Royaume-Uni: derrière le Brexit, les petits calculs de David Cameron et Boris Johnson

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Si le référendum prévu le 23 juin sur une éventuelle sortie de la Grande-Bretagne de l'UE est une chose sérieuse, les motivations qui ont présidé à la tenue du scrutin et la campagne actuelle reflètent surtout les intérêts politiciens des différents camps au sein du parti conservateur.

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De notre envoyé spécial à Londres (Grande-Bretagne).- Presque tous les référendums modernes, quel que soit le pays, ont autant à voir avec la question posée qu’avec celui qui la pose. Le scrutin du 23 juin 2016 sur la sortie ou non de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, le Brexit, ne fait pas exception à la règle. L’organisation et la conduite de cette votation renvoient, pour l’essentiel, à de basses manœuvres politiciennes et un peu, juste un tantinet, à l’idée de donner la voix aux électeurs.

Quand le premier ministre conservateur David Cameron a fait, en 2013, la promesse de tenir un référendum sur les modalités de l’appartenance de son pays à l’Union européenne, il pouvait se prévaloir d’un argument sincère : le fait que jamais, depuis l’adhésion à la CEE en 1975, les sujets de Sa Majesté n’avaient été invités à se prononcer sur les évolutions de l’Europe (contrairement aux Français, par exemple, qui se sont rendus aux urnes à deux reprises, en 1992 et 2005, pour approuver ou rejeter de nouveaux traités d’intégration).

Malheureusement, cet argument en faveur de la tenue d’un référendum est cousu de fil blanc. « David Cameron n’avait pas le choix s’il voulait se maintenir au pouvoir : il était pris en étau au sein de son propre parti, les Tories, entre les pro et les anti-européens, qui réclamaient de manière de plus en plus pressante un référendum », explique Renaud Thillaye, directeur adjoint du think tank progressiste Policy Network. « Il a fait cela en espérant que cela allait régler la question européenne au sein de son parti pour les dix à quinze prochaines années. »

« C’est un pur calcul politique de la part de David Cameron », renchérit Paul Copeland, directeur du centre de recherches européennes à l’université Queen Mary de Londres. « Non seulement il craignait que l’UKIP [le parti nationaliste et farouchement anti-européen dirigé par Nigel Farage – ndlr] ne lui pique des voix, mais il devait surtout unir son parti s’il voulait remporter les élections législatives de 2015, alors que tous les sondages le donnaient perdant. C’est pour cela qu’il a promis un référendum. » Son pari a fonctionné à court terme : Cameron a été réélu en 2015 pour un second mandat, débarrassé qui plus est de la coalition avec les Lib-Dems. Mais il s’est retrouvé avec une promesse de référendum sur les bras…

David Cameron en campagne, expliquant dans un hangar d'EasyJet que le coût des vacances sur le continent augmentera si la Grande-Bretagne quitte l'Union européenne. © Georgina Coupe/ Crown copyright David Cameron en campagne, expliquant dans un hangar d'EasyJet que le coût des vacances sur le continent augmentera si la Grande-Bretagne quitte l'Union européenne. © Georgina Coupe/ Crown copyright

Immédiatement après l’annonce de la tenue du scrutin, c’est une nouvelle bataille politicienne qui s’est engagée, alimentant aujourd’hui la campagne : celle de la succession de David Cameron en 2020, voire avant s’il perd le référendum. Car si la promesse de référendum avait maintenu une forme de cessez-le-feu au sein des Tories, l’approche du vote a déchaîné les ambitions et ravivé les fractures. Plusieurs ministres se sont prononcés en faveur du Brexit, dont un proche de Cameron, le lord chancelier Michael Gove, ou le vieux baron conservateur Iain Duncan Smith, qui a démissionné du gouvernement. Surtout, le flamboyant Boris Johnson, l’ancien maire de Londres qui n’avait jamais fait preuve jusqu’ici de convictions particulièrement anti-européennes, a pris la tête informelle de la campagne en faveur du « out », la sortie de l’UE.

« Ce référendum est devenu le premier round du combat pour la direction du parti conservateur : Boris Johnson contre le chancelier de l’échiquier George Osborne », peste un responsable syndical membre du parti travailliste, qui doit gérer les divisions au sein de son propre parti sur le Brexit. « C’est une vision purement tactique et nombriliste de la politique », critique de nouveau Paul Copeland. « Boris Johnson a toujours été pro-européen, il a géré Londres comme une capitale européenne, mais il veut faire de ce référendum un marchepied pour devenir premier ministre. Et Gove et Duncan Smith se positionnent pour être dans son cabinet… »

Les promoteurs de la campagne en faveur du Brexit ont accueilli Johnson à bras ouverts, car il s’agit d’une figure populaire, qui n’est pas associée à l’extrême conservatisme d’une frange des Tories ou au nationalisme de l’UKIP. Mais l’homme à la coiffure rebelle n’apporte pas que des atouts. Entre ses déclarations outrancières, comme lorsqu’il a clamé que le projet de l’Union européenne était similaire à celui de Hitler, ou ses contradictions (il s’oppose désormais au Traité transatlantique, après l’avoir défendu publiquement il y a quelques mois), il n’est pas sûr qu’il soit d’une immense aide. « Il ne faut pas oublier que Boris est perçu comme un bouffon à l’extérieur de Londres », rappelle un porte-parole de la campagne officielle pour le « in ».

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