message social-démocrate séduisant pour une frange non négligeable de l’électorat démocrate et indépendant, il attaque directement le style politique d’Hillary Clinton. Elle est accusée de copinage avec Wall Street et l’Amérique des 1 % ou encore de ne pas assez remettre en cause les politiques économiques néolibérales qui heurtent les classes moyennes et populaires… En bref, d’appartenir au courant des Nouveaux Démocrates, né lorsque Bill Clinton occupait la Maison Blanche.

« Hillary Clinton peut difficilement riposter quand elle est attaquée sur ce qu’elle est, elle ne peut pas changer qui elle est », note Bill Schneider, politologue à l’université de Californie (UCLA), ni se montrer aussi hostile que Bernie Sanders puisqu’elle risque de se mettre un peu plus à dos ses soutiens. « Elle a réellement accepté des sommes faramineuses pour donner des discours à Wall Street. Ce genre de polémiques résulte de blessures qu’elle s’est infligées toute seule », poursuit Jonathan Allen, journaliste et auteur de l’ouvrage State Secrets and the Rebirth of Hillary Clinton. 

Au bout du compte, les deux candidats se retrouvent aujourd’hui au coude-à-coude. Si l’on s’en tient au décompte des délégués obtenus grâce au vote populaire au cours des primaires, Clinton dispose des voix de 1 768 délégués contre 1 497 pour Sanders. La seule chose qui permette à la candidate de garder l’avantage alors qu'il reste encore neuf élections primaires, c’est le soutien massif des super-délégués (ces élus démocrates ayant voix au chapitre du fait de leur position dans le parti et qui ne sont pas tenus de prendre en compte le vote populaire). 525 d’entre eux la soutiennent, contre 39 pour Sanders. Ce qui la rapproche incontestablement de l'investiture démocrate lors de la convention, fin juillet. 

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