En Grèce, l'extrême droite, installée au gouvernement, peut dire merci à la crise

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Le LAOS a fait son entrée dans le nouveau gouvernement en obtenant quatre ministères, alors que ses voix n'étaient pas nécessaires et qu'il ne pesait que 6% des voix en 2009. Néolibéral, xénophobe et souvent raciste, cette formation bénéficie ainsi d'un formidable tremplin. Correspondance à Athènes, Amélie Poinssot.

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Par Amélie Poinssot, correspondante à Athènes.

«On peut être audacieux et prendre des risques pour soi-même, on n'a pas le droit de le faire pour sa famille et encore moins pour sa patrie.» Georgios Karatzaféris, leader de l'extrême droite grecque, explique ce samedi dans l'hebdomadaire de son parti, Alpha 1, pourquoi il accepte finalement les conditions de la commission européenne et du FMI. Depuis la constitution du nouveau gouvernement, les créanciers du pays demandaient aux leaders des trois partis de la coalition de signer un engagement formel de mettre en œuvre de nouvelles mesures d'austérité. Et les signatures tardaient.

Georgios Karatzaféris © Reuters Georgios Karatzaféris © Reuters

Mais au fond, Karatzaféris, président du LAOS (acronyme pour « Alerte populaire orthodoxe » et mot signifiant « peuple » en grec), ne cachait pas son soutien à la politique de rigueur – à la différence de la droite de Nouvelle Démocratie, qui freinait des quatre fers pour s'incliner devant les exigences de Bruxelles. Le programme économique du LAOS a toujours été d'inspiration néolibérale, et il a même été le seul parti aux côtés du PASOK de Papandréou à voter le premier plan d'austérité, en mai 2010. S'il a ensuite retourné sa veste pour tenter de recueillir le mécontentement populaire, notamment pendant le mouvement des « Indignés » au printemps dernier, il ne s'est pas vraiment posé de questions lorsqu'on lui a proposé d'intégrer le nouveau gouvernement, après la démission de Papandréou, pour poursuivre la cure d'austérité.

L'extrême droite grecque a mis ainsi un pied dans le pouvoir exécutif. «Le LAOS recrute non pas dans les classes populaires, comme peut le faire le Front national en France, explique Stathis Tsiras, qui vient de terminer sa thèse en sciences politiques sur le sujet à l'université de Thessalonique. L'électeur type du LAOS est plutôt aisé, il a fait des études, il est souvent de profession libérale ou employé du secteur privé, et c'est un électorat plutôt masculin.» Avec un discours néolibéral, ce parti se distingue en effet de la plupart des extrêmes droites européennes, et il a ceci de particulier qu'il est très jeune sur l'échiquier politique grec : le LAOS a été fondé il y a tout juste onze ans, par Georgios Karatzaféris qui quittait alors Nouvelle Démocratie.

Cette naissance tardive s'explique, comme pour les cas espagnol et portugais, par une histoire récente imprégnée du sceau de la dictature : après la chute des Colonels en 1974, l'extrême droite n'avait pas droit de cité en Grèce ; le phénomène était resté centre" entre les deux grands partis, une formation raisonnable avec qui l'on peut négocier.» Et d'une certaine manière il a obtenu gain de cause : c'est Karatzaféris le premier qui avait parlé de mettre en place un gouvernement de coalition, avec à sa tête le gouverneur de la Banque centrale grecque Loukas Papadémos ! On était alors en février 2009, la Grèce entrait dans une période de récession, mais la crise de la dette n'avait pas encore éclaté...

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